ENTRETIENS GAGNANTS N° 1 - Edition Beziers

Energies nouvelles : une place au soleil


Soleil, bois, vent… Avec ses ressources naturelles, le Languedoc-Roussillon dispose du gisement d’énergie renouvelable le plus diversifié de France. Climat méditerranéen, fort rayonnement solaire, luminosité, variations de température ou même humidité, sont des atouts pour améliorer l’efficacité énergétique ou le confort des constructions. Car « la gestion des bâtiments (professionnels, surtout) est responsable de 25% des émissions de gaz à effet de serre en France », rappelle Jean-Louis Caucat, à la CCI de Béziers. Tant de facteurs qui font du développement des énergies renouvelables (ENR) « un défi pour la recherche et le développement ».

Une situation privilégiée

« La pose de capteurs solaires sur un toit n’est pas des plus esthétiques, mais un m2 de capteur permet d’économiser la production de 350 kg de CO2 par an. L’installation d’ENR dans les bâtiments oblige à une réflexion approfondie en amont, dès la conception du bâtiment, mais cet effort se traduira par des économies substantielles ultérieures… » Pour montrer « son engagement résolu », la CCI est devenue le relais local du pôle de compétitivité régional DERBI. « Notre arrondissement possède un potentiel : une croissance démographique forte, nécessitant la création de bâtiments publics et privés ; une industrie du tourisme en pleine mutation, avec une clientèle sensible à la protection de l’environnement… Le développement d’un nouveau marché, c’est celui de nouveaux besoins : en outils de production, mais aussi en compétences. Logique environnementale ne signifie pas refus du développement économique, bien au contraire ! »



Mobilisation des pouvoirs publics


Pour développer les ENR, l’heure de la mobilisation a enfin sonné. Tout le monde s’y met ! Au printemps, la CCI a proposé aux établissements d’hébergement touristique de réaliser gratuitement une étude d’opportunité solaire, qui a permis de valider, ou non, la possibilité pour les entreprises de s’équiper en solaire thermique. Trente en ont bénéficié, « une dizaine » pourrait s’y lancer… Avec Prométhée, Etat, Région et ADEME se sont engagés dans un soutien financier significatif. Collectivités et entreprises peuvent bénéficier de ce programme, comprenant des aides à la réalisation, à la formation, aux actions d’accompagnement. Il est doté de 5 M € en 2006. Ces aides couvrent 30 à 70 % du montant de l’investissement, selon la filière choisie… L’Etat a prévu un crédit d’impôt pour les particuliers qui s’équipent ainsi que des mesures d’exonération de taxe foncière de trente ans pour les bâtiments construits selon une démarche Haute Qualité Environnement (HQE). Le Conseil général s’implique aussi : il bonifie ses aides à l’immobilier d’entreprises pour les bâtiments correspondants à certains critères de la démarche HQE. Il soutient financièrement la filière “ bois énergie ” et attribue des aides supplémentaires à l’équipement en solaire thermique.



DERBI, pôle de compétitivité

Basé à Perpignan, il a pour but d’attirer en Languedoc-Roussillon les entreprises spécialisées dans les ENR et de générer des retombées économiques. Deux types de projets novateurs peuvent être labellisés DERBI : ceux de recherche et développement, qui associent entreprises et laboratoires de recherche. Et ceux d’actions collectives, qui contribuent au développement des ENR. Ces labels permettent d’obtenir des fonds de l’Etat sur l’aide à l’innovation et des fonds de partenaires publics régionaux. DERBI fait deux à trois appels à projets par an. Contact : 04 68 66 17 96.



En partenariat avec DERBI, un club ENR/HQE vient d’être mis en place à la CCI. Objectif : favoriser la rencontre entre les acteurs locaux (publics et privés) de la filière, échanger les expériences et favoriser l’émergence de projets innovants. Contact : 04 67 809 856.


