ENTRETIENS GAGNANTS N° 2 - Edition Carcassonne

Se développer vers le Maghreb


Situés au cœur de l’axe euro-méditerranéen,les pays du Maghreb traversent une phase d’expansion économique forte. Pour nos entreprises régionales, ce sont autant d’opportunités à saisir. Très demandeur du savoir-faire occidental,le Maghreb décuple ses charmes pour séduire les investisseurs étrangers.

Tunisie, Algérie, Maroc. Avec des taux de croissance avoisinant les 5%, les pays du Maghreb offrent de nouvelles perspectives de développement pour les entreprises françaises, déjà fortement représentées dans cette région du monde.
Sans être le nouvel Eldorado, ces territoires disposent d’atouts non négligeables pour les investisseurs français : homogénéité de la langue, liens culturels historiques avec la France, politiques publiques incitatives, main d’œuvre abondante et enfin, proximité géographique. À l’échelle internationale, les politiques ont compris depuis longtemps le potentiel offert par ces territoires : ils ont initié dès 1992 le partenariat entre les pays de l’Euro-méditerranée (au nombre de 27 aujourd’hui), concrétisé en 1995 avec la conférence de Barcelone.
Or, ce processus vient d’être relancé sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy.
“Que le meilleur pour le monde sorte de cette union pour la Méditerranée”, a ainsi déclaré le président français lors de son déplacement à Tunis, le 29 avril dernier. Le prochain sommet euro-méditerranéen, qui se déroulera en juin 2008 dans l’hexagone, sera l’occasion pour la France de réaffirmer sa place centrale dans les relations entre l’Union Européenne et ses partenaires méditerranéens.
Au cœur de cette dynamique, la région Languedoc-Roussillon fait partie des 154 régions de la conférence des régions périphériques maritimes d’Europe et à ce titre, participe à la commission inter-méditerranéenne initiée lors de la déclaration de Barcelone.
À l’écoute du potentiel de ces pays, Septimanie Export, société chargée par la Région d’aider les entreprises tournées vers l’export, organise deux missions de prospection à Tunis et Casablanca, respectivement en mai et novembre 2008.
Au travers de Maïeutica, le consultant Francis Marty est également au cœur d’un nouveau dispositif pour favoriser les échanges entre les pays du Maghreb et les entreprises locales.
Cependant, tout n’est pas rose à Rabat, Tunis ou Alger. Les lenteurs administratives et l’archaïsme du système bancaire à l’instar de celui de l’Algérie peuvent parfois décourager. En dressant un état des lieux de la situation économique dans ces pays, Entretiens gagnants vous propose d’en savoir plus sur les perspectives de développement sur place ainsi que de partager le témoignage de chefs d’entreprise qui ont  investi dans ces pays-là, ou qui comptent le faire, sans oublier de nombreux conseils pratiques, contacts et sites internet.

 Dix questions à se poser avant d’exporter
1 Mon produit ou service est-il commercialisable à l’étranger ?
2 Le(s) pays que j’ai choisi(s) en ont-ils besoin?
3 Existe-t-il une concurrence sur place ?
4 Suis-je prêt(e) à investir du temps et de l’énergie dans cet engagement à long terme ?
5 Est-ce que je dispose d’une trésorerie suffisante?
6 Comment vais-je distribuer mon produit ?
7 Ai-je la capacité de production supplémentaire pour faire face à la demande si elle est importante ?
8 Suis-je disposé(e) à modifier mon produit ou service en fonction du marché cible pour en faire la promotion ?
9 Suis-je prêt(e) à prendre en compte les différences sur le plan culturel et dans les pratiques commerciales ?
10 Ai-je bien évalué les risques et pris les mesures nécessaires pour protéger mon entreprise et sa propriété intellectuelle ?


Un contexte favorable à l’investissement étranger
Entrés dans une nouvelle dynamique de modernisation de leurs infrastructures et de leur administration, La Tunisie, l’Algérie et le Maroc rivalisent d’initiatives pour faire évoluer favorablement le contexte il  aux investissements étrangers.
Parmi les premières destinations des touristes français, le Maroc est sans doute le pays du Maghreb qui a le plus d’affinités avec l’Hexagone. Le royaume chérifien fournit depuis plusieurs années d’importants efforts de libéralisation et de modernisation de son tissu économique. L’investissement étranger étant considéré comme une des sources principales de croissance, le Maroc a mis en place une véritable politique de promotion. Une charte de l’investissement a été adoptée en 1995.
Depuis le 1er janvier 2000, tout investissement supérieur à 200 millions de dirhams bénéficie, en plus des avantages fiscaux, de l’exonération des droits et taxes à l’importation et de mesures en faveur du développement régional. Pour faciliter les démarches et aider les investisseurs : le Gouvernement a également créé seize centres régionaux d’investissement.
Parmi les partenaires commerciaux étrangers du royaume chérifien, la France fait figure de leader.Elle est largement le premier de tous.  Malgré des inégalités sociales fortes, susceptibles de créer des tensions, ce pays reste réputé pour sa stabilité.

