ENTRETIENS GAGNANTS N° 2 - Edition Beziers

« Nos ressortissants sont les ambassadeurs du territoire »

Aujourd’hui plus que jamais, l’Ouest-Hérault est un territoire à la croisée des chemins... A mi-mandat, Daniel Galy, le président de la CCI, se prête au jeu de l’entretien.

Entretiens gagnants Vous avez été élu en décembre 2004. Quel bilan peut-on faire de votre action à mi-mandat ?
Daniel Galy : « on peut en effet commencer à en dresser un ! La première année était une phase d’exploration. Quelques adaptations s’imposaient également au niveau de l’organisation générale de la Chambre (nous avons notamment nommé un nouveau directeur…). Désormais, la machine CCI est en marche ! Comme je l’avais annoncé, notre premier chantier a été de redonner vie à l’aéroport. Nous l’avons relancé en deux ans, c’est un record ! Depuis le 23 février,il est rouvert. Ce dossier est bien avancé, mais jamais bouclé... »

Justement, à votre arrivée, vous définissiez le développement de l’aéroport comme « priorité des priorités ». Maintenant qu’il est agrandi, qu’est-ce que cela va changer pour l’Ouest-Hérault ? D.G. : « Cet outil, faut-il le rappeler, existait déjà. Nous l’avons mis aux normes et il vient d’être reconnu comme aéroport international à trafic régulier. Par le passé, seule la ligne avec Paris fonctionnait : nous venons de la modifier pour adapter les rotations au marché (avec davantage de vols en été et un service plus adapté en hiver). Mais nous avons cherché à développer d’autres trafics… C’est ce que nous avions déjà fait avec succès l’an dernier, pour la liaison saisonnière avec Bastia. Désormais, nous examinons des vols réguliers ou saisonniers vers l’Allemagne, la Scandinavie, la Russie… Nous avons un territoire magnifique, qui bénéficie d’une complémentarité entre le littoral et l’arrière-pays. Et puis, nous connaissons les capacités d’accueil de notre destination… Cet aéroport est à dix minutes du Cap d’Agde ! Il y a une attente des professionnels du tourisme. Maintenant, il faut tous les sensibiliser à ce nouveau développement, car ce sont nos ressortissants les ambassadeurs du territoire ».

Alors, c’est pour quand, l’arrivée de nouvelle(s) compagnie(s) ?
D.G. :
« Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il va encore se passer quelque chose en 2007 ! La démarche est en cours, mais je dois rester prudent. En matière de trafic aérien, cela fluctue très vite… Nous avons d’ores et déjà trois ou quatre contacts avancés. Car nous veillons aussi à ne pas nous rendre prisonnier d’une ou deux compagnies. Notre priorité est la mise en place d’une première liaison internationale à destination de la Grande-Bretagne. Une activité économique pourrait aussi se développer autour de l’aérien : une société de maintenance d’avions cherche par exemple à s’implanter autour de l’aéroport ».

Et si les compagnies aériennes ne venaient pas ?
D.G. :
« Je ne crois pas que cela puisse arriver. Là, en l’occurrence, c’est l’organe qui va créer la fonction ! Cet aéroport intéresse du monde, je puis vous l’assurer… D’autant que nous sommes face à une segmentation des vacances qui est avérée et à un inéluctable allongement de la saison. En juillet et août, nous en avons moins besoin puisque tout est plein... Les Européens du Nord ont un pouvoir d’achat assez conséquent, ils consomment et qui plus est, ils sont sensibles au charme de notre région… Souvent, ils sont intéressés par l’immobilier, qui est moins cher que chez eux. Tous les ingrédients sont là pour que la mayonnaise prenne. Je n’ai d’ailleurs jamais douté de nos capacités ».


Concernant Ouest-Hérault Développement, quelle est sa finalité sur le long terme ?
D.G. :
« Nous sommes en train de développer le concept Ouest-Hérault, qui va devenir une marque. Les quatre intercommunalités majeures du territoire en sont d’ores et déjà partie prenante. Il s’agit de mutualiser nos moyens, de les préserver de concurrences malvenues et parfois négatives pour l’implantation d’investisseurs. Nous devons lever des obstacles et être plus forts : chacun a intérêt à jouer la carte Ouest-Hérault plutôt que de regarder son clocher. La vocation de la CCI est aussi de faire émerger la solidarité sur l’arrondissement… Si nous voulons qu’un investisseur potentiel reste sur le territoire, nous avons tout intérêt à ce qu’il passe d’abord par nous, plutôt qu’il fasse la tournée de 25 communes et 5 EPCI ! »

Les regroupements intercommunaux qui se profilent changeront-ils quelque chose au fonctionnement de la CCI ?
D.G. :
« Aujourd’hui, tout le monde s’occupe d’économie. Mais à chacun son rôle : peu à peu, la CCI reprend ses prérogatives et tient son rang… Le maire de Béziers regarde beaucoup vers la concentration urbaine qui se profile autour de Montpellier. Doit-on rester divisés ? C’est aux élus d’en juger et ce sont des idées qui doivent faire leur chemin. Ils pourraient, pourquoi pas, s’inspirer du SCOT… C’est une perspective, mais il va falloir trouver des territoires qui soient pertinents ».

