ENTRETIENS GAGNANTS N° 3 - Edition Beziers

Entreprendre : de la passion à la performance


Solidarité, humilité, respect de l’autre, dépassement de soi… Tant de valeurs véhiculées par le rugby que nombre de dirigeants aspirent à transformer dans leurs sociétés : gageant qu’en appliquant ces principes fédérateurs, leurs entreprises seraient parées pour affronter l’adversaire. Aimer le maillot, développer le sens du partage, s’appuyer sur un groupe soudé, ne jamais rien lâcher, savoir rebondir… Au rugby, comme en entreprise, on cherche à mettre en valeur les talents individuels, au profit d’un ensemble. Pour parvenir à la performance, seul, on ne peut rien. Du coup, on mise sur le collectif. « Dans une équipe de rugby, il n’y a pas de passagers, il n’y a qu’un équipage ! ». Dixit Pierre Villepreux, ex-entraîneur des Bleus. A l’instar d’une troisième mi-temps entre collaborateurs, qui serait un vecteur inégalable de consolidation du lien social, nos entreprises auraient tout à gagner à cultiver l’esprit rugby. Alors, rugby et entreprise, même combat ?

Jo Maso :  « les vestiaires ont tous la même odeur »



Brillant centre du XV de France dans les années 70, Jo Maso a marqué les esprits des amoureux de l’ovalie. Né fin 1944, cet enfant de Perpignan a contribué à forger les heures de gloire du Racing narbonnais. Pourtant formé au jeu à XIII, il avait même, en 1968, été catalogué par les Néo-zélandais comme “ le meilleur attaquant du monde ” ! Vingt-cinq sélections en bleu et quatre essais au compteur, Jo Maso a, depuis belle lurette, raccroché les crampons. Et il a su emboîter le pas, réussir sa reconversion. Dix-huit ans directeur régional chez Adidas, il a, par la suite, intégré le staff de l’équipe de France, avant d’en devenir le manager général, en 1995. Cet été, avant même l’événement que l’on sait, il a été reconduit pour un nouveau mandat de quatre ans. Avec passion et détermination, il évoque son impérissable quête de la performance.



Entretiens gagnants : les sportifs, comme les dirigeants d’entreprise, sont tous à la recherche de la performance ultime. Quel est le secret d’une réussite garantie ?
Jo Maso : « la passion doit être à la base de l’action. Si on se lève le matin sans être enthousiasmé par la journée qui s’annonce, il faut changer de métier !Donner du sens à sa vie, c’est aimer ce qu’on fait. C’est un peu le message que je fais passer aux joueurs… Cela passe par une autocritique permanente : en se demandant pourquoi nous sommes là, où est-ce que nous voulons aller... Nous devons rester en phase avec les objectifs que le groupe s’est fixé et qu’individuellement nous nous sommes définis. Car c’est le travail individuel de chacun, quand il est mis au service de l’ensemble, qui fait un collectif de qualité. Servir l’entreprise avant que l’entreprise nous serve : c’est aussi la base des sports collectifs… Finalement, le rugby et l’entreprise, c’est la même configuration. Chacun trouve sa raison d’exister dans le travail. Tous les matins, quand il ouvre les yeux, un joueur professionnel doit se dire qu’il lui faut être le meilleur. Il doit connaître ses points forts et ses faiblesses, mais aussi ceux de ses adversaires, et travailler en ce sens. C’est ce qui permet d’être plus offensif… »



Comment le brillant joueur de rugby s’est-il transformé en manager national ?
J.M. : « la fonction fait l’homme ! Si vous êtes intéressé parce ce que vous faites, vous cherchez à améliorer vos atouts pour être sans faille et incontournable. Même si, soit dit en passant, vous n’y arrivez jamais vraiment… L’intégration du staff de l’équipe de France est venue naturellement. Quand j’ai été élu au Comité directeur de la Fédération, je n’étais que manager adjoint. Puis, un jour, le président m’a demandé de prendre en charge la direction du groupe… Dès lors, j’ai appliqué à l’équipe de France mon organisation de l’entreprise. J’estime avoir aidé à sa professionnalisation. D’un staff de cinq personnes, nous sommes passés à quatorze… Je sais que j’ai des choses à améliorer dans l’écoute du staff et des joueurs.Je devrais aussi faire preuve d’une plus grande anticipation pour les compétitions à venir, tout en sachant écouter les remontées du terrain. C’est en ce sens que j’avais nommé des leaders dans le groupe (les cinq joueurs les plus “ matures  ”, auxquels se greffaient trois autres joueurs à chaque rencontre). Avant la Coupe du Monde, je les réunissais avec le staff chaque lundi. Ils étaient chargés de faire remonter les messages des autres. Un peu comme je le faisais quand j’étais directeur régional chez Adidas… ». Finalement, votre passion initiale vous a amené à exercer un tout autre métier…



