ENTRETIENS GAGNANTS N° 1 - Edition Sète

Bien accueillir ses stagiaires pour optimiser leur présence dans l’entreprise


Comment faire pour qu’un stage soit le plus profitable possible à la fois pour l’entreprise et pour le stagiaire ? C’est la question que s’est posée Entretiens gagnants dans ce dossier. Si, en matière d’enseignement professionnel, la machine paraît bien rodée, les pièces d’assemblage entre le monde de l’entreprise et la filière généraliste nécessitent d’être encore huilées pour fonctionner à plein régime. Alertée par les professionnels sur le trop grand cloisonnement de l’enseignement scolaire, l’Education nationale prend les choses en main. Dans cette dynamique, les chefs d’entreprise locaux ne manquent pas de s’investir. Pour preuve, les trois cents représentants du secteur privé qui sont présents aux côtés des chefs d’établissement pour faire évoluer les choses dans la bonne direction.

Accueillir un collégien, un lycéen, un universitaire en stage dans son entreprise doit, pour s’avérer profitable à l’un comme à l’autre, être nécessairement pris au sérieux. « Pour être réussi, un stage doit être préparé, suivi et exploité », martèle Claude Chauvy, inspecteur départemental de l’Education nationale. Ce conseil semble s’avérer profitable si l’on en croit les entreprises interviewées par Entretiens gagnants. Chacun y va de sa recette pour optimiser l’expérience. Certains choisiront de confier leur(s) stagiaire(s) à leur employé le plus qualifié pour qu’il(s) bénéficie(nt) du meilleur encadrement, d’autres le(s) mettront sur un pied d’égalité avec leurs employés… Si les solutions sont multiples, le secret de la réussite lui est unique : c’est le donnant-donnant. En optimisant les conditions de travail du stagiaire, il est plus probable de recueillir les fruits de son investissement. Reste qu’il n’est pas toujours évident de sensibiliser un jeune étudiant aux impératifs du monde professionnel. C’est tout le sens des efforts entrepris depuis plusieurs années par l’Education nationale qui multiplie les initiatives pour créer des liens entre son administration et les chefs d’entreprise : aujourd’hui des conventions de partenariat avec les organisations professionnelles, demain un club des chefs d’entreprise partenaires de l’Education nationale ? C’est aussi la raison pour laquelle l’équipe enseignante doit être au cœur du dispositif pour apporter la plus-value pédagogique quand cela s’avère nécessaire ou tout simplement être l’interlocuteur privilégié à la fois de l’élève et du chef d’entreprise.




L’Education nationale veut renforcer ses liens avec les acteurs économiques locaux


Claude Chauvy est délégué académique à l’enseignement technique, à l’apprentissage, et à l’insertion. Pour Entretiens gagnants, il met en lumière les progrès réalisés par l’Éducation nationale dans son rapprochement avec le monde de l’entreprise.

Quelle est la première approche de l’élève avec le monde de l’entreprise ?

Tout au long de la scolarité, les équipes pédagogiques s’efforcent de familiariser les élèves avec le monde économique dans sa globalité. La difficulté consiste à leur expliquer comment l’activité économique générée par une entreprise crée de la valeur ajoutée pour l’ensemble de la société. Ce qui paraît évident pour des entreprises artisanales, qui produisent des biens et services directement consommables, à l’instar des boulangers ou des garagistes, l’est beaucoup moins pour les PME ou les multinationales. Nous essayons de les sensibiliser au fait que c’est la contribution de chacun qui permet à la société de fonctionner.

Les interactions entre le monde de l’entreprise et l’école vont en augmentant, pourquoi ?

Les professionnels ont mis en évidence le fait que l’enseignement était trop scolaire et pas assez tourné vers le monde économique. C’est pourquoi l’Education nationale s’efforce d’accentuer ses liens avec les acteurs économiques. En Languedoc-Roussillon, le recteur Christian Nique a écrit ou rencontré la plupart des représentants de branches, organisations patronales et professionnelles pour les sensibiliser à la fonction de Conseiller à l’Enseignement Technologique. Chaque année depuis huit ans, le rectorat organise également une semaine Ecole-entreprise (voir ci-contre).

