ENTRETIENS GAGNANTS N° 1 - Edition Sète

Ces professionnels qui travaillent sur le port de Sète


Premier port de pêche de Méditerranée, Sète est aussi un grand port de commerce qui, s’il n’est plus aussi florissant qu’à l’époque où Sète était le plus grand centre de tonnellerie au monde, est devenu le berceau d’activités à la fois pointues et diversifiées. Desservie par la voie ferrée jusque sur la zone portuaire, situé à 8 kilomètres de l’autoroute et dotée d’un accès direct sur le Canal du Rhône à Sète, Sète a su de tout temps faire valoir ses atouts pour dynamiser son potentiel économique. Aujourd’hui, plus de 1 000 navires de commerce transitent chaque année par la cité languedocienne. Ceux-ci sont à l’origine d’un trafic qui comprend des vracs solides et liquides, des céréales, des hydrocarbures, du bois et des marchandises diverses. Entretiens gagnants est parti à la rencontre de ces acteurs économiques qui vivent du port et qui le font vivre.

Ces hommes qui ont fait de Sète, le premier port de pêche de Méditerranée 


Acteurs économiques incontournables, pêcheurs ont contribué à faire de leur ville, le premier port de pêche de Méditerranée. A Sète, les équipages de 29 chalutiers, d’une vingtaine de thoniers et d’une cinquantaine de petits métiers vivent de la mer. Confrontés à la question de la ressource, la profession a su se prendre en main pour faire évoluer son activité dans la bonne direction. « Les pêcheurs méditerranéens sont les premiers à avoir pris conscience des limites de leur activité. Depuis une trentaine d’années déjà, la flottille chalutière veille à la protection de la ressource en adaptant leur mode de pêche et en respectant une charte de bonne pratique définit par l’AMOP* qui est la marque « Golfe du lion - qualité producteur », relève Bertrand Wendling, directeur général de la SATHOAN*. Avec ce cahier des charges contraignant qui précise la durée des traits de pêche, le traitement du poisson à bord et de nombreux autres critères, les pêcheurs garantissent la qualité de leur arrivage. « L’idée, c’est de pêcher du beau poisson pour vendre mieux », observe Bertrand Wendling. Cet objectif est le fruit de plusieurs années de remise en question de la part de la profession qui s’est d’elle-même autorégulée. “Dans les années 60-70, la technique la plus utilisée était le lamparo. Or cette pêche se caractérise par des prises très importantes un jour qui peuvent être minimes le lendemain. Tous les bateaux revenaient donc avec leur cargaison en même temps et cela produisait de nombreux invendus. Pour pallier cette surproduction, les pêcheurs se sont regroupés en Groupementd’Intérêt Economique (actuelle SATHOAN) pour gérer les invendus et ont diversifié leurs techniques de pêche en choisissant la pêche au chalut”, témoigne le directeur. A la fin des années 80, la question de la protection de la ressource a commencé à se poser au travers des règlements communautaires. La profession en a pris conscience et certains pêcheurs ont été encouragés à céder leurs fonds. La quantité de bateaux a laissé place à un nombre restreint d’unités de pêche plus modernes et mieux équipées pour la conservation du poisson. « C’est la prud’homie elle-même qui a encadré l’activité de pêche. L’effort de pêche a été limité grâce à la réglementation des jours et heures de sortie des bateaux, un suivi des techniques et des prélèvements en partenariat avec les scientifiques ainsi qu’une répartition des zones de pêche », explique le responsable de la SATHOAN. Ces efforts doublés par la modernisation des outils ont porté leurs fruits. Aujourd’hui, une seule espèce est soumise à quota en méditerranée, contre plusieurs dizaines en Atlantique. Cependant, une autre bataille est en cours, celle du prix du gasoil qui, étant soumis au contexte géopolitique, fragilise la pérennité de la profession. « Dans les années 2000, le litre était entre 13 et 15 cts. Aujourd’hui, il avoisine les 46 cts. Or, la consommation moyenne de gasoil est d’environ 150 000 euros par bateau et par an. Les pêcheurs ont déjà pris des mesures de réduction de vitesse, mais celles-ci ne seront certainement pas suffisantes », insiste le directeur. Déjà, plusieurs pistes de solution sont à l’étude. « Nous réfléchissons à l’usage d’autres carburants, de piles àcombustibles ainsi qu’à la modification des stratégies de pêche afin de sortir peut-être plus longtemps mais moins souvent », explique le responsable qui craint pour l’avenir de la profession : « C’est un métier très difficile. Il faut beaucoup de courage pour faire ce qu’ils font. Les jeunes générations prendront-ils la relève ? ».
* Association Méditerranéenne des Organisations de Producteurs
 



"Les pêcheurs méditerranéens sont les premiers à avoir pris conscience de la nécessité de protéger la ressource"



Focus : La SA.THO.AN, qu’est-ce que c’est ?


La SA.THO.AN est une coopérative maritime, reconnue par l’Union Européenne en tant qu’organisation de producteurs (OP). Elle rassemble les marins pêcheurs sétois, soit près de 50 navires parmi lesquels 29 chalutiers et une quinzaine de thoniers. Sa mission consiste à gérer la production de ses membres à partir du déchargement jusqu’à la vente (seulement pour le poisson bleu, la vente de poisson blanc s’effectuant à la halle à criée de la CCI Sète-Frontignan-Mèze). L’organisation de producteurs retraite également les invendus en leur trouvant d’autres destinations. La SA.THO.AN joue aussi un rôle de représentation de la profession auprès des instances étatiques et européennes. Elle fixe chaque année, en sa qualité d’organisation de producteurs, un prix minimum de vente en accord avec l’AMOP.