Vous l’aviez projeté ?
J.M. : « pas du tout ! J’ai d’abord été commercial… Ce poste qu’on m’a offert dans l’Equipe de France, c’est peut-être la reconnaissance d’un travail bien fait, d’une capacité à mener les hommes… Dans la vie, l’ascenseur social passe à travers les opportunités que vous avez ! Aujourd’hui, je me sens redevable de mon sport, car c’est lui qui m’a amené là où je suis ».



Quel est votre rôle dans l’équipe de France ? Entre les joueurs, l’encadrement et la Fédération…
J.M. : « je suis élu de la fédération, président de la commission de sélection et manager général de l’équipe de France. Je suis chargé de choisir, avec le président, les sélectionneurs et de les nommer. Ainsi, nous avons désigné, après la Coupe du Monde, Marc Lièvremont pour succéder à Bernard Laporte… Définir les priorités, anticiper, guider, animer, soutenir, évaluer, décider… Le manager fixe les objectifs (le nôtre était d’être champions du monde, par exemple) et met en place les plans d’actions avec les diverses parties. Pour nous, une des grandes façons de fonctionner ensemble, c’est d’anticiper la compétition. Ainsi, nous veillons à respecter le triptyque du sportif : préparation, compétition et récupération. Je suis également chargé des relations avec le syndicat des joueurs : pour fixer leurs primes, savoir quand les solliciter… L’équipe de France joue onze matchs officiels par an, mais c’est un boulot à plein temps ! ».



Comment l’équipe de France s’est-elle articulée autour de cette passion partagée du rugby ?
J.M. : « en étant structurée comme une entreprise. Avec le manager adjoint, nous tâchons d’anticiper les matchs, la logistique, les voyages, l’hôtellerie, la restauration… Il a fallu s’entourer de gens dont c’est le métier pour nous emmener à ce niveau de participation. Le rugby est un sport différent de tous les autres : c’est un sport de combat, où tout seul, on n’existe pas. Par contre, ensemble… Sur un terrain de rugby, comme en entreprise, il faut être prêt à relever le challenge collectivement. A la différence que le sport n’est pas une science exacte : on ne maîtrise pas les rebonds du ballon... Une certaine chance entre en jeu, si tant est qu’on ne puisse pas la provoquer ! Avoir l’esprit de conquête, c’est aussi une notion d’entreprise. Mais il faut se placer au-delà de tout cela. En se posant les questions fondamentales : qu’est ce qui nous manquait par rapport aux All Blacks qui étaient les meilleurs avant la Coupe du Monde ? Il faut travailler nos faiblesses ».



Comment vous organisez-vous avec les instances nationales et internationales du rugby ?
J.M. : « c’est l’association I.R.B. (International Rugby Board), dont le siège est en Irlande, qui définit les pays dans lesquels le rugby peut se pratiquer sous son égide. Elle délègue à chaque Ligue la partie professionnelle du rugby. Quant à la Fédération, c’est elle qui supervise directement le rugby national : le secteur amateur, ainsi que l’équipe de France. Pour la sélection nationale, ce sont les clubs professionnels qui mettent les joueurs à disposition de l’équipe de France, mais parfois les calendriers s’entrechoquent... Il faut les organiser sur 47 semaines, car les joueurs ont droit, comme tous salariés, à leurs cinq semaines de congés. Croyez-moi, ce n’est pas simple ! »



Comment ce sport jadis perçu comme terroir est-il devenu un sport de professionnels ?
J.M. : « les télévisions, qui sont parties prenantes du sport, ont voulu, à un moment donné, prendre le rugby en otage, en médiatisant les joueurs et en minimisant la fédération...L’I.R.B. a réagi et décidé de passer professionnelle, c’était en 1995. En France, on compte aujourd’hui 250 000 licenciés et 900 joueurs professionnels. Trente clubs sont donc gérés par la Ligue, qui dépend de la Fédération, elle-même placée sous la tutelle du Ministère des Sports ».