Quels conseils donneriez-vous à un chef d’entreprise qui doit accueillir un stagiaire pour que le stage soit le plus profitable possible à l’élève et à l’entreprise?

De préparer le stage avec l’équipe enseignante. Pour qu’un stage soit profitable, il doit être préparé, suivi et exploité. L’élève doit savoir en amont dans quelle entreprise il va aller et, inversement, le chef d’entreprise doit savoir quel stagiaire il va accueillir. Un programme doit être défini en concertation avec le professionnel, l’équipe enseignante et le stagiaire, et celui-ci doit s’accompagner d’objectifs à atteindre. Un certain nombre de règles doivent également être établies, concernant les horaires, la tenue etc. L’enseignant doit aussi se rendre sur place. Enfin, au moment où l’élève réintègre le milieu scolaire, le stage doit être enrichi en faisant dialoguer les élèves entre eux ou en complétant si besoin, avec un contenu pédagogique. Les professionnels sont de plus en plus sensibilisés à cette démarche. Ils sont d’ailleurs nombreux à réclamer des formations de tuteur auprès des pouvoirs publics.



« Un système qui fonctionne bien car l’enseignement professionnel est reconnu par les chefs d’entreprise »



Le choix d’une véritable politique des ressources humaines


« Accueillir des stagiaires est devenu un plaisir. Il y a des anciens stagiaires avec lesquels je suis toujours en contact aujourd’hui », observe Rémi Ricoux, directeur technique chargé de s’occuper de l’accueil des stages aux Poissons du Soleil, à Balaruc-les-Bains. Pour parvenir à ce degré de satisfaction, il a fallu à cette entreprise spécialisée dans l’aquaculture entreprendre une véritable politique de ressources humaines. « Je consacre environ deux heures par semaine à l’accueil des stagiaires en général. Nous en accueillons tout au long de l’année, du CAP au master en passant par les BEP, les Bac pro ou les BTS. En règle générale, je privilégie les stages longs, au minimum supérieur à un mois et dans l’idéal supérieur à trois mois. Je recrute sur CV en priorisant les établissements avec lesquels nous sommes habitués à travailler et en tenant compte du calendrier car les assurances ne nous autorise à accueillir que 4 stagiaires à la fois », informe le responsable. A peine le pied posé dans l’entreprise et les bottes réglementaires enfilées, les candidats sont directement intégrés aux équipes de production. « Nous ne faisons pas la différence entre nos employés et nos stagiaires. Ils ont les mêmes horaires, le même travail. Nous leur accordons juste plus de temps pour les former et leur permettre de s’intégrer dans l’équipe », témoigne Rémi Ricoux.  Les stages ne se préparent pas de la même manière selon que le candidat suit un BEP ou un master. « Pour les universitaires, nous choisissons les sujets de stages avant leur arrivée. Ils savent donc déjà sur quoi ils vont travailler, ce qui permet de gagner du temps. Ce sont des personnes qui sont notées sur leur stage. Nous nous efforçons donc de les mettre dans les meilleures conditions pour qu’ils réussissent leur examen ». Pour les formations plus basiques, ce sont davantage les priorités de l’entreprise qui orientent les stagiaires sur les différents secteurs de production. A leur arrivée, les candidats sont reçus puis présentés au responsable de la zone de production sur laquelle ils sont affectés. C’est cette personne qui prend alors le relais sur le plan de l’encadrement. Pour cette entreprise qui fait appel à différents savoir-faire, les stages, « c’est aussi un moyen de repérer les personnes de qualité que nous sommes susceptibles de recruter par la suite. C’est très rare que l’on reçoive quelqu’un de performant et qu’on ne lui propose rien après », affirme Rémi Ricoux. L’accueil des stagiaires se déroule en coordination avec les équipes enseignantes. « Lorsque nous avons des étudiants qui sont présents plus de huit mois dans l’entreprise, nous sommes régulièrement en contact avec leurs enseignants qui nous appelle régulièrement pour prendre des nouvelles », note Rémi Ricoux. Le responsable souligne également que parfois le système ne fonctionne pas. « Il y a aussi des gens qu’on ne garde pas ! ».



