ENTRETIENS GAGNANTS N° 5 - Edition Beziers

VENT FAVORABLE

Cap sur l’industrie nautique ! A la veille des grands salons d'automne et d’hiver, la filière affiche sa bonne santé économique. Un dynamisme dont la région et ses 85 000 bateaux ont su tirer profit.
Par Estelle Puig

Ils seront, cette année encore, plusieurs milliers de passionnés, simples marins d’eau douce ou experts confirmés, à sillonner ports, pontons ou salons à la recherche du navire de leur rêve. Et peu importe l’adage qui veut qu’il y ait deux jours heureux pour un propriétaire de bateau : le jour où on l’achète et le jour où on le vend. En 2006, les mutations de propriété pour les voiliers et « moteurs » d’occasions ont atteint le chiffre historique de quelque 62 000 transactions. Passion, quand tu nous tiens…

Avec un taux de croissance de 7% en 2007 et  une demande d’anneaux en constante progression, la filière affiche donc grand beau temps. Dans la région, le nautisme représente 30 ports de plaisance, 330 entreprises, 2400  emplois environs et un chiffre d'affaires de 400 millions d’euros.

Un tableau cependant assombrit par un cruel manque de place : décrocher un anneau de port, à la location ou à l'achat, s'apparente à une vraie joute nautique, même sur les nouveaux projets. Les prix atteignent des sommets dignes des grandes marées, et la Méditerranée ne fait pas exception ! Au contraire…

30 PORTS EN LANGUEDOC-ROUSSILLON

En l’espace de quelques années, la physionomie de la côte Roussillonnaise s’est radicalement métamorphosée. Si les petits ports de pêche ont encore leurs adeptes, les ports de plaisance ont pris une place prépondérante, insufflant du même coup une vitalité nouvelle à l’économie littorale qui représente 70% de l’activité touristique de la région.

Avec ses restaurants, bars et magasins en tout genre, les zones portuaires n’attirent pas seulement les marins. C’est, selon la FFPP (Fédération française des ports de plaisance), un moteur pour toute l’économie locale. « Un port de plaisance n’est pas simplement un parking à bateaux ! C’est un véritable lieu de vie, un carrefour touristique où commerces, hôtels et animations se croisent », relève-t-elle. « De par son potentiel touristique, c’est également un « comptoir » vers l’arrière-pays et une fenêtre ouverte sur la France et ses régions pour les étrangers en escale ».

CHIFFRES CLES

220 Kms de côtes, réparties sur quatre départements : Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault et Gard

30 ports de plaisance

85 000 bateaux, soit 10% de l’effectif national

30 000 places pour les plaisanciers 

73% de places à flot, (soit 20500 places)

4% de places à terre (ou ports à sec)

2 458 places de passage (9 % contre 10 % pour la moyenne nationale)

4 015 places dans les marinas (15 % de la capacité d’accueil)

De ports en ports…

Aigues-Mortes

Balaruc

Banyuls-sur-Mer

Bouzigues

Canet-en-Roussillon

Cap d’Agde

Carnon

Cerbère

Collioure

Frontignan

Gruissan 

La Grande Motte

Les Cabanes-de-Fleury/Port-Chichoulet

Le Grau d’Agde

Marseillan

Mèze

Narbonne-Plage

Palavas-les-Flots

Port-Argelès

Port-Ambonne

Port-Barcarès 

Port-Camargue

Port des Quilles

Port-La nouvelle

Port-Leucate

Port-Vendres

Saint-Cyprien

Sainte-Marie-la-mer

Sète

Valras-Plage

PORT-VENDRES

PLACES : 254 postes à quais et sur pontons.

CARACTERISTIQUES : 1er port de commerce des Pyrénées-Orientales

                                        Peut accueillir des unités de 45 mètres de long.