Ce sont d’importants changements. La convivialité souvent accolée au rugby ne s’en ressent-elle pas ?
J.M. : « au rugby, seul, on n’existe pas. C’est la grande force de notre sport. Cela permet de ne pas être mis à l’index par ses copains… Si un individu ne s’implique pas, c’est tout le groupe qui s’en ressent. Et puis, le rugby reste un sport particulier : nous sortons d’un milieu rural où les valeurs sont bien en place. Nous revendiquons nos différences par la défense de ces notions : le respect, la tolérance, la valeur de l’équipe. Les gardiens du temple que nous sommes font tout pour y veiller ! »



Seriez-vous en mesure d’occuper de telles fonctions managériales sans l’amour de ce sport ?
J.M. : « non ! Ce serait impossible. Quand vous ne comptez pas votre temps et que vous faites abstraction de certaines contraintes, pour tenir le coup, il faut avoir une compagne et des enfants qui comprennent cette situation… C’est une façon de vivre qu’il faut accepter, mais c’est surtout une passion qu’il faut avoir ancrée. Après avoir joué huit ans en équipe de France, c’est viscéral ! Je sais bien que je suis privilégié d’exercer un métier qui est aussi ma passion… ».



Jo Maso pourrait-il être plus heureux qu’en superviseur des Bleus ?
J.M. : « non plus ! Nous vivons un privilège. Nous venons d’être les acteurs d’un événement exceptionnel. Pour quelqu’un qui aime son sport, c’est unique. Cette Coupe du Monde, j’en tirerai sans doute les plus beaux souvenirs de ma vie… Depuis 1995, nous avions gagné quatre grands chelems et six tournois, participé à une finale ainsi qu’à une demi-finale de Coupe du Monde. Cette fois, nous avons tout mis mis en oeuvre pour la gagner. Manière de concrétiser la grande chance que nous avons eu de la jouer en France. Représenter 65 millions de personnes, cela ne se galvaude pas. Nous nous en sommes donné les moyens… C’est le même cas de figure en entreprise : au travail, nous sommes intégrés à la société. Il n’y a rien de plus terrible que de ne pas être intégré au tissu social : le boulot génère du respect, vis-à-vis de soi-même, mais aussi des autres. Après, quoi qu’il arrive, il faut appréhender positivement son travail. Dans une société comme la nôtre, ce n’est pas évident».



A vous écouter, la passion peut donc mener à la performance…
J.M. : « bien sûr, mais cela implique autocritique et autodétermination. La passion mène à la performance, mais la passion démesurée mène à la bêtise : se doper, par exemple, c’est tricher ! L’essentiel, c’est de savoir se remettre en question, sans vivre sur ses lauriers… Souvent, je m’interroge : “ Jo, es-tu dans le respect de l’autre ? ” Ce travail enrichit, physiquement et mentalement. La vie est un équilibre perpétuel à bien maîtriser, en sachant aussi pren- dre du bon temps ! » Regrettez-vous la belle époque du Racing, à Narbonne ? J.M. : « c’était les plus belles années de ma vie sportive, celles de ma jeunesse ! Quand je revois mes copains, j’éprouve un plaisir immense. Car c’est dans l’action qu’il y a des émotions : là, je n’y suis pas... Une fois que les joueurs entrent sur le terrain, nous ne sommes plus rien. On souffre plus qu’on jubile. Si j’étais dans le cinéma, j’aimerais être acteur, pas metteur en scène. Un poste de manager, n’importe qui peut le tenir, pour peu qu’il soit organisé… Et puis, le rugbyman est confronté à la “ petite mort ” à la fin de sa carrière. Il faut être joueur, même amateur, pour le comprendre ! Les vestiaires de Saint-Laurent-de-la-Salanque ou ceux de Twikenham ont d’ailleurs la même odeur ».