" Nous ne faisons pas la différence entre nos employés et nos stagiaires"



Une semaine pour renforcer les liens entre l’école et l’entreprise


Afin de renforcer les liens entre le monde de l’Education nationale et les chefs d’entreprise, le MEDEF organise depuis huit ans la Semaine école-entreprise en partenariat avec l’Education Nationale et le Centre des Jeunes Dirigeants. Cette année, ce rendez-vous aura lieu du 19 au 23 novembre. La journée du lundi 19 novembre sera marquée par la visite de Laurence Parisot et d’un haut représentant de l’Education Nationale à Carcassonne, pour annoncer le lancement national de l’opération. Le matin, la présidente du MEDEF rencontrera un millier de collégiens et lycéens du département de l’Aude à partir de 14h30, salle du Dôme. L’après-midi, la responsable retrouvera les chefs d’entreprise de la région à 18h, au théâtre. La semaine se poursuivra avec l’intervention des chefs d’entreprise dans les classes des différents lycées participants pour exposer leur parcours professionnel et échanger avec les élèves sous la forme de questions-réponses. Les parents d’élèves sont également invités. « Cette année, le Recteur d’Académie a choisi ce temps de rencontre et d’échange pour procéder au renouvellement des conventions de partenariat avec la fédération des métiers du bâtiment, les entreprises de propreté, l’union des industries chimiques, le groupe Accor… Cette semaine sera également l’occasion du lancement du Club des Entreprises Partenaires de l’Education Nationale, où chaque professionnel sera invité à participer, afin de constituer un groupe de réflexion et d’échange pour aller encore plus loin dans les rapports entre l’école et l’entreprise. L’objectif étant de jeter les bases d’une culture commune », annonce Claude Chauvy, délégué académique à l’enseignement technique, à l’apprentissage, et à l’insertion.

Pour participer à la Semaine école-entreprise, contacter le MEDEF Montpellier-Sète au 04-67-69-16-06.


 



Mettre toutes les chances de son côté


Installées en tant qu’ambu lanciers depuis 1974 sur Sète, les Ambulances Garcia sont la seule société titulaire de l’agrément pour accueillir des stagiaires ambulanciers sur la ville. “Notre métier tend à se professionnaliser de plus en plus. Dans le cadre de leur formation, les élèves doivent désormais effec- tuer des stages dans différentes sociétés. Face à l’affluence des demandes, nous avons souhaité faire la démarche auprès de la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS) afin d’obtenir l’agrément pour aider ces jeunes à s’insérer dans la vie active”, explique Josiane Lesfargue. La gérante de la société a donc accueilli deux stagiaires en juillet dernier. Afin qu’elles mettent le plus possible à profit leur séjour dans son entreprise, la responsable a désigné son employé le plus diplômé comme maître de stage de ses deux jeunes recrues. “Cet employé est titulaire du diplôme d’ambulancier ainsi que d’une formation au secours d’urgence qui est dispensée sur Toulouse. Il me semblait intéressant pour ces jeunes filles qu’elles bénéficient de son expérience et de ses connaissances”. Le parti pris de cette chef d’entreprise est donc d’offrir les meilleures conditions de travail à ses stagiaires. A leur arrivée, elle a pris soin de leur présenter toute l’équipe et de leur faire un petit topo sur la société. “Ces jeunes filles ont déjà une expérience du métier puisqu’elles travaillent toutes deux chez des ambulanciers à Bessan et Béziers. Il n’y avait donc pas de consigne précise à leur communiquer si ce n’est les informer sur leurs horaires de travail. Comme elles habitent respectivement à Béziers et à Bessan, je leur ai proposé de faire la journée continue, soit 9h-16h, pour qu’elles puissent rentrer plus tôt chez elles ”, précise la gérante. La tenue blanche obligatoire étant fournie par l’école, il ne restait plus à Josiane et Aurélie qu’à monter à bord du véhicule. Durant leur semaine de stage, Josiane et Aurélie ont effectué toutes les missions du personnel ambulancier, c’est-à-dire la manipulation du brancard, l’assistance aux malades, l’aide aux formalités d’entrée et de sortie ainsi que le nettoyage et la désinfection des véhicules, etc… “A elles deux, elles ont remplacé le deuxième ambulancier présent en temps normal dans le véhicule”, témoigne Josiane Lesfargue. La chef d’entreprise -qui accueille aussi des personnes inscrites à l’ANPE dans le cadre des 140 heures de stage de découverte d’un métier- s’estime satisfaite de la formule “stage”. “C’est un système intéressant que je choisirai sans doute le jour où je serai à la recherche d’une personne pour compléter mon équipe. C’est un bon test pour connaître les aptitudes de la personne”, indique-t-elle. Et question formalités, ce n’est pas la petite page avec les croix à cocher dans le rapport de stage de ces jeunes apprenties ambulancières qui ont impressionné la gérante des Ambulances Garcia.
A côté de ces élèves ambulanciers issues de l’institut de formation au métier d’ambulancier (IFA), l’entreprise reçoit également des personnes inscrites à l’ANPE qui souhaite effectuer leur stage d’observation de 140 heures chez eux.