SAINT-CYPRIEN

PLACES : 2445, dont 440 pour séjours saisonniers

CARACTERISTIQUES : 2nd plus grand port de plaisance de la région

PROJET : l’agrandissement d’une partie du port est à l’étude

CANET-EN-ROUSSILLON

PLACES : 1200 sur pontons flottants, dont 50 pour bateaux de passage

REALISATION RECENTE : un nouveau bassin (Corbières) vient de voir le jour dans la partie ouest du port

CARACTERISTIQUES : présence du chantier Catana, premier constructeur Français de catamarans

PROJET : étude en vue d’une création de port-à-sec

PORT-LEUCATE

PLACES : 1200 places à quai et sur pontons, dont 100 pour visiteurs

CARACTERISTIQUES : présence d’un port à sec privé

GRUISSAN

PLACES : 1330 à quai et sur pontons, dont 99 marinas et 50 pour visiteurs

SERVICES : plusieurs shipchandlers et nombreux spécialistes plaisance, zone technique avec élévateur, port à sec…

LE CAP D’AGDE

PLACES : 2650 et environ 30 pour visiteurs aux quais d’accueil

SERVICES : plusieurs shipchandlers et nombreux spécialistes plaisance

MARSEILLAN

PLACES : 165 à Marseillan-Plage et 240 à Marseillan-Ville

REALISATION RECENTE : réorganisation du bassin intérieur et construction de 2 nouveaux pontons dans l’avant-port

CARACTERISTIQUES : deux ports à sec privés pour bateaux jusqu’à 9 m

SETE

PLACES : 320 au port de plaisance

CARACTERISTIQUES : en France, second port de commerce en Méditerranée

PALAVAS-LES-FLOTS

PLACES : 1016, dont 50 pour visiteurs

LA GRANDE-MOTTE

PLACES : 1452, dont 50 pour visiteurs

CARACTERISTIQUES : vaste zone technique, chantiers navals, tri sélectif, pompage des eaux usées, collecte et traitement des eaux de l’aire de carénage, etc.

PORT-CAMARGUE

PLACES : 4800 à quai, dont 400 pour visiteurs

CARACTERISTIQUES : plus grand port de plaisance européen, dont plus grande plate-forme technique de la région

                                        Port-pilote de l’opération « ports propres en Languedoc-Rousssillon »

                                       15000 m2 de zones techniques

                                        71 commerces et entreprises directement liés au nautisme

Région : des répercutions économiques

En soufflant dans les voiles des plaisanciers, le Languedoc-Roussillon mise sur des retombées économiques engendrées par ce secteur.

Réaménagement de la zone technique à Saint-Cyprien, nouveaux pontons à Canet-en-Roussillon, création d’un ports-à-sec à Leucate, etc.…dans la région, les infrastructures liés à l’essor du nautisme se sont multipliés à une vitesse déconcertante. Le secteur de la plaisance connaît en effet un boom sans précédent. Avec 85 000 bateaux immatriculés en Languedoc-Roussillon, soit 10% de la flotte nationale, le jeu vaut indéniablement son pesant d’or.

Un marché mondial favorable

En France, premier constructeur mondial de voiliers et pneumatiques, le secteur génère près de  50 000 emplois et totalise un chiffre d’affaires d’environ 4 milliards d’euros.  Une  performance qui, selon la Fédération des industries nautiques (FIN), reposerait sur le dynamisme des entreprises du secteur sur les marchés extérieurs. En dix ans, les exportations sont passées de 243 millions à 849 millions. Désormais, les ventes à l’international représentent 66% de la production nautique. Les voiliers restent le premier poste (779 millions en 2007), tandis que les moteurs (358 millions) poursuivent leur développement.

Un fort potentiel économique

Grâce à ses 220 kilomètres de côte et ses quatre départements tournés vers la mer, le Languedoc-Roussillon constitue la 3e région d’accueil des navires de plaisance en nombre d’immatriculations après Provence Alpes Côtes d’Azur et la Bretagne. 400 millions d’euros de chiffres d’affaires sont réalisés par quelques 330 entreprises recensées. L’agence française pour les investissements internationaux estime également que l’activité générée par le nautisme avoisine les 792 millions d’euros.  Voilerie, sellerie, accastillage…, les dépenses des plaisanciers profitent à de nombreuses catégories de professionnels. Sans oublier le commerce de proximité et en premier lieu les restaurants. Un plaisancier débourse en moyenne 10% du prix de son bateau. De quoi faire tirer tout un pan de l’économie locale vers le haut ! 