Propos recueillis par Guillaume Laurens


S’ancrer dans le créneau de la qualité


La première fois que Florent Tarbouriech met un masque pour regarder sous la lagune de Thau, il sait à peine nager. Il découvre, fasciné, les richesses de ce milieu où travaille son père, ostréiculteur. A l’age de 16 ans, c’est avec le même intérêt qu’il s’inscrit au registre maritime en tant que pêcheur de moules. De cette époque où il part seul à bord de son sapinou creuser son sillage sur la lagune, il garde le souvenir d’« un énorme sentiment de liberté ». Elevé au grand air, nourri par la lagune toute proche, éduqué par le monde des ostréiculteurs, et à 20 ans, il n’en fallait pas plus à ce passionné pour reprendre la relève de son père après le départ de celui-ci. Depuis, une vingtaine d’années se sont écoulées, que Florent Tarbouriech a mis à profit pour faire fructifier son entreprise, toujours dans le respect de l’environnement et sans jamais cesser la poursuite de la qualité. Aujourd’hui, ce Sétois pur souche est à la tête de Médithau, une société qui emploie 35 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 6,4 millions d’euros. Toujours au bord de la lagune dont son bureau surplombe l’horizon bleuté, il trie dans ses souvenirs pour savoir ce qui l’a poussé à toujours améliorer la performance de son entreprise.  D’abord, il y a eu le déclic des exigences de l’Union Européenne qui, en 1993, a imposé la mise aux normes des exploitations. A cette époque, Florent Tarbouriech investit dans un équipement sur-dimensionné par rapport à la taille de son entreprise. « On me prenait pour un fou. J’avais le plus gros bâtiment alors que j’étais le plus petit producteur de la lagune », se souvient l’ostréiculteur qui se réjouit aujourd’hui de son audace. « C’est ce qui m’a permis de mettre la barre plus haut », souligne-t-il. Respectueux du milieu, passionné par son travail, curieux de toute chose, Florent Tarbouriech est allé très loin dans la recherche de la qualité. « C’est ce travail qui porte aujourd’hui ses fruits car nos clients savent qu’ils peuvent faire confiance à Médithau », observe Sophie Pioch, responsable marketing. Aujourd’hui, l’ostréiculteur se surpasse encore en lançant une huître très haut de gamme, la spéciale Tarbouriech. « Pour être performant, il faut savoir choisir ses priorités. Pour faire progresser mon entreprise, j’aurais pu augmenter les importations de moules ou créer des structures de production ailleurs, mais j’ai choisi de m’investir dans la production d’une huître très haut de gamme sur place, dans la lagune. J’ai fait ce choix par reconnaissance pour tout ce que m’a apporté la lagune de Thau », confie le professionnel qui espère aller encore plus loin dans le développement de ses projets et la valorisation du milieu.



« Pour être performant, il faut savoir choisir ses priorités »



Savoir jongler avec les talents


Au placard les clichés : porteur de valeurs humaines et fraternelles, le monde rural a ses défenseurs ! Roland Barascud, cuisiniste à Sérignan, se plaît à rappeler qu’il en est un pur produit. C’est dans sa jeunesse qu’il a commencé à se tracer le chemin du succès. « Je suis issu d’une famille d’ouvrier. Nos parents nous ont inculqué les principes d’honnêteté, de reconnaissance, de droiture... Bien sûr, pour réussir, il faut aussi avoir envie d’accomplir quelque chose dans sa vie. Mais quand on voit progresser les autres… » Autre aspect à ne pas négliger : « se sentir soutenu. Nul ne peut réussir seul ! Cela ne sert à rien de chercher à se rendre incontournable, c’est plus facile de gérer quand on est entouré. Nos clients sont d’autant mieux accueillis si on s’appuie sur des collaborateurs performants. Au chef d’entreprise de leur donner l’implication. C’est comme au rugby : si la mayonnaise prend dans l’équipe, on est imbattable, même par les meilleurs ! » Reste le « facteur chance : tomber dans la bonne période, celle où le produit que vous représentez marche. Pour cela, il faut rester au goût du jour, de la tendance ». Roland Barascud en atteste : le dirigeant d’aujourd’hui croule sous la paperasse (« à l’époque, un maçon n’avait pas besoin d’être administratif »). Mais il doit « rester proche de sa clientèle pour coller à ses envies… C’est pareil avec le personnel. Tout est question de professionnalisme : aller sur les chantiers, c’est voir les difficultés que vous rencontrez. Il faut être dans l’entreprise et non la superviser. J’ai beau avoir des tableaux de bord partout, cela ne suffit pas : c’est le dialogue qui importe. Etre passionné, c’est savoir donner l’envie d’acheter, ou de travailler avec vous. D’un côté, le client doit se sentir reconnu, quoi qu’il achète : être conscient de cela, c’est gagner une grosse partie de sa performance. De l’autre, il faut générer une motivation collective. Dans nos PME, être performant ne signifie pas être gestionnaire ». Il veille à « préserver l’esprit d’équipe, si caractéristique du rugby. Si la France a battu les All Blacks, c’est parce que chacun des trente joueurs s’est senti impliqué ! Même ceux qui étaient dans les tribunes… » La réussite tient aussi du coaching : « mettre la bonne personne au bon moment sans froisser qui que ce soit… Un dirigeant doit savoir jongler avec les performances de ses collaborateurs ». Pour Roland Barascud, ça coule de source : « instaurer le dialogue, c’est aussi contourner le conflit ».