 “Des pays très demandeurs de notre technicité”
Désireux de développer ses échanges commerciaux avec le Maroc, Gilles Touat est allé sur place se rendre compte des opportunités du marché.
 Fournir de l’énergie en toutes circonstances pour alimenter à la fois le porte-avion Clemenceau, une plate-forme pétrolière ou un spectacle pyromélodique, telle est la mission que s’est fixée l’entreprise Locawatt.
Avec pour devise “réactivité et disponibilité”, cette société fondée il y a une trentaine d’années envisage de développer son activité vers les pays du Maghreb.
 En juin dernier, son P.D.G. Gilles Touat a donc rejoint le voyage d’affaires organisé par Francis Marty, fondateur de Maïeutica qui, avec le soutien de la CCI de Sète-Frontignan-Mèze, aide les entreprises à rechercher des marchés extérieurs.
“Locawatt réalise déjà des échanges commerciaux avec le Maghreb au travers de la vente de machines d’occasion, cependant il faut arrêter de penser que l’Afrique est la “décharge” de l’Europe. Je suis convaincu qu’il y a d’autres potentiels à exploiter dans la vente de matériel neuf notamment.”
Grâce à des rendez-vous soigneusement préparés à l’avance à l’aide d’un profil type de personnes à rencontrer, Gilles Touat a pu entrer en contact avec une quinzaine de sociétés :
 “Partout où je suis allé, j’ai reçu un excellent accueil même de la part de personnes susceptibles de devenir mes concurrents. Nous avons des leçons à prendre sur ce plan-là. Par ailleurs, sur la quinzaine de personnes que j’ai rencontrées, près du tiers m’ont proposé de m’installer là-bas. Ils sont très demandeurs de la technicité que nous pouvons leur apporter”, relève le PDG.
“J’ai reçu un excellent accueil même de la part de personnes susceptibles de devenir mes concurrents”


Gilles Touat
PDG de Locawatt


La Tunisie, un modèle de réussite
Premier pays du sud de la Méditerranée à être entré dans une zone de libre-échange avec l’Union Européenne, la Tunisie  veut être un partenaire de premier plan pour l’édification de l’Union Méditerranéenne. C’est du moins ce qu’a déclaré le président Ben Ali dans son discours du 7 novembre 2007.
Le chef de l’Etat tunisien partage avec Nicolas Sarkozy le même souhait de devenir “les piliers de l’Union pour la Méditerranée”. “Nous voulons construire un avenir meilleur pour le peuple tunisien, comme pour le peuple français”, a déclaré le président français lors de sa visite à Tunis, le 29 avril dernier. “Chaque année, ce sont 10% de français en plus, qui viennent apporter sur cette terre, leur force de travail, leur savoir et leur connaissance. 1100 entreprises françaises qui font travailler des milliers de tunisiens. 7 milliards d’euros d’échange entre la France et la Tunisie. Cela crée des responsabilités”, a insisté le président français.
Au sein du territoire, la bonne santé de l’économie tunisienne, qui a réalisé un pic de 6,3% de croissance en 2007, nourrit les espoirs de prospérité. La France reste avec l’Italie et l’Allemagne, le premier pays fournisseur. Des accords de partenariat économique et financier ainsi qu’en matière de tourisme ont été signés à Paris en 2004.
 Les efforts en faveur de la libéralisation économique entrepris depuis les années 70, ont créé un environnement favorable pour l’investissement privé. Cependant, le pays concentre aussi plusieurs freins que sont le chômage, le poids de la fonction publique et l’endettement.

