ENTRETIENS GAGNANTS N° 2 - Edition Sète

Sète : un port en mutation


 Un trafic qui a des ailes
Destinées à l’édification de parcs éoliens dans l’Aveyron et la Vallée du Rhône, plusieurs cargaisons d’éoliennes ont été débarquées sur le port de Sète depuis début 2007. Un matériel qui nécessite un équipement spécifique vu la taille des engins.
“Elles arrivent directement des usines du Danemark et d’Espagne du constructeur Vestas. Chaque déchargement monopolise environ une quinzaine de dockers”, souligne Paul-Louis Coulongeat, de la société Sea Invest, qui assure une partie de ces
opérations de manutention.

En l’espace de cinq ans, de nouveaux trafics ont fait leur apparition sur le port, occupant la surface libérée par la disparition d’activités plus anciennes. Avec le projet de relance de l’activité portuaire et l’essor du trafic maritime, le port sétois dispose d’atouts non négligeables pour avancer son pion sur l’échiquier de la mondialisation.

Poumon écono-mique de la ville de Sète et de son agglomération, qui perçoit aujourd’hui la taxe professionnelle des entreprises qui y sont installées, le port de Sète-Frontignan connaît actuellement une évolution de ses trafics.
Dans un contexte national morose où l’année 2007 a vu se réaliser la plus faible progression du trafic portuaire métropolitain depuis 5 ans (+0,4%, selon Le Marin), Sète limite les dégâts, grâce aux nouveaux trafics qui ont fait leur apparition. Usine Diester, plate-forme de la société Cameron, transport d’éoliennes, nouveau trafic de voitures… Et bientôt opérationnelle, l’usine de broyage de clinker du groupe Lafarge.

En l’espace de cinq ans, pas moins de quatre poids lourds industriels se sont installés ou ont développé leur activité sur la zone portuaire. S’il conserve sa spécialité dans le trafic vraquier (céréales, engrais, de tourteaux de soja et produits raffinés), le port se tourne peu à peu vers la nouvelle manne économique que constitue le transport de marchandises diverses. Transféré par l’Etat à la Région, qui en est le nouveau concessionnaire, le port cristallise les ambitions du territoire. “Vous allez faire partie d’une grande aventure. Je n’ai pas dit qu’on allait faire de Sète, un Marseille. Je ne rêve pas. Mais je dis qu’on va faire de Sète un port que vous n’imaginez pas. Et dans 7 ou 8 ans, vous ne serez plus 60 mais 500”, a ainsi déclaré Georges Frêche, dans un article du Midi Libre consacré à la visite du président de Région aux salariés du port, le 21 janvier 2008.
Depuis le 1er janvier, la Région est en effet le nouveau maître à bord sur le port. Pour assurer son développement, le souhait de son président est de “développer un dispositif dynamique et cohérent pour activer son essor économique et créer de nouveaux emplois”.
Pour mener à bien cette politique, la Région envisage de créer une société d’économie mixte, alliant un partenariat public/privé et apte à répondre à ces ambitions. Pour l’heure, la nouvelle entité née au 1er janvier 2008 suite au transfert de gestion de la CCI de Sète-Frontignan-Mèze à la Région (un Epic baptisé “Port Sud de France”) assure la transition.