Cultiver l’esprit d’équipe


Quand je vois le poisson en criée, il me parle ! » Ah, le poisson… Cet animal dont la croissance est si rapide entre le moment où il est pris et celui où on en fait la description à ses amis ! Mais il n’empêche, quand il évoque sa spécialité, Lucien Barba a toujours la pêche ! Ce qui bâtit le succès ? « Dans mon métier, c’est de savoir anticiper… ». Ce poissonnier, passionné de rugby, a aussi goûté aux joies de l’ovalie : à Béziers, puis à Valras. Il était pilier droit. Ces « années souvenirs fantastiques » restent ancrées dans son esprit. « J’ai connu le rugby à travers le maillot, il n’y avait pas d’enjeux financiers… Mais il faut évoluer avec son temps ! » Lucien Barba a toujours gardé un œil tourné vers les stades. Il assure même en retirer des éléments de gestion. « Le rugby, c’est l’école du partage, de la solidarité. Dans une entreprise, c’est là où il y a les rapprochements. Dire “ on va gagner ”, c’est la meilleure façon de cultiver l’esprit d’équipe. Les notions du rugby, on les retrouve en entreprise ou même en couple... » Entouré de « précieux collaborateurs », il peut compter sur « des anciens qui, quand ça ne va pas, nous soutiennent. Ce n’est pas parce qu’on se retrouve un jour avec deux ou trois brebis galeuses qu’on doit s’arrêter ! En bon capitaine, je veille à ce qu’on respecte mon équipe et à ce que celle-ci considère le client ». Lucien Barba se rappelle : « en 1977, quand nous avons repris l’entreprise familiale, nous avions cette passion du résultat… » Et s’il s’est fixé un nouveau défi, vingt-sept ans plus tard, c’est qu’il n’est pas du genre à tourner en rond dans un bocal. « J’ai fermé la poissonnerie des Halles et je suis venu m’installer route de Pézenas. J’ai mouillé le maillot ! » Une initiative qu’il incombe à « la soif de réussir, la passion du résultat ». « Il faut savoir prêter l’oreille », estime Lucien Barba. « Aujourd’hui encore, je tiens compte des suggestions de ma mère ! Dans une équipe de rugby, les joueurs écoutent l’entraîneur, au capitaine de commander… ». Il illustre ses propos : « en partant des Halles, je voulais ouvrir une poissonnerie, sans brasserie. Finalement, sous l’impulsion de mon épouse qui m’a incité à relever ce défi, j’ai créé ce restaurant à poisson. Connaître ses forces, ses faiblesses et savoir s’entourer » : les clés de son succès. Se dépenser sans compter, tout en sachant rester calme et mettre les bouchées doubles quand le bateau tangue. C’est le journal de bord du poissonnier.