Maîtriser sa consommation


Avant de penser aux ENR, mieux vaut se pencher sur la maîtrise de sa consommation d’énergie. Un professionnel peut, pour cela, faire appel à un bureau d’études qui, sur une intervention relativement courte et financée à 70 % par l’ADEME, lui donnera des mesures pour diminuer sa consommation. Ce n’est qu’ensuite qu’il devrait s’intéresser à la large palette d’ENR désormais proposée. Pourquoi pas une installation solaire : dans la région, elle produit tous les jours, quelle que soit la météo… Aujourd’hui, il y a une encore une carence de matériel (pour le thermique, mais encore plus pour le photovoltaïque), d’où des prix assez élevés. Autre obstacle : souvent, ces initiatives ne sont pas à l’abri de problèmes d’urbanisme avec les Architectes des Bâtiments de France (pour installer des panneaux solaires, surtout), ce qui peut rendre la tâche plus compliquée.



Piscines à moquette solaire


Le solaire thermique, très intéressant financièrement, consiste à transformer l’énergie du soleil en chaleur (pour l’eau chaude sanitaire ou le chauffage). Il permet d’économiser jusqu’à 50 % d’énergie. Le retour sur investissement est évalué entre 6 et 10 ans, au prix actuel de l’énergie. Plus particulièrement : les professionnels de l’hôtellerie de plein air peuvent s’intéresser à la moquette solaire, qui permet de chauffer la piscine par le soleil et, du coup, d’accroître sa durée d’utilisation en avant et arrière-saison… Bien sûr, en été, le système peut être arrêté à l’aide d’un régulateur. Pour les installations collectives de solaire thermique, la région bénéficie d’un très bon niveau d’aides (près de 70% de l’investissement généralement, mais il existe des plafonds…).



Le renouveau du photovoltaïque


Le solaire photovoltaïque permet, lui, de produire de l’électricité avec le soleil, dans le but de le revendre à EDF, ou en consommation autonome (pour un lampadaire solaire, par exemple). Cette énergie intéresse surtout les collectivités ou les entreprises qui ont des bâtiments avec des surfaces de toit importantes. A savoir que le temps de retour sur investissement est beaucoup plus intéressant qu’auparavant. Le tarif d’achat par EDF du kWh produit a été largement majoré en juillet 2006 : il est de 55 centimes d’euros si l’équipement est intégré au bâti (c’est à dire s’il est un élément à part entière du bâtiment) ou 30 centimes s’il ne l’est pas, contre 15 centimes d’euros par le passé ! En région, un m2 photovoltaïque standard produit 140 kWh par an (100 à Lille). Les aides représentent près de 60% du coût, 40% restant à charge du maître d’ouvrage qui se remboursent ensuite par la vente d’électricité “ verte ” à EDF. Temps de retour sur investissement : 7 à 9 ans. Mais en matière de solaire, il existe bien d’autres énergies : comme l’aérothermie…



A savoir


La géothermie a de l’avenir


Le sol y étant un peu plus chaud qu’ailleurs, la région est propice au développement de cette énergie, qui consiste à récupérer la chaleur de la terre pour des utilisations humaines (chauffage et rafraîchissement de l’habitat, eau chaude…). Temps de retour sur investissement : environ neuf ans. Le bois énergie émerge S’il n’en est encore qu’à ses débuts, le “ bois énergie ” émerge. Outre des contrats de filière, qui engagent à favoriser les sources d’approvisionnement locales, un centre d’exploitation des ressources forestières devrait être bientôt créé près de La Salvetat. En juillet, un projet d’utilisation des ressources forestières, porté par la Communauté de communes du Haut-Languedoc, a d’ailleurs été labellisé Pôle d’excellence rurale. Les retombées de l’éolien Cette énergie intéresse avant tout les intercommunalités. Elle génère des retombées importantes : fiscales (avec la taxe professionnelle) et économiques (appel est fait à des entreprises locales, dans la mesure du possible).