Une place stratégique au cœur de l’arc méditerranéen

Saisir de nouveaux trafics, séduire les entreprises susceptibles de s’installer sur la zone, optimiser les trafics existants… Pour répondre à ces ambitions, le port doit se tourner vers de nouveaux marchés et mettre en avant ses atouts qui ne sont pas
négligeables.
Située au cœur de l’arc méditerranéen, au centre des échanges entre l’Europe du Nord et du Sud, entre la Catalogne en Espagne et la Lombardie en Italie, Sète doit pouvoir jouer de ses atouts géographiques.
“En nous installant à Sète, nous sommes aujourd’hui à contre-courant de ce qui se fait dans le monde du transport de voitures entre l’Asie et l’Europe avec une hyperconcentration du trafic dans quelques grands ports comme Anvers, Zeebrugge ou Rotterdam. Mais nous souhaitions nous rapprocher de nos clients français. (…) Cela permet des économies de transport et aussi de temps. Sète est un port en perte de vitesse mais très bien outillé”, a ainsi déclaré Steve Faulkner, directeur financier et de la logistique de Hyundaï France au journal de la CREFMPM (Caisse Rochelaise d’Entraide aux Familles de Marins Péris en Mer), dans un article paru le 5 mars 2007.
Ce potentiel géographique, la Région l’a bien compris, en signant déjà une entente avec la Région Lombarde et en implantant une maison à Milan, à moins d'une heure et demi de route de Gênes, premier port italien et deuxième port de la mer Méditerranée derrière Marseille. L’ambition est rien de moins que de créer une autoroute de la mer entre Gênes et Sète, grâce à la présence du terminal et portique à conteneurs, et au-delà de créer un triangle d’or, favorisant le trafic de conteneurs entre Gênes, Sète et le nouveau hub de transbordement de Tanger.

 Nouvelle usine pour Lafarge
Lafarge Ciments, qui dispose de son propre terminal cimentier sur l’île singulière, a posé le 5 décembre 2007 la première pierre de sa nouvelle usine de broyage sur le port de Sète, qui devrait être opérationnelle en 2009. Le clinker est le principal constituant du ciment qui est obtenu par le broyage de ces nodules. Cette nouvelle usine sera dotée d’une capacité de 600 000 tonnes par an, ce qui permettra d’accroître de 50% les capacités de production à Sète. Le clinker sera amené sur le port à partir de la cimenterie de Port-la-Nouvelle par voie fluviale. Le groupe annonce un trafic à hauteur de 500 000 tonnes par an et plus de 100 touchers de navires à Sète. Face au boom de la construction, ciment et clinker sont en hausse de 9% sur le port et représentent selon Le Marin, le deuxième poste derrière les hydrocarbures.
Bruno Lafont P.D.G. de Lafarge et Georges Frêche : lors de la pose de la première pierre


Le trafic maritime a le vent en poupe
Dans cette optique, les préoccupations environnementales liées à l’accroissement de l’effet de serre, et à la volonté de diminuer les émissions de gaz carbonique et donc le transport routier devraient jouer en faveur du port de Sète. En perspective du lancement du cabotage maritime entre les ports de Sète et Port-la-Nouvelle, le cimentier Lafarge annonce ainsi la suppression de 12 000 camions sur l’A9. La firme française mise sur une centaine de navires pour assurer la livraison du clinker entre sa cimenterie de Port-la-Nouvelle et sa nouvelle usine de broyage installée sur la zone portuaire sétoise. Chez Cameron, filiale biterroise d’une société américaine spécialisée dans la fabrication des matériaux destinés à l’industrie pétrolière, le transport des matériaux se fait également par train et par bateaux. “Les nouvelles réglementations en faveur de la protection de l’environnement vont inciter les entreprises, qui ne souhaiteront pas s’acquitter de la taxe carbone, à transiter par le port de Sète. Il y a des perspectives de développement à saisir, notamment en ce qui concerne l’industrie papetière du sud-est de la France, qui fait pour l’heure transiter ses marchandises par la Belgique”, souligne Paul-Louis Coulongeat de la société Sea Invest.