Oser nourrir ses ambitions



Tombé dans le moule (à tarte) quand il n’était pas plus haut que trois pommes, Laurent Carratié est mordu de son métier. « S’il n’y a pas de chocolat au paradis, alors je n’irai pas ! » Cinquième génération de pâtissiers du nom, il a repris l’affaire familiale voici deux ans. Le fruit « d’une vocation ». Après ses études en France, direction New York : chef pâtissier dans l’hôtellerie de luxe, « je me devais d’être un ambassadeur de la pâtisserie française. Je n’y ai pas appris le métier, mais l’organisation, le management ». Là-bas, il était aussi consultant pour de grandes maisons françaises de chocolat : « j’ai voyagé à cet effet dans le monde entier ! » De quoi alimenter encore sa passion. Et quand est venue l’heure du retour au bercail, il avait des ambitions plein les papilles. Les Carratié ont « toujours proposé boulangerie, pâtisserie et glaces ». Laurent, lui, s’est « fixé le but de développer l’entreprise au niveau de l’activité traiteur, mais aussi du chocolat » : de 500 kilos produits en 2001, il est passé à trois tonnes cette année ! En 2007, du cacao de l’Hérault est même parti aguicher l’Asie. Il transite par Rungis, « ventre de la France », et s’envole pour Singapour. Dans ce « pays en pleine évolution », le Biterrois a trouvé une niche où s’immiscer. Désormais, il mise donc sur l’export. « C’est une logistique de froid à apprendre : emballage isotherme, transport en avion… » La cerise sur son gâteau ? « Si ça marche, pourquoi pas créer une ligne de bonbons-chocolats Laurent Carratié… » Pour parvenir à la performance, il ne livre ni botte secrète, ni recette miracle. « C’est un ensemble. Un dirigeant doit montrer l’exemple. Si vous venez tous les matins avec le sourire, c’est que vous aimez ce que vous faites… » Dans son labo, « pas de travail à la chaîne. J’essaie de créer un esprit d’équipe, d’entraide. Ce ne sont pas des métiers faciles tous les jours, alors je cherche une motivation particulière chez mes collaborateurs. La rigueur est de mise, nous sommes sans cesse en quête de perfection. La chocolaterie, c’est comme la chimie : dix grammes de trop et la recette est ratée, le produit dévalorisé... » Laurent Carratié tient aussi à cultiver la magie : « je veux qu’en entrant chez moi, les adultes se croient dans la Caverne d’Ali Baba ! Pour travailler avec des produits nobles, transformer de la farine et de la crème, une grande créativité s’impose ». Emballé, le chocolatier laisse couler : « je ne suis ni plus ni moins qu’un marchand de bonheur ! »




Procurer la fierté de l’œuvre accomplie


Isabelle Comminges n’était pas spécialement prédestinée à se forger une destinée dans le métal. Certes, son père est charpentier métallique, mais cette Biterroise, aux commandes d’AB Métal, semblait davantage se vouer à une carrière de gestionnaire que de “ femme de fer ” ! Titulaire d’une maîtrise de gestion d’entreprise, elle a « travaillé très jeune, dans différentes sociétés », avant de s’installer ici. « Manager, c’est passionnant ! », se réjouit-elle. « Bien gérer une entreprise, cela signifie investir à bon escient et ainsi faire des gains de productivité. C’est une remise en question permanente... Chaque nouvelle machine apporte un changement dans l’atelier : l’opérateur doit évoluer en conséquence. Des appareils de plus en plus évolués qui ont accru le besoin de compétences et de qualifications. J’ai vu tous mes collaborateurs se mettre à l’informatique ! ». Isabelle Comminges ne s’en cache pas : elle aime le challenge. « Faire plus de chiffre, être reconnue, avoir une entreprise qui prend de la valeur matériellement et humainement ». Le chiffre d’affaires de sa société a plus que décuplé en dix ans. Avec désormais, « une trentaine de salariés, quatre fois plus qu’au début ! » Mais elle tempère : « il ne faut pas se laisser éblouir par cette passion. Ne cherchons pas à faire du chiffre pour du chiffre. L’essentiel, c’est que nos clients soient satisfaits ». Gage de réussite selon elle : « aimer ce travail. Nous évoluons dans un milieu difficile, il fait froid l’hiver, il y a du bruit… D’où un besoin de motivation. Mes collaborateurs ne sortent pas de l’atelier, alors je leur montre le produit fini, ce à quoi ils ont contribué ». Ainsi ont-ils pu contempler les gradins d’Ernest Wallon (en cette année rugby, AB Métal a créé les tribunes de Toulouse, avant de s’atteler à celles de Perpignan !) « J’affiche les photos dans l’atelier, afin de leur procurer la fierté de l’œuvre accomplie. C’est plus motivant de dire “ je créé les tribunes d’un stade ” que “ je fabrique des bouts de fer ” ». Elle n’hésite pas non plus à « leur faire part des retours sur la qualité du travail ». Pour arriver à « concilier vie privée et réussite professionnelle, il faut aussi déléguer ». Dans un milieu d’hommes, elle a percé sans complexe : « pourquoi chercher à se masculiniser ? L’essentiel est de s’intéresser à l’activité de l’entreprise, aux techniques ». Car Isabelle Comminges y croît dur comme fer : « un dirigeant ne peut pas être que gestionnaire ».