La production oléagineuse boostée par l’arrivée du Diester


La société Saipol est implantée sur le port de Sète depuis 1989. Spécialisée dans la transformation d’oléagineux en huiles végétales ainsi que dans la production de tourteaux destinés à l’alimentation animale, l’entreprise a vu ses activités s’élargir en 2006 à la fabrication de Diester, carburant vert fabriqué à partir d’huiles végétales. « L’usine de Sète a été la première à bénéficier du renforcement des quotas de production de biocarburant annoncé par l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin en février 2005 », précise Christophe Rouvière, chef d’établissement. Desservi par la voie ferrée jusque sur la zone portuaire, situé à proximité de l’autoroute et installé sur un port du Golfe du Lion, le site de Sète s’est révélé particulièrement adapté àl’implantation d’une telle unité de fabrication. Ce choix est d’autant plus pertinent que les entrées et sorties des produits se font de plus en plus par voies maritimes et fluviales, “à fortiori depuis que la digue fluvio-maritime assure la liaison directe avec le canal du Rhône à Sète”, précise le responsable. Aujourd’hui, les deux sociétés présentes sur le site sétois : Saipol et Diester sont regroupées au sein de l’établissement financier Sofiprotéol. Chacune de ces activités fait appel au trafic maritime, soit pour l’importation de graines oléagineuses (30% des importations arrivent par bateau ou par péniche), soit pour l’exportation de produit fini (40% des tourteaux sont expédiés par voie maritime et environ 80% d’ester). L’établissement dispose de son propre quai de déchargement. Celui-ci est mis à sa disposition par la Chambre de Commerce et d’Industrie Sète Frontignan Mèze qui est concessionnaire du port. Si l’entreprise possède son propre outil de manutention, elle utilise également le terminal vraquier du port pour tout déchargement de bateau de graines d’une capacité supérieure à 1000 tonnes. Implanté sur neuf hectares et demi à l’extrémité Est de la zone portuaire, le site sétois emploie 83 personnes, parmi lesquelles on compte des opérateurs de production, des agents chargés de la logistique et de la maintenance, un laboratoire et une dizaine d’agents administratifs et encadrement. L’implantation de l’unité de Diester a généré une hausse de 20% du nombre de personnel. Aujourd’hui, en comptant les emplois indirects, la société fait vivre plus d’une centaine de personnes. L’usine sétoise est en outre la seule en France à utiliser un procédé d’estérification sans eau résiduelle. Ce procédé présente le double avantage de fournir une glycérine plus pure et d’être moins polluant puisque ne fournissant pas d’eaux polluées. 



"Une implantation d’autant plus pertinente que les entrées et sorties des produits se font de plus en plus par voies maritimes et fluviales"



Sète, premier port de Méditerranée pour l’importation des bois tropicaux


Installés sur la zone portuaire, les six salariés de la Scierie du port, écorcent, préparent et scient de gigantesques troncs d’arbre dont la largeur va jusqu’à dépasser la taille d’un homme. Une fois ceux-ci sciés, les grumes sont reconstituées, les planches étant écartées les unes des autres par des liteaux afin d’en faciliter le séchage. Ces billes sont ensuite stockées sur place ou expédiées dans des menuiseries ou chez des négociants en bois. Spécialisée dans la première transformation des bois tropicaux importés d’Afrique, la Scierie du port est installée depuis 2002 sur le port de Sète. « Avant nous étions sur Frontignan, mais quand mon père a décidé de céder l’entreprise, je suis venu m’installer sur le port pour limiter le temps de transport des marchandises », explique Michel Bonnefond, gérant de la société. L’entrepreneur a déposé une demande auprès de la Chambre de commerce et d’industrie, concessionnaire du port et s’est vu attribuer une concession de 11 000 m2 pour une durée de vingt ans. L’an dernier, 14 000 m3 de bois ont été transformés sur place. « Les bois arrivent par bateaux et sont déchargés par les dockers sur un terre-plein spécifique. Nous sous-traitons ensuite leur acheminement jusqu’à notre site, à des entreprises spécialisées dans le transport de grumes. Puis, nous procédons à la découpe », détaille le gérant. A l’image de Michel Bonnefond, qui a divisé par deux ses temps de transport en venant s’installer sur la zone portuaire, les quatre entrepreneurs spécialisés dans le commerce du bois sont installés sur le port de Sète. « D’autres sont présents, mais ils sont implantés sur la zone des Eaux Blanches », précise le gérant. Le port sétois est le seul de la Méditerranée par lequel transitent les grumes de bois tropicaux. « Avant il y avait Port-Saint-Louis-du-Rhône, mais Sète a pris le monopôle au moment du boom de la construction dans les années 60-70 », relève Michel Bonnefond. Même s’il est convaincu que le trafic n’atteindra plus les mêmes sommets, le chef d’entreprise pressent une embellie : « Le bois revient à la mode avec le retour à l’exploitation des ressources renouvelables », assure-t-il. "« Sète a pris le monopôle au moment du boom de la construction dans les années 60-70 »"