ENTRETIENS GAGNANTS N° 1 - Edition Perpignan

Bernard Fourcade : « une pluralité inestimable »


 Un département aux multiples facettes

Nautisme, énergies renouvelables, tourisme et logistique : c’est, pour le patron de la CCI, le quatuor gagnant du pays catalan. Dans une conjoncture morose, l’activité économique des P.-O. tirerait, aux yeux de
Bernard Fourcade, « son épingle du jeu ».
 ENTRE LES LIGNES
• TRANSPORTS :
10 000 camions transitent par jour au Perthus !
• ENERGIES :
depuis sa création, le pôle de compétitivité DERBI a labellisé plus de 50 projets, soit un investissement global de 73 M€.
• TOURISME :
la CCI anime depuis deux ans un club départemental de l’industrie touristique. « Table ronde » permettant de « prendre en compte les besoins des professionnels ».
• NAUTISME :
créé en partenariat avec les fédérations de la filière, l’INM est spécialisé dans la formation continue (mise à niveau, perfectionnement…)

Bernard Fourcade

Au carrefour du développement européen, le pays catalan est à la croisée des chemins. Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Perpignan et des P.-O. depuis l’an 2000, Bernard Fourcade se prête au jeu de l’entretien.

par Guillaume LAURENS

Entretiens Gagnants : quelle est la conjoncture économique dans le département ?
Bernard Fourcade :
« d’une façon générale, nous pouvons déjà relever que nous ne sommes pas en crise. Dans une conjoncture française et européenne morose, nous tirons notre épingle du jeu. Nous sommes sur un retournement de situation depuis trois ou quatre ans. Et ce parce que nous avons su miser sur quatre filières porteuses ».

Lesquelles ?

B.F. : « tout d’abord, le nautisme. Cela fait dix ans que la CCI s’est ancrée là-dedans. Plus de 100 entreprises sont implantées dans le département. Mais elles ne viendraient jamais dans un désert industriel… D’où l’utilité de se fédérer au travers de Nautéa. Ce technopôle nautique est un creuset de réflexion. En 2003 est aussi né l’Institut Nautique de Méditerranée (INM). Plus de 200 élèves y sont passés ».

Quelle est la seconde filière ?

B.F. : « les énergies renouvables. C’est dans l’air du temps : entre la protection de la planète et la nécessité de trouver des alternatives à l’énergie trop chère… Le pôle de compétitivité DERBI, aux racines départementales, mais dont la vocation est régionale à internationale, a fait consensus. C’est une filière en devenir, à condition de ne pas regarder les trains passer. Mettre des panneaux solaires dans les vignes, je veux bien, mais il faut aussi attirer les entreprises du Nord de l’Europe sur notre territoire ».

Du soleil, du vent. Il y a tout en pays catalan !

B.F. : « solaire, éolien, biomasse, eau… Notre département est l’un des rares à posséder une telle diversité d’énergies renouvelables. Saisissons les opportunités qui se présentent. Ainsi, nous soutenons le projet Thémis, mené par le Conseil général. Cela permettra à des entreprises de réaliser à Targasonne, des essais de produits innovants dans l’énergie solaire. Avec pépinière d’entreprises à la clé ».

Et le tourisme, dans tout ça ?

B.F. : « c’est une autre de nos filières prioritaires. Littoral, montagne et campagne : nous avons une pluralité exceptionnelle. Mais nous devons booster l’activité historique. Nous avons créé une vitrine commerciale sur Internet (www.pyrenees.fr). Cela permet de réserver en ligne un hôtel, un cours de tennis ou des leçons de ski et bientôt, même, un restaurant ! »

Qu’en est-il du développement de l’aéroport ?

B.F. : « nous avons une double politique. D’un côté, il y a la ligne avec Paris (250 000 passagers). On peut faire la fine bouche sur les tarifs, mais nous, nous l’avons ! Certes, elle est un peu chère, alors nous espérons l’arrivée d’une ligne “ middle cost ” qui permettrait de récupérer 150 000 voyageurs perdus au profit du train. L’autre facette, c’est le développement des low-cost (200 000 passagers, cinq lignes et trois compagnies). Et nous ne dépendons pas d’un seul opérateur… Nous avons des touches avec une dizaine de compagnies ».

Quelle est la dernière filière porteuse ?

B.F. : « le transport et la logistique. Les routes saturent, l’énergie coûte cher. Il y a urgence à développer des modes alternatifs et à s’axer sur la plateforme multimodale MP2. Le marché Saint-Charles est le premier centre d’importation de fruits et légumes en Europe. Port-Vendres représente une solution pour le transport de marchandises. Il y a trois ans, nous avons construit un terminal fruitier. Peu de monde y croyait. Aujourd’hui, il joue un rôle crucial dans l’augmentation du tonnage de fret traité ».

Comment se porte l’activité du port de commerce ?

B.F. : « jusqu’en 2006, elle culminait à 220 000 tonnes. En 2007, nous étions à 296 000, un record ! Cette année, 330 000 tonnes sont prévues. Nous devenons un port de référence pour les fruits et primeurs. Trois nouvelles lignes de fret maritime ont été mises en exploitation. La diversification des trafics est une réalité : une chance pour le port ».

Qu’attendre de la ligne TGV ?

B.F. : « au delà de Barcelone, qui sera l’effet immédiat, cette ligne nous reliera à Madrid. Personne n’en parle encore, mais soyons optimistes : Madrid, cela ne peut pas être neutre ».

Comment positionner notre activité par rapport à celle de la Catalogne du Sud ?

B.F. : « nous n’avons pas le souci de nous positionner, de nous comparer, mais de développer notre département. Il ne faut pas ignorer Gérone, mais enrichir Perpignan. Gérone, aéroport secondaire de Barcelone, va drainer 5 millions de passagers. Nous pouvons avoir des retombées sur le département. Utilisons cette manne à bon escient ».

Finalement, la CCI est garante d’une cohésion du territoire…

B.F. : « notre leitmotiv a été et reste de servir de levier, même si nous ne pouvons nous substituer à nos ressortissants. Ce sont les professionnels qui font l’économie. Former, prospecter et surtout fédérer sont nos missions fondamentales. Travailler seul ne fait gagner personne ».

SUR TOUS LES FRONTS DE LA FORMATION
« La formation est un enjeu historique et fondamental des CCI », relève Bernard Fourcade. « Nous proposons toute une palette de formations : avec 70 élèves, le CFA ouvre aux métiers de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme. L’école d’ingénierie en intelligence robotique reçoit 90 élèves. Sans oublier les formations récurrentes ou à la carte : laboratoire de langues, e-tourisme… ». A savoir que du côté de l’INM, une licence professionnelle de cadre commercial du nautisme débute en septembre 2008.