Vivre pleinement ses passions


Réussir sa reconversion, ce n’est pas gagné d’avance. Pour un sportif professionnel qui, du jour au lendemain, se retrouve hors du terrain, pas facile de faire son trou. A 16 ans, Claude Goudard quittait Agde pour le prestigieux Nîmes Olympique. Vingt-neuf ans plus tard, l’ex-footeux devenu patron de golf se plaît, au grand désespoir de son épouse, à zapper entre les chaînes sportives chaque soir de répit. « Je regarde tous les sports, collectifs ou individuels ! J’aime ce qui consiste à aller au-delà de ses possibilités, à se dépasser. Ce qui motive les grands champions, c’est la difficulté de se retrouver seuls face à des adversaires. Ils développent des capacités à supporter la pression. Moins performants sont ceux qui, en revanche, n’arrivent pas à la surpasser ». Humble, il confie : « à mon petit niveau, j’aimais les rencontres où il y avait de l’enjeu ». Le directeur du golf du Cap d’Agde s’est tracé un parcours hors des clous. Comme tout sportif, il s’est retrouvé sur la touche assez jeune : « je voulais me prouver que je pouvais réussir ailleurs que dans le sport ». Pour « ne pas rester inactif », il a ouvert un restaurant. « Quand on gère ce type d’établissements, il faut savoir tout faire, pas seulement manager ! J’étais en période de doute, j’avais choisi cette voie par nécessité… » Cinq ans après, « lassé », il vend et devient agent commercial : là, « je n’étais pas mal à l’aise ! », sourie-t-il. Fin de l’épisode en 2003, quand il prend les rênes du Golf. « J’avais un challenge à relever. En tant que pratiquant, j’étais bien placé pour savoir qu’il souffrait d’un déficit d’image qualitative. L’entretien était très moyen alors que l’état du parcours, c’est la priorité pour tout golfeur… » Pour motiver ses collaborateurs, qui ne sont pas des Tiger Woods en herbe, Claude Goudard a tâché de faire partager son goût « du travail bien fait, de la performance. J’essaie de les sensibiliser aux attentes du joueur ». Enthousiaste « tous les jours », il concède « aimer les autres facettes du métier : le relationnel, la rigueur budgétaire, le management social. L’expérience en restauration (grande école du relationnel) m’a beaucoup servi pour cela… Quand j’étais sportif professionnel », avance-t-il, « j’étais un assisté. Aujourd’hui, les rôles se sont inversés : c’est à moi d’être là pour les autres ». Un adage dit que tout homme a plusieurs vies dans une vie. Claude Goudard, lui, en est à son quatrième métier ! « Et quand je serai au bout de moi-même, j’arrêterai… »





Focus


Une destination golfique


Claude Goudard en est convaincu : « nous pourrions être plus performants encore. Aujourd’hui, nous n’avons pas de politique de ratissage de joueurs à l’étranger. Parce que nous jouons de nos forces (la marque Cap d’Agde et la qualité du parcours), nous n’en avons pas besoin. Mais le jour où nous aurons neuf trous de plus, il faudra bien qu’on y pense ! L’Hérault peut devenir une destination golf », ajoute-t-il. Mais pour cela, « il faut davantage de parcours. La démarche du golfeur itinérant, c’est de choisir un endroit où il a la possibilité de jouer sur plusieurs sites dans la semaine, sans faire trop de kilomètres en voiture… » Au golf, « pas de concurrence, mais une complémentarité qui génère une certaine émulation ».