Chez les professionnels, une offre se structure
A la pointe du progrès


« Les énergies renouvelables sont arrivées très vite sur le territoire et la formation n’a pas suivi », regrette David Manez. Pour y remédier, ce distributeur spécialisé donnera bientôt des formations professionnelles aux installateurs. Car tous doivent être à la pointe du progrès. A l’affût des dernières technologies. « Pour le solaire, nous travaillons avec des chercheurs allemands qui anticipent sur les marchés à l’horizon 2020 ». La Solairtec importe et distribue différents produits : du solaire thermique, « 40 % de notre activité », à l’éolien, en passant par le bois énergie. Sans oublier le solaire photovoltaïque : placement financier intéressant « pour le professionnel comme pour le particulier, qui devient producteur d’électricité… » Autre système très rentable sur lequel le secteur mise beaucoup : la géothermie. Le coût de consommation serait de 3 €€ au m2 par an ! Plus innovant encore : l’aérothermie, un chauffage solaire à air. Energie qui devrait rapidement prospérer... « C’est un confort sur les gros bâtiments industriels. Nous avons par exemple un projet sur 1 000 m2 à Béziers ». Les secteurs visés : « le marché du séchage agricole, des carrosseries (pour les cabines de peinture) et des collectivités (les chauffages de piscine) ». Pour l’aérothermie, le temps de retour sur investissement est de 5 à 6 ans. En fait, chaque installation est plus propice au développement d’une énergie ou d’une autre, en fonction, aussi, des moyens de chacun… On peut également en combiner plusieurs : l’éolien et le solaire photovoltaïque permettent, ensemble, des économies d’électricité conséquentes.



Le solaire thermique, un appoint


« Le solaire représente désormais 50 % de notre activité », affirme Jean-Marie Founeau, plombier-chauffagiste biterrois. En 2000, il s’est lancé dans l’installation de panneaux solaires thermiques. Confronté à « une grosse demande », il en a posé plus de 500 m2, pour environ 70 clients : surtout des grosses installations. C’est ainsi lui qui a équipé le Camping club Farret, à Vias : pour alimenter l’établissement en eau chaude, il a placé sur quatre blocs sanitaires 80 m2 de capteurs solaires. « Cet hiver, nous allons en installer 20 m2 supplémentaires ». Pour les campings, ce serait “ tout bénef ” : intérêt économique et image écologique se conjugueraient fort bien. « Mais c’est un gros investissement : tout le monde ne peut pas se le permettre ». Pour les deux systèmes de thermique (eau chaude sanitaire et chauffage), les contraintes d’installation sont nombreuses : l’exposition (de préférence au sud), l’inclinaison (plus importante pour le chauffage que pour l’eau chaude) et le respect des contraintes environnementales, en faisant attention à ce qu’il n’y ait pas de gênes susceptibles de masquer un jour ou l’autre les capteurs… « Quand les gens voient les prix du gaz ou du fioul monter, ils s’imaginent chauffer leur maison avec du solaire, mais c’est seulement un complément, un appoint ». Il existe deux principaux systèmes en la matière : le plancher chauffant, ou le radiateur. Mieux vaudrait le premier.



A retenir


Un permis de construire


« Les panneaux solaires nécessitent une déclaration préalable de travaux », précise François Ferrari, avocat inscrit au Barreau de Béziers. Pour les éoliennes, « seules celles dotées d’un mat de plus de 12 mètres demandent un permis de construire ». Et si les mats dépassent 50 m (les éoliennes industrielles), il faut en outre réaliser une étude d’impact. Par ailleurs, si le permis est demandé par une société, « elle a obligation d’avoir recours à un architecte ».


Eoliennes industrielles

Selon la réglementation d’urbanisme applicable depuis la loi SRU du 13/12/2000, complétée par la loi du 2/07/2003, l’implantation d’éoliennes industrielles est soumise à l’existence dans les documents d’urbanisme d’une zone dédiée à cet usage (article L 553-4 du Code de l’Environnement). « Je n’ai pas connaissance que de telles zones aient été déterminées dans l’Hérault », affirme Maître Ferrari.


