ENTRETIENS GAGNANTS N° 2 - Edition Beziers

Vers l’avènement du travail mobile ?

Impliquant une plus grande logique de mobilité professionnelle, le télétravail serait un atout majeur pour le développement du territoire. Selon le député Pierre Morel à l’Huissier, à qui a été confiée une Mission gouvernementale sur cette question l’an dernier, il peut permettre de « concilier une vie professionnelle que chacun souhaite riche avec la volonté de préserver des espaces de vie personnelle pour sa famille ou ses passions ». Et si cette nouvelle organisation du travail serait profitable au salarié, elle le serait aussi à l’entreprise…

Un retard technologique… et culturel

« Le télétravail est un terme souvent galvaudé », déplore Pierre Morel à l’Huissier. « Il ne faut surtout pas le considérer comme le travail à domicile. Cela recouvre une activité professionnelle exercée hors de l’entreprise, grâce aux technologies de l’information et de la communication. En fait, ce sont tous les moyens qu’ouvrent ces outils au monde de l’entreprise pour exercer son activité en dehors de ses locaux… Le télétravail est une forme d’organisation du travail qui a émergé dans le courant des années 90. Il répond désormais à une demande sociale de gestion du temps, mais aussi à une demande de mobilité d’une frange non négligeable de la population et des entreprises.Les pays nordiques ont dix ans d’avance sur nous », estime le député lozérien qui, dans le cadre de sa Mission, est allé aux quatre coins du monde observer l’application du télétravail. Ce décalage serait lié à des problèmes de réseaux et à des blocages culturels. « Prenez l’exemple de la Suède, où se trouve le siège de Nokia. Ce pays couvert de neige est une autoroute de l’information, où 80 % de la population a accès à la fibre optique ! La France a regagné son retard en matière d’équipement depuis deux ou trois ans. Elle est même un peu en avance par rapport à la moyenne des autres pays de l’Union Européenne… L’avènement de l’ADSL sur le territoire est une évolution intéressante : 90 % de la population française devrait y avoir accès en mai 2007. Mais le problème, c’est qu’il a des limites de puissance… Le dispositif technologique le plus efficient dans nos zones sera donc le wi-max (une sorte de wifi renforcé). Les licences ont été libéralisées le 1er juillet 2006 : d’ici fin 2008, les deux opérateurs qui ont été désignés en Languedoc- Roussillon (HDRR, filiale de TDF et Bolloré) couvriront le territoire en wi-max ». Il ajoute : « la Rolls de la technologie reste l’accès par satellite », mais à quel prix ! « Le dernier frein français, c’est “ l’inculture informatique ” des entreprises et de la population. Notre pays s’était pas mal orientée sur le Minitel, ce qui a retardé l’émergence de l’Internet… » Résultat : aujourd’hui, on recense environ 7 % de télétravailleurs en France, contre 20 % en Suède (13 % pour la moyenne européenne) ou 23 % en Amérique du Nord.


Dans tous les secteurs d’activité

Cette nouvelle organisation du travail pourrait être appliquée « dans tous les secteurs d’activité, pour peu que ce soit réalisable ». Un accord cadre complémentaire signé en juillet 2005 entre les partenaires européens précise les modalités du télétravail, son articulation… « Aucune législation complémentaire n’est nécessaire. Ce cadre juridique prévoit que le télétravail ne peut être que volontaire et pas imposé, il instaure également une clause de réversibilité bilatérale. C’est du gagnant / gagnant. Le salarié considère que son activité peut lui permettre une organisation de vie différente, peut-être en travaillant moins, mais mieux… Et l’entreprise, quant à elle, élimine un certain nombre de m2 mobiliers (les bureaux sont partagés par plusieurs collaborateurs). Elle diminue aussi le temps de trajet de ses salariés entre domicile et lieu de travail : du temps perdu qui peut être rentabilisé en temps professionnel ». L’employeur peut en tirer d’autres avantages : outre un allègement des charges fixes, cela peut lui permettre d’attirer et de retenir des employés de qualité, offrant à l’entreprise une plus grande souplesse des effectifs, ainsi qu’un gain de productivité et de motivation. Et le député de tempérer : « le travail à domicile à 100 % n’est pas souhaitable. Cela conduirait à une désocialisation totale du salarié… L’idéal est qu’il revienne régulièrement dans l’établissement. L’accord signé chez Renault a, par exemple, exigé qu’on ne puisse pas dépasser 4 jours par semaine hors de l’entreprise ». Le constructeur automobile vient donc de s’engager dans cette procédure : « 800 salariés vont exercer leur activité en télétravail. A terme, Renault considère que 50 % de ses effectifs peuvent devenir télétravailleurs ». Cette mobilité accrue du travail se ressentirait également dans l’administration française... « Le mot “ télétravail ” fait encore un peu peur », avance Pierre Morel à l’Huissier. « Mais le mouvement est engagé, le travail mobile est inéluctable. A l’avenir, nous serons de moins en moins présentsdans l’entreprise et nous travaillerons avec l’outil informatique ». Le télétravail profiterait aussi à l’aménagement du territoire : une entreprise ou un salarié peut s’installer partout, y compris en zone rurale. Permettant, ainsi, de maintenir une population dans les secteurs défavorisés et de revitaliser l’activité économique… Le député est formel : « cette révolution dans l’organisation du travail impactera les rapports sociaux aussi profondément que la révolution industrielle a pu le faire. Après le siècle des grandes concentrations dans les usines, le développement des activités tertiaires que l’on peut réaliser par le télétravail sans que le lieu où l’on opère ait une quelconque influence sur le résultat final, modifiera le rapport à l’espace ». Un nouveau mode d’occupation du territoire ?