Des spécialistes de la construction navale

Dans la région, la construction navale est principalement liée à la fabrication de bateaux de plaisance. Certains constructeurs de grands catamarans (Catana, Atelier Outremer, Sud Composites…) ont d’ailleurs fait du Languedoc-Roussillon leur terre d’élection. Avec dans leur sillage des pépinières d’entreprises qui sont venues compléter une offre qui se diversifie d’années en années. L’un des exemples les plus représentatifs étant le pôle nautique de Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales). Exclusivement réservé aux entreprises du secteur de la plaisance, le site propose en prise directe avec la mer un linéaire de quais de 1400 mètres, une aire de carénage de 14 000 m² avec deux darses de 50 et 200 T ainsi qu’une rampe de mise à l’eau de 40 T sur 15 m de large, etc. Ce projet  qui s’étend sur 70ha, devrait s’échelonner sur 10 ans et engendrer la création de 600 à 1000 emplois.

L’environnement…à bon port

Pour endiguer les nuisances liées à l’essor de l’activité des ports de plaisance, la Région, l’Agence de l’eau et l’ADEME pilotent ensemble l’opération «Ports propres». Elle vise à apporter une aide technique et financière aux gestionnaires des ports pour prévenir les pollutions chroniques ou accidentelles. Ces derniers se voient ainsi proposer la réalisation d’un diagnostic permettant de définir les équipements et les aménagements à mettre en œuvre pour réduire les risques de pollution. L’opération «Ports propres» a entraîné 5,3 millions d’euros de dépenses en études et travaux. Le montant des subventions était de 2,7 millions, répartis entre la Région (48%), l’Agence de l’eau (40%) et l’ADEME (12%). Le taux d’aide moyen est de 51%.

INTERVIEW

Un institut nautique en Méditerranée

Installé sur le port de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), l'Institut nautique de Méditerranée (INM) est un centre de formation professionnelle. Créé en 2003 et opérationnel depuis 2004, cet établissement, voulu par la CCI de Perpignan et soutenu par les fédérations nautiques, est géré par une association regroupant ces entités au côté de nombreux autres partenaires publics et privés. Le point avec Christine Darder, responsable pédagogique.    

Entretiens Gagnants : pourquoi un centre spécialement dédié aux métiers de la mer ?

Christine Darder : car il y a une réelle demande des industries ! Elles ont d’ailleurs du mal à recruter et sont en manque de main d’œuvre.

E.G. : pourquoi cette pénurie ?

C.D. : premièrement, le secteur est mal connu. De plus, avec l’agrandissement des ports, de nouvelles entreprises s’installent et embauchent.  Enfin, le personnel qualifié aux industries du nautisme est vieillissant.   Et la relève se fait attendre.

E. G. : quelles sont les formations dispensées à l’INM ?

C. D. : deux CQP (certificat de qualification professionnelle) sont proposées : « agent de maintenance et de services dans les industries nautiques » et « matériaux composites ». Notre objectif étant de sensibiliser les élèves à tous les métiers qui existent dans le nautisme. Et cette année, en partenariat avec l’IUT de Perpignan, l’INM forme des cadres commerciaux maîtrisant le marché et notamment celui de la navigation de plaisance.

E.G. A qui s’adresse le cursus scolaire ?

C.D. : le public visé est varié : demandeurs d’emploi, contrats de professionnalisation et salariés souhaitant bénéficier d’un congé individuel de formation. Nous formons en moyenne 50 personnes. Nous comptons d’ailleurs nous agrandir et nous sommes sur le point d’emménager dans un local plus grand mis à disposition par la mairie de Saint-Cyprien.

Initiative de la CCI des P.O., l’INM est né de la volonté de la fédération des industries nautiques, de la fédération française de voile et de la fédération française des ports de plaisance.

