ENTRETIENS GAGNANTS N° 4 - Edition Beziers

Frédéric Lopez : tourisme, potentiel et… « gaspillage »


Stations en ébullition, routes qui saturent, queues allongées au supermarché : la région prend ses quartiers d’été. Quels sont les enjeux et perspectives de l’activité en Languedoc-Roussillon ? Frédéric Lopez, patron du tourisme régional, passe sur le grill.
par Guillaume Laurens

 

Le tourisme en questions
Dans un contexte tendu où les professionnels sont sans cesse amenés à se réinventer, le président du Comité Régional du Tourisme et de la commission Tourisme à la Région confie sa vision sur l’avenir du premier vivier économique du Languedoc-Roussillon.
Entretiens Gagnants : comment se porte l’activité touristique en région ?
Frédéric Lopez : « quand nous sommes arrivées en 2004, le Languedoc-Roussillon venait de passer sous la barre des 100 millions de nuitées.
Honnêtement, vu le contexte, je ne pensais pas qu’on remonterait. Est-ce le fait de nos efforts de communication, de marketing ? On peut dire que l’activité se porte bien, si on se contente de nos acquis et de notre vision habituelle du tourisme ».

Qu’entendez-vous par cela ?
F.L. : « le Languedoc-Roussillon est la 4e région touristique de France. Mais en y regardant de près, on constate un gaspillage phénoménal.
Trop de décideurs, notamment des élus, n’ont pas compris tout l’intérêt du tourisme. Ils n’ont pas saisi que c’était une réelle économie. C’est notre première ressource, devant la viticulture.
Pour développer l’emploi, nous n’avons guère que deux secteurs : la matière grise (la recherche) et le tourisme ».

Comment réinventer ce tourisme ?
F.L. : « nous avons tous les ingrédients pour une activité à l’année. Mais on se contente encore des plages et du soleil… Nous vivons sur le tourisme de masse des années 70. Sur la région, 80 % du chiffre d’affaires du secteur est généré par le littoral en trois mois !
En tête, les locomotives : le Cap d’Agde et la Grande Motte. Mais nos grosses stations ne sont pas adaptées à un tourisme à l’année. Elles sont trop gigantesques. A Palavas, à Collioure, la saison est déjà beaucoup plus longue… »

Quels sont ces « ingrédients » dont vous parlez ?
F.L. : « nous avons un patrimoine exceptionnel (quatre sites inscrits à l’Unesco), une diversité unique sur le plan culturel et naturel. Dans chaque village le long du Canal du Midi, il y a quelque chose à visiter. Si nous savions le mettre à profit, cela ferait tourner les commerces de proximité.
Mais nous n’exploitons pas nos richesses. Collioure a su le faire. Tout comme Bouzigues, qui a tiré son épingle du jeu. En revanche, Sète ne se joue pas assez de ses canaux : la Région compte y développer un tourisme de croisière, pour l’heure inexistant. Mais tout est question de volonté… »

Justement, quelle est la vôtre ?
F.L. : « le C.R.T. a édité un Top Guide Randonnée dans lequel sont proposés 50 itinéraires de balades. Nous avons aussi émis un label “ Qualité Tourisme Sud de France ”, affiché chez les professionnels.
Il faut également mettre en valeur notre viticulture, qui fait partie de notre patrimoine touristique. Sans elle, la région ne ressemblerait à rien ».

 LES CLÉS DE L’ACTIVITE
- Le Languedoc-Roussillon est la 4e région touristique française. Derrière l’Ile de France, PACA et Rhône-Alpes.
- 15 % du PIB de la région provient directement du tourisme. Moyenne nationale : 6 %.
- 101,5 millions de nuitées ont été enregistrées en 2007. En hausse, pour la troisième année consécutive (+ 1,3 %).

Et le Canal du Midi ?
F.L. : « c’est l’exemple le plus criant d’un patrimoine à l’abandon. Mais il appartient aux Voies Navigables de France, qui n’ont toujours pas compris que le Canal était uniquement voué au tourisme. C’est fini le transport du vin ! En 2008, il n’y a plus de péniche qui traversent, si ce n’est pour promener des Américains. Aujourd’hui, un éclusier devrait être un agent touristique. Il faudrait le former à cet effet… ».

A vous entendre, tout le monde est concerné…
 F.L. : « de près ou de loin, nous vivons tous du tourisme. Si demain, sa station se casse la pipe, l’artisan maçon coule aussi les plombs ! Tout est lié : un pharmacien du littoral triple ou quadruple son chiffre d’affaires l’été. Dans la rue, tout le monde devrait être un ambassadeur, un guide
touristique ».

D’autres niches à développer ?
F.L. : « dans le tourisme d’affaires, tout reste à faire. Si un important Comité d’Entreprise désire tenir un séminaire dans la région : même à Montpellier, seule ville qui peut l’accueillir, on manque d’hôtels quatre étoiles.
Il nous faudrait des centres de thalassothérapie ludiques, comme en Andorre, dans chaque département ».

Le Maroc ou la Croatie attirent… Comment se différencier ?
 F.L. : « il n’y a que par la qualité qu’on se distinguera. L’ambition de la Région n’est pas forcément de faire plus de
100 millions de nuitées,
mais d’étaler la saison, avec une clientèle au pouvoir d’achat plus élevé. Ainsi nous créerons des emplois ».

Côté fréquentation, comment s’annonce la saison ?
F.L. : « il est tôt pour tirer des conclusions, mais au niveau des réservations, c’est bien. Malgré la météo, les campings étaient complets début mai pour les locations. Le seul vrai souci, c’est, comme partout, le pouvoir d’achat ».

Plages bondées et dépenses boudées, donc !
F.L. : « j’en ai peur. La France est en plein déclin. Pour nous, la clé du succès sera d’aménager une offre plus élargie : un tourisme tous azimuts, où le client trouvera un bon rapport qualité / prix.
Pour l’heure, c’est une orange coupée en deux. La première a été pressée, l’autre attend. Et elle est juteuse ! »

 CES MAISONS, VITRINES DE LA REGION
Les 18 et 19 juin, la Région ouvre une
Maison du Languedoc-Roussillon, à Londres. Avant New York
en décembre. Après Bruxelles en 2006, Shanghai et Milan l’an dernier, la région aura donc pignon sur rue chez les Anglo-Saxons.
Outre les échanges commerciaux (le vin), il s’agirait de « vendre notre territoire. Toute notre économie, en somme ».
Et Frédéric Lopez d’avancer : « ce serait intéressant d’y faire la promotion de l’arc méditerranéen.
Pour le Canal du Midi par exemple, on pourrait envisager un partenariat avec Midi-Pyrénées…
Sur certaines destinations, nous pouvons imaginer des opérations à l’échelle de l’Eurorégion.
Pour un Chinois, le Languedoc-Roussillon, c’est un petit point sur la carte… ».

© Paul PALAU / www.sunfrance.com