« Retenir des employés de qualité »

L’indispensable accès au haut débit

Le développement du télétravail est donc directement lié à celui des nouvelles technologies et à l’accès au haut débit… Dans l’Hérault, si les villes majeures sont en grande partie desservies, tous les territoires ne le sont pas. Loin s’en faut. Mais des inititatives commencent toutefois à éclore. Ainsi, l’Agglo Hérault-Méditerranée a signé une convention avec Azurys, un opérateur régional d’Internet, qui fournira d’ici cet été un accès au haut débit sur la totalité de son territoire : des plages d’Agde à l’arrière-pays piscénois, jusqu’à Aumes ou Caux. Proposant des abonnements au net (auxquels s’ajoutera, fin 2007, une offre de téléphonie) à faire rougir les opérateurs nationaux. A l’avenir, Azurys prévoit de déployer son réseau dans le Biterrois… Mais en quoi cette nouvelle technologie peut-elle profiter au télétravail ? « L’ADSL offre une rapidité et une aisance pour travailler », remarque Aurore Altbach, chargée de communication du fournisseur. « Certaines personnes sont encore en 56 K, d’autres n’ont même pas l’accès à Internet ! » Cet équipement serait 40 fois plus rapide qu’une connexion de base… Avec l’avènement des nouvelles technologies, les besoins de flexibilité des entreprises et les prix de l’immobilier dans la région, ce mode de travail serait « amené à se développer, même si c’est difficile en France : cela implique une notion de confiance inhabituelle dans notre société ». Et de citer des exemples : « des entreprises de télémarketing ou de vente directe procèdent désormais de la sorte ; IBM à Montpellier fonctionne de plus en plus ainsi ; “ Essay ”, un village du télétravail est en train de voir le jour dans l’Orne… ». L’arrivée de ces technologies sur le territoire permettrait de favoriser « le développement économique local : nous ouvrons la voie au télétravail en zones blanches. L’employé peut s’installer où bon lui semble et ainsi rester à la campagne où les loyers sont moins élevés ». Echanges de qualité avec fichiers lourds et vidéo-conférences seront désormais possibles. « Chacun pourra accéder à son environnement de travail n’importe où, même en vacances, intranet permettant aussi d’être relié en permanence… Cela induit une réactivité et une proximité, même à distance ! Notre technologie inclut le téléphone gratuit sur IP. Cela permet de passer des appels professionnels sur la ligne de l’entreprise, depuis son domicile… Et c’est la direction qui reçoit les factures. L’employé n’a donc plus à avancer les frais téléphoniques ». Bref, l’arrivée du haut débit dans cette Agglo, c’est celle d’une autoroute là où il n’y avait que des petits chemins vicinaux…


« L’employé peut s’installer où bon lui semble »

Focus

Passer à Windows Vista

Il existe cinq versions de Vista, le nouveau système d’exploitation de Microsoft : deux pour les entreprises, trois pour le grand public. Pour les entreprises, Windows Vista Business propose « un environnement plus clair, pour se concentrer sur l’essentiel, améliorer la productivité… » Pour les grandes entreprises qui ont des problématiques de gestion de parcs, Microsoft propose aussi une version Windows Vista Entreprise. Elle est disponible via le programme de licence de l’éditeur : http://www. zdnet.fr/actualites/informatique/ 0,39040745,39263056,00.htm (Software Assurance). Pour le grand public, Windows Vista Home Basic est le système destiné au PC pour une utilisation assez limitée (e-mail, navigation internet, bureautique). La version Home Premium, est « le meilleur choix pour tirer pleinement parti des usages du PC à la maison : multimedia, jeu, mobilité ». Enfin, Windows Vista Ultimate combine l’ensemble des fonctionnalités de Business et de Home Premium. « Elle est destinée aux utilisateurs avancés, soit le grand public averti, soit des PME ». Conseil fourni par Siptec, à Florensac : 04 67 77 99 29.