Le développement durable, une démarche globale
Le chantier propre


« On ne peut plus continuer de construire sans tenir compte de l’environnement économique, social et humain », estime Jean-Louis Dreuille, pionnier du “ chantier propre ”. Tri sélectif, aire de lavage des camions… « Il faut se comporter en tant que promoteur citoyen pour que ceux qui sont autour souffrent le moins possible des nuisances du chantier. C’est le respect de la vie en société ! Désormais, nous nous engageons systématiquement dans la démarche HQE et les entreprises que nous sélectionnons jouent le jeu : plombiers, électriciens… » Ainsi, dans un lotissement qu’il réalise à Boujan, le promoteur n’a « pas vendu un prix au m2, mais un concept : le développement durable ». Les bâtiments professionnels y incluent chauffe-eau solaire, récupération des eaux de pluie pour arroser les espaces verts (une citerne de 9 000 litres est enterrée). Sur chaque lot, plusieurs façades favorisent la circulation de l’air. Pas question d’y installer la climatisation : « ce n’est pas écologique, c’est “ hébergivore ” et bruyant ! » Après avoir mené une réflexion pour rafraîchir l’intérieur, il utilise « des matériaux à forte inertie ».Toitures végétalisées, volets persiennes à lames orientables ou même « poignées de portes écologiques dans leur fabrication… » Le coût d’investissement est « 8 à 10 % supérieur à un chantier classique » et le prix de vente « 4 à 5 % plus cher. Nous perdons un peu de marge, mais c’est aussi un accélérateur des ventes » : ces initiatives ont « un gros succès d’estime », en particulier auprès des jeunes…



Une réflexion en amont


« Il n’y a pas de recette de développement durable », avance Olivier Marty, architecte à Boujan. « C’est à la mode parce qu’on commence égoïstement à se poser des questions. C’est un état d’esprit : il s’agit de moins consommer, ou plus intelligemment. Accepter de payer plus cher au départ pour avoir une approche du coût dans la durée : désormais, nous avons un retour sur investissement rapide… » En fait, il ne faut pas utiliser une technicité pour pallier à un manque de réflexion en amont… « Ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais pouvoir tirer des valeurs intrinsèques du site. Avant de penser à la consommation d’énergie, il faut se demander comment construire, se positionner par rapport aux conditions climatiques, en acceptant ce qui est autour. Il faut soit se protéger des vents dominants, soit les utiliser : en créant, l’été, des “ surventilations ” dans les bâtiments, en produisant de l’énergie avec des éoliennes… » Ensuite, songer « à se protéger du chaud et du froid : créer une “ surisolation ” des bâtiments ». En évitant les variations de températures dans l’habitat… Moins de climatisation en été ou de chauffage en hiver permettent d’importantes économies d’électricité. Les bâtiments doivent aussi « évoluer avec la société : reconstruire vaut parfois mieux que réhabiliter, même financièrement ». Autre idée à méditer : sachant que la terre est un excellent isolant, pourquoi pas mettre de la végétation sur les toits ?! « L’éolien et le solaire sont de très bonnes solutions, mais palliatives… »



A retenir RT 2005 : être en conformité


La réglementation thermique RT 2005, sur l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments, est en vigueur depuis le 1er septembre 2006. Elle s’applique à toute demande de permis de construire. Si c’est une contrainte pour le professionnel qui va déposer un permis, c’est un avantage pour des entreprises puisque cela conforte l’émergence d’un vrai marché. Les objectifs de cette réglementation, fixés par le Plan Climat : une amélioration de la performance de la construction neuve d’au moins 15 %, avec une perspective de progrès tous les cinq ans, pour atteindre au moins 40 % en 2020. La RT 2005 prend pour principe d’inciter les maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre à prendre en compte toutes les possibilités d’amélioration de la performance énergétique du bâtiment, dans un cadre technique précisé par les textes. Concours via la fondation Lézigno Un groupe de jeunes artistes étudiants planche sur la conception d’une œuvre originale installée en extérieur, qui symbolise la démarche de développement durable accompagnant la réalisation de l’opération immobilière de Jean-Louis Dreuille, sur le site des Mazeranes, à Boujan. Bonne initiative !