Marché de l’occasion

La répartition des voiliers d’occasion par tailles

 Plus de 15 m : 14%

12 à 15 m : 4%

10 à 12 m : 13%

8 à 10 m : 21%

7 à 8 m : 14 %

6 à 7 m : 20 %

5 à 6 m : 14 %

Moins de 5 m : 13%

Source : magazine « voiles et voiliers », n°452. octobre 2008

Les limites à la progression du marché

Manque de place dans les ports, hausse du pétrole et baisse du pouvoir d’achat pourrait jouer sur la progression du marché de la plaisance.

Le problème n’est pas nouveau : ça se bouscule sur les pontons. Il manquerait près de 54 000 places sur le territoire national, dont 5 000 rien qu’en Languedoc-Roussillon. Un véritable casse-tête pour les propriétaires de bateau soumis à des listes d’attente pouvant atteindre plusieurs années. Dans un contexte de saturation des ports, de nombreux professionnels s’inquiètent de l’état incertain du marché en raison du manque d’anneaux. Sachant qu’il ne faut pas attendre de solution miracle sur ce dernier point…Car quel que soit l’état du moral des ménages et leur pouvoir d’achat, la demande n’est pas extensible à l’infini. De nouvelles places vont effectivement être créées, mais la tendance ne devrait plus être aux grands projets. Et plusieurs voix commencent à poser la question qui fâche : est-il bien raisonnable de réserver une partie de l’espace public à des bateaux qui sortent si peu ?

La plaisance : un prix

Autres raisons qui pourraient jouer défavorablement sur la croissance : dans le sillage de la crise financière, la hausse du pétrole et une baisse de la consommation des ménages. Si la grande plaisance ne connaît pas la crise, la petite accuse un ralentissement pour l’exercice 2007-2008. Le prix du fioul, multiplié par deux en un an, pèse sur l’activité location avec des contrats de plus brève durée pour des sorties en mer sur de plus courtes distances. Pour ce qui est des ventes, le recul touche les petites embarcations. Pas de quoi s’inquiéter cependant. Les professionnels restent confiants car les premiers éléments connus concernant les immatriculations sont positifs.

SOLUTION

Hisser haut les bateaux comme réponse au manque d’anneaux !

A Leucate, Port Adhoc ne connaît pas la crise. Ce port-à-sec remporte un vif succès auprès des propriétaires de bateaux de moins de 9 mètres.

Alors que la « crise du logement »  sur l’eau n’a jamais été aussi forte, le concept né aux Etats-Unis, apparaît comme une méthode simple, efficace et originale pour répondre à la pénurie de mouillage. Ces solutions de stockage des bateaux à terre constituent en effet

une piste particulièrement intéressante : elles correspondent à la part majoritaire du marché de la plaisance (les petits bateaux à moteurs) et disposent donc d'un potentiel quantitativement important. Tout en préservant la qualité environnementale des côtes. «C’est LA solution pour désengorger les ports »,  affirme Jean-Pierre Lejeune, l’un des responsables de cette société implantée également dans les Côtes d’Armor, en pays Rochefortais et au pays Basque.

Le principe est simple : lorsque le bateau ne navigue pas, il est rangé à terre, stocké sur un rack à ciel ouvert dans une zone sécurisée. Avec en prime un service « clé en main » : mise à l’eau illimitée sur un simple coup de téléphone et rinçage de la coque à chaque rentrée. « Il ne faut pas se faire trop d’illusion : l’état ne financera plus les grands projets. Et il faut bien trouver une solution pour répondre au manque de place. Le port-à-sec, c’est l’avenir ».

Investissement : 1 million d’euros

Nombre de places : 350

Projet : étude en vue d’une création d’un port-à-sec à Canet-en-Roussillon

Languedoc-Roussillon : Une question de place !

220 kilomètres de côte, 4 départements tournés vers la mer, 85 000 bateaux recensés, près de 30 000 anneaux…. La région arrive en troisième position en nombre d’immatriculations des navires de plaisance après Provence Alpes Côtes d’Azur et la Bretagne.