 “Créer un hinterland des deux côtés de la Méditerranée”
 Le réseau Maïeutica accompagne les entreprises de la région dans leur projet de développement vers l’étranger.
Francis Marty en est convaincu : “La force économique de la région se trouve dans le savoir-faire des PME”. En 2002, il a donc fondé Maïeutica. Implanté sur le territoire de l'Ouest-Hérault, ce réseau aide les entreprises à devenir plus performantes en optimisant leur fonctionnement, et les accompagne dans leur développement à l’international.
“Nous travaillons pour l’instant sur le Maroc, où il existe un vrai potentiel à saisir dès aujourd’hui, avant que les Espagnols, les Italiens, les Britanniques ou les Américains ne le fassent à notre place”.
“Notre région est riche de multiples niches de PME à forte valeur ajoutée et porteuses d’une haute technicité dont est très demandeur un pays comme le Maroc. Avec la relance du processus euro-méditerranéen qui a pour objectif de créer un hinterland des deux côtés de la Méditerranée, le contexte est plus que favorable”, observe Francis Marty.
En juin dernier, cet ancien ingénieur économique chez EDF a initié un voyage d’affaires en partenariat avec la  Chambre de Commerce Française au Maroc dans le grand Casablanca, qui a permis à 9 entreprises de l’Ouest Hérault d’évaluer leurs perspectives de développement sur place.
En parallèle, le chef de projet a été sollicité par le gouvernement marocain pour implanter le dispositif Maïeutica dans le royaume chérifien. Cette fois, près de 800 entreprises seront concernées. “Cette expérience appuyée par l’Europe, nous permettra d’avoir une connaissance accrue du marché marocain et ainsi de faciliter les échanges avec nos entreprises régionales.”
 “La force économique de la région se trouve dans le savoir-faire des PME”.
 
Francis Marty,
fondateur du réseau Maieutica


Algérie : vers une économie plus libérale
Avec ses 30 millions de consommateurs potentiels, ses importantes richesses nationales (pétrole, gaz, phosphate, fer et or) et ses ressources humaines jeunes et abondantes, l’Algérie est une terre pleine de promesses. Depuis quelques années, l’aisance financière a permis un désendettement du pays et la modernisati
on des infrastructures. Le code algérien des investissements est très libéral : incitations fiscales, parafiscales et douanières, garantie de transfert du capital investi et des revenus pour les investissements réalisés à partir d’apports en devises convertibles... Une agence nationale de développement et de l’investissement a même été créée.
Cependant, les lenteurs administratives algériennes sont largement pointées du doigt. Elles constituent avec l’archaïsme du système bancaire les deux principaux freins à l’investissement.

Les différentes aides pour se développer à l’export
Grâce aux fonds européens dont l’Etat lui a confié la gestion, la Région dispose d’une large palette d’aides à mettre au service des entreprises  qui souhaitent se tourner vers l’étranger.
À l’écoute des besoins de ses entrepreneurs, la Région Languedoc-Roussillon leur propose un dispositif de soutien conséquent dans le domaine de la prospection, de l’implantation ou de la création d’un service export, au travers du programme ASTREE (Aide Stratégique Régionale  aux Entreprises à l’Export) notamment.
Pour aider les entreprises à mettre en place leur stratégie à l’international, la Région dispose aussi d’un outil de choix : Septimanie Export. Cette société anonyme d’économie mixte propose une gamme de services très larges, gratuits ou sur devis, qui visent à faciliter les recherches et démarches des entreprises.
De la simple prospection de salon à l’étude de marché personnalisée en passant par des listes de sélection de cibles potentielles (acheteurs ou vendeurs), Septimanie Export répond aux besoins des entreprises régionales à chaque étape de leur croissance à l’étranger en les accompagnant par des stratégies de développement à l’international, par filière d’activité et par la mise en place de programmes d’actions.
Encore à l’étude, le dispositif JEREMIE (Joint European REssources for MIcro to medium Enterprises), initié par la Commission européenne, viendra prochainement renforcer ce dispositif d’aides. Ce fonds de participation visera à promouvoir un meilleur accès des petites et moyennes entreprises aux financements (prises de participations, capital-risque et garanties, à la fois micro-crédits
et prêts).

