ENTRETIENS GAGNANTS N° 5 - Edition Beziers

Marée Nostrum : l’harmonie viendra des hommes

Deux mois après sa mise à flots, l’Union Pour la Méditerranée était au coeur d’une rencontre entre chefs d’entreprise du Languedoc-Roussillon.

Ce colloque organisé dans le cadre du concert privé Opéra/opérette de Michel Plasson et avec le chef de projet Francis Marty du dispositif Maieutica Maroc, a réunit prés de 600 entrepreneurs.

Un moment d’exception en présence d’André Azoulay, conseiller du Roi Mohammed VI.

Quasiment deux mois jour pour jour après le lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM), les décideurs régionaux se sont à leur tour jetés à l’eau. A la baguette ? Michel Plasson. Pour le chef d’orchestre, l’UPM « a sonné comme un thème musical extraordinaire. Bien plus que politique, ou économique, c’est d’abord un enjeu culturel ».
Et c’est chez lui, au pied de l’oppidum d’Ensérune, qu’a été jouée cette première partition d’un rapprochement entre le Languedoc-Roussillon et le Maroc. Ou quand la Tramontane dialogue avec les Alizés…

Quels projets concrets ?
L’UPM devra faire mieux que le Processus de Barcelone. Né en 1995, ce pacte liait l’Europe aux pays du Sud, mais il s’est, depuis, enlisé dans une totale léthargie.
Restera aussi à définir des projets partagés de part et d’autre. Concrètement, plusieurs pistes sont tracées. La priorité ? Agir pour la dépollution. Mais il sera aussi question de mieux ancrer les autoroutes de la mer, la protection civile, l’énergie solaire… D’accroître les échanges universitaires  et surtout d’aider les PME à se développer.

Réduire les disparités
« Le lancement de ces gros projets devrait tirer des PME. Mais il faut que les hommes s’échangent leurs idées » insistait Yves Gazzo, chef de la représentation de la Commission Européenne en France. L’ambassadeur relevait aussi à quel point les écarts entre l’Europe et l’Afrique du Nord étaient « énormes par rapport aux Etats-Unis ou au Japon et leurs Suds respectifs ». « Depuis longtemps », déplorait Michèle Gendreau-Massaloux, conseillère d’Etat déléguée à la mission UPM, « nous n’avons pas pris garde à l’accroissement des disparités. C’est écart, c’est la différence, mais aussi l’indifférence ».
Couper ce rideau… de mer
« Il ne faut pas voir cette Union comme une alternative à la construction européenne » estimait quant à lui Henri Malosse, président du groupe Employeurs au comité économique et social européen. Il jugeait toutefois que le Vieux Continent pouvait servir d’exemple : « partis d’un champ de ruine, nous avons créé un espace de prospérité. Pour la France, l’UPM n’est pas un choix entre l’Union Européenne et la Méditerranée. Ce ne sera pas une copie conforme de l’U.E. non plus ».
Couper enfin cette sorte de rideau de fer, ou plutôt de mer : toute l’idée d’un ambitieux projet. Encore faudra-t-il, comme le glissait Yves Gazzo, « que l’humain fasse la différence sur le technocratique ».
Une coopération décentralisée
« Nous aurons beau réussir la coopération économique, commerciale, technique, mais sans savoir dans quel espace, dimension, ou livre, nous allons nous inscrire, nous aurons manqué ce grand rendez-vous », estimait l’hôte de prestige de la soirée, André Azoulay.
Dans une région « culturellement si proche de la Méditerranée », Christian Massinon, Préfet en charge des affaires régionales, appelait de ses vœux une « coopération décentralisée. Collectivités locales, institutions et société civile doivent marier leurs efforts ». Il préconisait « l’union entre espaces plus cohérents, pour que l’ensemble des réseaux puisse profiter d’échanges. L’échelon régional est pertinent ».
Se réapproprier le projet
« Cette perspective d’Union Pour la Méditerranée est un juste retour à ce que cette mer veut dire : Mare Nostrum », remarquait André Azoulay. « Réapproprions-nous cette perspective ». Estimant que le choc des civilisations était une « théorie scélérate », le président de la fondation Anna Lindh invitait au dialogue entre les cultures : « les Marocains connaissent votre histoire, votre musique et votre littérature. Il faut que cet intérêt soit réciproque ». Et si, tel que le préconisait Michel Plasson, l’Union Pour la Méditerranée s’imposait d’abord comme une « bombe de paix » ?


ANDRE AZOULAY LOUE « LA LOGIQUE DE LA PARITE »

Entretiens Gagnants : que vous inspire cette Union Pour la Méditerranée ?
André Azoulay : « ce n’est ni un gadget, ni un projet de circonstance. Nous l’avons espéré pendant si longtemps… Nous savons que nous ne sommes pas éligibles à l’Union Européenne. Mais nous avons atteint un degré d’intégration qui a dépassé ceux de bien des pays mêmes de l’U.E. ! ».

Pourquoi tenez-vous tant à vous y impliquer ?
A.A. : «Ce qui aurait été étonnant, c’est que je ne m’y intéresse pas ! Pour nous, cela veut dire quelque chose. Ce ne sera pas simplement l’union des projets, des intérêts, mais d’abord celle des hommes.
En Languedoc-Roussillon, vous avez été les premiers à prendre l’initiative d’associer ce grand dessein de l’Union à la musique et à la culture. Pour être plus proches les uns des autres, nous devons nous comprendre et nous respecter ».

Que peuvent en attendre nos entreprises?
A.A. :
« A l’instar de Maieutica c’est une affaire de maillage, de réseau… Il s’agit de pouvoir conjuguer faisabilité, rentabilité et pérennité, en privilégiant la proximité et la qualité des relations humaines.
En préservant aussi la logique de la parité : ce qui est bon pour le partenaire français doit être bon pour son homologue marocain. Et vice versa ! ».


MAIEUTICA FAIT DES VAGUES

D’une rive à l’autre de la Grande Bleue, l’expérience est citée en exemple. A l’unisson. Sous la houlette de Francis Marty, son chef de projet, Maïeutica Maroc a été mis à flots en 2002. Avec le soutien des CCI de Béziers et de Sète, du Conseil général de l’Hérault…
« Un premier projet a été lancé avec le Territoire d’Essaouira, mais nous avons l’ambition de continuer avec d’autres provinces du Maroc… » explique cet ingénieur héraultais.
Le projet ? Il concerne 800 PME marocaines, et prévoit de créer 2 000 emplois ! « Il s’étale sur trois étages : aider nos amis marocains à se développer, œuvrer au rapprochement des cultures et des hommes, créer des besoins de savoir-faire pour nos entreprises ».

De la culture du rapprochement

La Méditerranée, carrefour d’échanges… et de cultures. Un espace aussi magique que fragile, où l’harmonie passera d’abord par le dialogue entre les peuples.