ENTRETIENS GAGNANTS N° 2 - Edition Beziers

Le mécénat, « facteur d’attractivité des territoires »

Les incitations financières Selon Véronique Cottenceau, les incitations financières sont « très avantageuses depuis la mise en place de la Loi de 2003. Des mesures spécifiques en faveur du patrimoine, de l’art contemporain, de la musique, du spectacle vivant et du cinéma, ont doublé les avantages fiscaux… Elles prévoient une réduction de l’impôt sur les sociétés de 60% du montant du don. Pour l’acquisition d’une oeuvre contemporaine à un artiste vivant ou d’un instrument de musique, 100 % du prix de l’oeuvre est déduit du résultat avant impôt. L’oeuvre doit être exposée pendant cinq ans, visible par les clients et/ou salariés, ou en dépôt dans un musée. Pour l’acquisition d’un trésor national, 40 % du montant est déduit de l’impôt dû sans limitation. L’oeuvre ne devra pas être revendue avant dix ans et être exposée dans un musée. Enfin, pour l’aide à l’acquisition d’un tel trésor, 90% de ce montant est déduit du coût de l’impôt à payer (limité à 50 % de celui-ci) ». Contact : 04 67 02 35 21 ou veronique.cottenceau@culture.gouv.fr

Sous l’impulsion du ministère de la Culture, l’Etat souhaite sensibiliser l’entreprise à la culture et ses enjeux. Rencontre avec Véronique Cottenceau, chargée de la communication et correspondante mécénat à la direction régionale des affaires culturelles.

Entretiens gagnants : comment définiriez-vous le mécénat ?
Véronique Cottenceau :
« Selon la loi du 1er août 2003, le mécénat est un acte philanthropique qui se traduit par le versement d’un don à un organisme d’intérêt général. Il ne doit pas se limiter à une simple collecte de fonds, mais se construire autour d’un projet partagé. Un mécène est en réalité un protecteur généreux des arts. En fait, on assiste au mariage de la culture et de l’entreprise, mais uniquement pour le meilleur ! »

Quelle est la différence entre le parrainage et le mécénat ?
V.C. :
« Pour citer Jacques Rigaud, président de l’Admical, “ le parrainage est un affichage, le mécénat une signature ”. Le sponsoring (ou parrainage) est un acte purement commercial, accompagnant une marque ou un produit, avec un retour du bénéficiaire équivalent à la participation de l’entreprise. Alors que pour le mécénat, la contrepartie est évaluée à 25 % du don ».

Le mécénat n’est-il pas l’affaire des grandes multinationales ?!
V.C. :
« Je m’inscris en faux contre cette idée reçue ! 55 % des entreprises qui font du mécénat sont des PME. Vous savez, il y a un tel volume de projets culturels de toute envergure… Et puis, il n’y a pas de minimum dans le don. La Loi ayant simplifié la mise en place des fondations ou des clubs d’entreprises, ces dispositifs autorisent les ambitions. Le mécénat est un enjeu culturel, un facteur d’attractivité des territoires »

A qui s’adressent ces dons ?
V.C. :
« Ils sont le plus souvent destinés à des associations de Loi 1901, mais aussi à l’Etat et ses établissements publics, aux collectivités territoriales, aux institutions, ou aux fondations. Les organismes du spectacle vivant ou de cinéma entrent dans le champs de la Loi pour leur activité de diffusion. Plus généralement, les dons s’adressent à des organismes d’intérêt général dont la gestion est désintéressée, l’activité non lucrative et ne profitant pas à un cercle restreint de personnes. L’éligibilité est délivrée par les services fiscaux ». Quelles sont les différentes formes de dons ? V.C. : « Outre le don financier, il existe d’autres formes, moins expérimentées : le don en compétence et le don technologique. On peut offrir du savoir-faire, mettre à disposition des salariés pour exécuter un travail, des outils, du matériel informatique, des espaces… Tout ceci se chiffre alors en prix de revient et se défiscalise ».

Quel est le mode d’emploi du mécénat ? A qui s’adresser ?
V.C. :
« C’est un acte assez simple à mettre en oeuvre. Dans l’Ouest Hérault, les projets culturels de qualité ne manquent pas : les champs d’activité sont suffisamment larges pour que tout entrepreneur puisse trouver où s’engager... La DRAC et les services culturels des collectivités peuvent l’aider. La CCI de Béziers est également un bon relais. Concrètement, il faut sélectionner un projet culturel, en rapport avec le profil, la sensibilité de l’entreprise et prendre les contacts. Ensuite, il faut s’assurer que la structure est éligible, établir une convention de partenariat, faire inscrire la contrepartie, puis communiquer et faire de cet exemple une pédagogie ».

Quels avantages peut en tirer l’entreprise ?
V.C. :
« Au delà de la défiscalisation, l’image et la réputation de l’entreprise entrent en jeu. Le mécénat est associé à une cause gratifiante : en s’impliquant dans la société civile par ce biais-là, l’entreprise participe à l’aménagement culturel du territoire, se rapprochant ainsi de son histoire et de son patrimoine. Elle s’offre une image d’excellence culturelle : auprès de ses concurrents et fournisseurs, mais aussi en interne, si elle y fait participer son personnel... C’est une belle rencontre entre deux mondes qui bien souvent s’ignorent. Générateur d’échanges de valeurs et de compétences, le mécénat est une passerelle de création et d’innovation. Mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout pour le chef d’entreprise et son équipe de se faire plaisir ! »

Véronique Cottenceau