Vous dites que tout le monde fait de l’économie aujourd’hui… Cela vous inspire quoi ?
D.G. :
« L’établissement qui a le plus vocation à gérer ce genre de choses, c’est la CCI. Mais c’est à nous de savoir occuper l’espace qui nous revient, sinon d’autres le font à notre place ! Et puis, chaque collectivité y voit son intérêt politique ! Celui qui met de l’argent veut le contrôler… Agir + et la Maison de l’Emploi ne sont-elles pas deux structures concurrentes ? A Béziers, nous sommes une des rares Chambres de France qui soit propriétaire de son aéroport. C’est grâce à cela que ce projet consensuel a pu aboutir… Nous avons mis tout le monde autour de la table ! ».

Quel avenir pour le parc des expositions ? D.G. : « Nous voulons en faire un lieu de vie, l’animer. Une bodega y sera désormais implantée à l’année (“ Olé Bodega ”, sur le concept de Bernard Laporte, l’entraîneur de l’équipe de France de rugby). Ensuite, il faut que davantage de manifestations s’y tiennent, mais nous devrons aussi l’améliorer, au niveau du confort notamment, en lui offrant une entrée qui soit une vitrine pour le territoire ». Vous aviez annoncé vouloir vous rapprocher de vos ressortissants. Qu’avez-vous fait en ce sens ? D.G. : « Nous avons ouvert quatre permanences : à Agde, Bédarieux, Saint-Pons et Pézenas. Nos ressortissants peuvent s’y rendre un jour par semaine, pour recueillir des renseignements et informations. Si ce sont des démarches un peu lourdes et que le dossier demande à être retraité, ils sont réorientés. Cela leur évite d’avoir à se déplacer sur Béziers, même si le centre de permanence des entreprises reste ici. L’hôtel consulaire est d’ailleurs leur maison, que chacun ose y entrer ! Certains Bureaux de la chambre, qui se tiennent tous les lundis, sont également décentralisés : à la Salvetat, à Saint-Pons, à Pézenas, à Agde… A chaque fois, nous en profitons pour rencontrer nos ressortissants de la zone ».

Qu’attendez-vous du développement des énergies renouvelables ?
D.G. :
« Les ENR, c’est l’avenir ! Nous avons signé une convention avec le pôle DERBI le 29 mars dernier. Nous sommes en quelques sortes devenus leur antenne locale. Pour l’heure, nous sommes dans une phase de démarche : nous organisons la promotion du territoire auprès d’industriels en Allemagne… Nous avons aussi un fabricant de pales d’éoliennes ici. Bref, la commission Environnement fonctionne bien, tout comme celle destinée à soutenir nos vins, grâce à laquelle nous avons obtenu des contacts avec le groupe LIDL, intéressé par nos produits… Faciliter les liens et les contacts, c’est le rôle de la CCI ».

Que fait la Chambre en matière de formation ?
D.G. :
« La formation, c’est la moitié du budget de la Chambre ! Notre mission est de former des jeunes pour l’entreprise, de permettre une meilleure adéquation entre l’offre et la demande. Nous avons pas moins de 1 000 apprentis à l’Institut Consulaire de Formation . Notre école hôtelière est particulièrement performante, c’est un sacré atout pour le tourisme… Les chefs d’entreprise attendent de nous que nous leur formions des jeunes. Il trouvent dans l’apprentissage des aides et dispositifs incitatifs… Je pense que le développement de la formation en alternance est un défi pour la France : un apprenti a un contrat de travail et un pied dans l’entreprise… Et contrairement aux idées trop souvent reçues, pour les plus performants, l’avenir n’est pas barré : l’apprentissage peut déboucher sur une formation universitaire ».

Par le passé, l’Ouest-Hérault était souvent considéré comme un territoire économiquement sinistré ? Comment se porte-t-il aujourd’hui ?
D.G. :
« Indiscutablement, il se porte mieux ! Nous avions pris du retard, mais il se rattrape. Certes, la viticulture traverse une passe difficile, mais je pense qu’elle va s’en sortir… Et puis, finalement, nous avons bien souvent bénéficié de l’histoire : n’oublions pas que 65 % de la capacité touristique du département se trouve chez nous, à l’Ouest. Nous avons une des plus grandes stations balnéaires d’Europe et la deuxième concentration de France en matière d’hôtellerie de plein air… Bien sûr, notre territoire bénéficie de l’attractivité du Sud. Mais il ne faut pas se leurrer, nous avons aussi une fonction de déversoir : Montpellier est archiplein, alors les gens se tournent vers l’Ouest… Car nous avons un potentiel foncier énorme et une qualité de vie préservée. Je ne dis pas que tout est rose, loin de là, mais la situation s’améliore sacrément ».

Daniel Galy