Un plan Marshall pour le port
Fort d’un positionnement géographique privilégié, doté d’excellentes conditions d’accès nautiques, réputé pour sa paix sociale au regard du grand frère marseillais, et riche de surfaces encore disponibles et d’un pôle de desserte multimodal, le port de Sète a donc de nombreux atouts à mettre en avant pour monter à bord du grand paquebot de la mondialisation.
Cependant, avant de devenir compétitif, il doit faire l’objet d’un vaste programme de modernisation de ses infrastructures. Une action déjà initiée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Sète-Frontignan-Mèze  qui a permis notamment l’extension du terminal vraquier ou la création d’un parc spécialisé pour les bois - à laquelle la Région, gestionnaire du budget d’investissement de l’EPR “Port Sud de France”, veut donner plus d’ampleur au travers d’une politique de grands travaux.
Son président a ainsi annoncé vouloir mobiliser 40 millions d’euros sur trois ans pour réaménager les ports de Sète et Port-la-Nouvelle. Parmi les premiers investissements prévus figurent l’acquisition d’une grue à crochet pour le bois et des marchandises diverses (2,7 millions d’euros), l’achat de deux grues (1,6 million d’euros), l’extension du parc de transit pour le bétail à l’exportation pour lequel Sète est le premier port européen.
Sans oublier la modernisation et l’extension du pôle passager de la gare Orsetti (76 500 euros), les autres investissements étant consacrés à la pêche, comme la création d’une zone d’hivernage pour les thoniers (1 millions d’euros). En parallèle de ce qu’il conviendrait d’appeler un plan Marshall pour le port, des travaux sont également réalisés pour améliorer la desserte de la zone portuaire.
Après la requalification de la RN 112, le Département a entrepris la mise à 2x2 voies de la RN 300 qui relie l’entrée du port à celle de l’autoroute A9. À cela il faut ajouter les derniers rebondissements en faveur de la création d’une ligne grande vitesse entre Nîmes et Perpignan. Autant d’investissements qui vont dans le sens du développement économique portuaire.
La prochaine étape sera la création de la société d’économie mixte, qui prendra la relève de l’établissement public régional. Le président de Région mise à ce sujet sur un partenariat public/privé.
“J’espère que ce sera des armateurs car s’ils risquent leur argent pour faire marcher le port, ils y viendront pour le développer”, a-t-il déclaré dans Midi Libre, lors de sa visite sur le port le 21 janvier 2008.

 Sea Invest au cœur des nouveaux trafics
“Nous sommes les premiers à avoir mis en avant les capacités du port de Sète, en terme de place et d’équipement, aujourd’hui les entrepreneurs se passent le mot
et les résultats se voient.”
Paul-Louis Coulongeat, directeur d’exploitation de la société Sea Invest
Spécialisée dans la manutention portuaire, le stockage, le transit des marchandises et la consignation des navires, la société Sea Invest est implantée sur le port de Sète sous cette identité depuis 2000.
Parmi les nouveaux trafics qui se sont installés, l’entreprise a saisi le marché de toutes les opérations relatives à la plate-forme logistique de la société Cameron. Pour manutentionner les tuyaux en acier acheminés par navire depuis le japon ou les flotteurs qui arrivent par containers depuis les USA, via Fos-sur-Mer ou l’Italie, ou encore les lignes “inox” en provenance de la Suède, la société mobilise environ quatre temps plein de dockers.
Ces matériaux sont ensuite amenés sur le site de fabrication, qui se situe à Béziers, afin d’être assemblés puis renvoyés sur le port de Sète pour une exportation vers les pays pétroliers. En dehors de la Cameron et du trafic traditionnel, Sea invest assure aussi une partie du trafic lié aux éoliennes. En provenance du Danemark et d’Espagne, elles doivent être acheminées en Aveyron.
“Nous sommes les premiers à avoir mis en avant les capacités du port de Sète, en terme de place et d’équipement, aujourd’hui les entrepreneurs se passent le mot et les résultats se voient. Les éoliennes sont des engins qui nécessitent un équipement spécifique et mobilisent environ une vingtaine d’agents par bateau, à la fois des grutiers, des dockers et le responsable de la manutention. Une éolienne représente à elle seule 8 colis allant de 5 à 100 tonnes (pales et nacelles) en passant par des éléments d'une cinquantaine de tonnes (tours)”, explique Paul-Louis Coulongeat.
Le directeur d’exploitation se réjouit de l’installation de trafics supplémentaires sur le port ainsi que du regain d’activité du secteur passager.
Paul-Louis Coulongeat, directeur d’exploitation de Sea Invest

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