“C’est un système intéressant que je choisirai sans doute le jour où je serai à la recherche d’une personne pour compléter mon équipe”



Clémence, étudiante, livre sa propre expérience


Clémence Cuvelier est en deuxième année de BTS Communication des entre-prises Cet été, dans le cadre de ses études, elle a effectué un stage d’un mois au sein du service communication de la Ville de Sète. Habituée à intégrer différentes entreprises pour des périodes plus ou moins longues, la jeune femme a trouvé cette expérience sétoise très enrichissante.
Pourquoi as-tu choisi le service communication de la ville de Sète pour effectuer ton stage ?
Je fais mes études sur Paris où je suis souvent appelée à intégrer des entreprises de grande taille. Cette fois, j’avais envie de découvrir une plus petite structure. Ayant passé mes vacances sur la presqu’île étant jeune, je savais que Sète est une ville dynamique où il se passe plein de choses, aussi bien sur le plan culturel, que sur le plan sportif, ou sur celui des loisirs. C’est ce qui m’a poussée à postuler.
Comment as-tu été avertie que ta candidature avait été acceptée ?
C’est moi qui ai relancé le service par téléphone. On m’a directement passé le directeur avec qui j’ai eu un long entretien. Il m’a présenté le service et ce qui s’y faisait. C’était bien parce que nous avons pu cibler chacun nos besoins et nos attentes qui, par chance, correspondaient. C’est un gain de temps considérable quand un responsable prend le temps de vous expliquer ce que vous êtes susceptible de faire une fois sur place. Et puis, c’est toujours plaisant de parler directement à la personne qui gère le service.
Comment s’est passé ton arrivée ?
On m’a attribué un bureau et un ordinateur. C’était très agréable car j’avais mon propre espace de travail. Pour une fois, je n’avais pas l’impression d’être mise simplement là où il y avait de la place. Ensuite, j’ai pu naviguer sur les différents postes et découvrir plusieurs métiers différents, de l’écriture d’un journal municipal à la profession de maquettiste.
Quel bénéfice retires-tu de ce stage ?
Il a été très enrichissant. Pour moi qui ne connaissais pas du tout le fonctionnement d’une collectivité, j’ai découvert plein de choses. De plus, on m’a tout de suite confié des responsabilités. J’ai pu écrire de petits articles, réaliser un dossier de presse et même participer à un voyage de presse. C’était vraiment très agréable et très enrichissant.