 « En Algérie, il y a énormément de paramètres aléatoires »
Pionnier de la vidéo surveillance haut de gamme, Michel Apesteguy connait les rouages du pays
Installée depuis 2002 au sein de la pépinière d’entreprises Eole à Narbonne, la société Eralis,  spécialisée dans la vidéo surveillance haut de gamme, réalise environ 50% de son CA en Algérie.
«Ce fut une opportunité qui nous a amené à répondre à des projets sur l‘export, dont l’Algérie », relate Michel Apesteguy, le créateur de cette société qui compte aujourd’hui 7 salariés.
Partant du constat que l’informatique tenait une place de plus en plus prépondérante dans la gestion technique de domaines divers et variés, Eralis s’est positionnée sur un marché atypique.
L’entreprise fait en effet la jonction entre l’univers des installeurs électriques qui ne possèdent pas forcément les connaissances nécessaires  liées à ces nouvelles technologies, et celui des constructeurs qui mettent les logiciels sur le marché.
 « En Algérie, nous avons tout d’abord établi un partenariat privilégié avec un installateur local, avant de former leurs équipes. Ils assurent ainsi les relais et les prestations de service sur place ».
Avantages, inconvénients ?
« Là-bas, il y a énormément de paramètres aléatoires ». Décalage de paiement, difficulté à maîtriser les délais, problématique des droits de douanes, etc. l’ensemble de la chaîne est assez complexe.
« Et quelquefois, il y a des dérapages. C’est un risque à prendre ! ». Eralis travaille depuis bientôt trois ans avec l’Algérie. « Ce pays a de l’argent, des bons ingénieurs.
Mais il manque de structure. La situation s’améliore, très très lentement… ». Le gouvernement Algérien a d’ailleurs  fait savoir que 180 milliards d’euros seront investis sur les 3 ans à venir dans la création de 10 « villes nouvelles » aux infrastructures diverses. Une manière de développer l’économie autre que celle du pétrole. « On nous a conseillé de  faire des croisements capitalistiques avec des entreprises locales. Car ils ne veulent pas que les sociétés étrangères viennent, prennent les marchés et s’en aillent… ».
 Michel Apesteguy PDG
d'Eralis


Pour en savoir plus :
“ Septimanie export répond aux besoins des entreprises régionales à chaque étape de leur croissance export ”
www.septimanie-export.com

Participer à une mission  de prospection

La Région Languedoc-Roussillon, au travers de Septimanie export, lance en 2008 une mission de prospection vers les pays du Maghreb à l’attention des entreprises régionales. Après un premier voyage en Algérie, du 18 au 22 mai, le prochain rendez-vous aura lieu du 12 au 15 novembre à Casablanca.
Ces missions de prospection allient la participation à un salon à une offre packagée de démarchage multisectoriel. Prise de rendez-vous personnalisés, groupe de travail, mise en œuvre d’outils de diagnostic, élaboration de supports de com-
munication… Ce programme conséquent peut également inclure des visites de sites stratégiques ou des séminaires d’information. Chaque participant peut ensuite bénéficier d’un appui logistique et financier pour assurer le suivi de sa mission dans les six mois qui suivent le déplacement. Pour la mission à Casablanca, le salon visé est le salon France expo 2008, qui fête sa troisième édition. 15 000 visiteurs et près de 350 exposants sont attendus.
Plus d’infos sur : www.septimanie-export.com Rubrique : actions export.

 “Le nouvel espace économique pertinent en périphérie de l’Europe”
Anne-Yvonne Le Dain est vice-présidente de la Région Languedoc-Roussillon,
déléguée au développement économique, à la recherche et à l’emploi.
Pensez-vous qu’il y ait des perspectives de développement pour les entreprises du Languedoc-Roussillon vers les pays du Maghreb ?
Le potentiel de développement vers ces pays est déjà une réalité économique. Le partenariat avec le Maghreb existe et nous avons tout intérêt à le développer. La Méditerranée est le nouvel espace économique pertinent en périphérie de l’Europe et je pense que nos entreprises l’ont compris. Il faut maintenant qu’elles se développent pour apporter de la plus-value à ces échanges.

Comment la région aide les entreprises qui souhaitent se développer à l’export ?
La Région est présente sur la plupart des grands salons internationaux où elle invite les entreprises à partager son stand, en mettant toute la logistique nécessaire à leur disposition. Au travers de Septimanie Export, elle apporte également une aide technique et financière à celles qui souhaitent être présentes sur d’autres salons, à condition qu’elles soient au minimum trois à y participer. Au-delà, la Région aide aussi les entreprises désireuses de se tourner vers l’export au travers d’une aide à l’élaboration du plan d’affaires à l’international, d’un diagnostic et d’une assistance au prévisionnel ainsi que d’une avance remboursable plafonnée aux fonds propres de l’entreprise.*

Quels sont les secteurs porteurs ?
Je ne crois pas au fait que les territoires aient des vocations particulières. Nous avons une obligation morale et économique à nous développer vers ces pays. Pourquoi cibler un secteur plus qu’un autre ou une région plus qu’une autre ?
Ce qu’il faut, c’est accompagner le développement de nos entreprises en professionnalisant le dispositif, c’est-à-dire en améliorant nos infrastructures portuaires et en investissant dans les parcs régionaux d’activités pour que nos entreprises se développent et rayonnent à l’international. La clé de la réussite est que nos ports fonctionnent afin de favoriser le transit des marchandises.

Anne Yvonne Le Dain