ENTRETIENS GAGNANTS N° 1 - Edition Sète

Entreprendre : de la passion à la performance


Solidarité, humilité, respect de l’autre, dépassement de soi… Tant de valeurs véhiculées par le rugby que nombre de dirigeants aspirent à transformer dans leurs sociétés : gageant qu’en appliquant ces principes fédérateurs, leurs entreprises seraient parées pour affronter l’adversaire. Aimer le maillot, développer le sens du partage, s’appuyer sur un groupe soudé, ne jamais rien lâcher, savoir rebondir… Au rugby, comme en entreprise, on cherche à mettre en valeur les talents individuels, au profit d’un ensemble. Pour parvenir à la performance, seul, on ne peut rien. Du coup, on mise sur le collectif. « Dans une équipe de rugby, il n’y a pas de passagers, il n’y a qu’un équipage ! ». Dixit Pierre Villepreux, ex-entraîneur des Bleus. A l’instar d’une troisième mi-temps entre collaborateurs, qui serait un vecteur inégalable de consolidation du lien social, nos entreprises auraient tout à gagner à cultiver l’esprit rugby. Alors, rugby et entreprise, même combat ?

Jo Maso :  « les vestiaires ont tous la même odeur »



Brillant centre du XV de France dans les années 70, Jo Maso a marqué les esprits des amoureux de l’ovalie. Né fin 1944, cet enfant de Perpignan a contribué à forger les heures de gloire du Racing narbonnais. Pourtant formé au jeu à XIII, il avait même, en 1968, été catalogué par les Néo-zélandais comme “ le meilleur attaquant du monde ” ! Vingt-cinq sélections en bleu et quatre essais au compteur, Jo Maso a, depuis belle lurette, raccroché les crampons. Et il a su emboîter le pas, réussir sa reconversion. Dix-huit ans directeur régional chez Adidas, il a, par la suite, intégré le staff de l’équipe de France, avant d’en devenir le manager général, en 1995. Cet été, avant même l’événement que l’on sait, il a été reconduit pour un nouveau mandat de quatre ans. Avec passion et détermination, il évoque son impérissable quête de la performance.



Entretiens gagnants : les sportifs, comme les dirigeants d’entreprise, sont tous à la recherche de la performance ultime. Quel est le secret d’une réussite garantie ?
Jo Maso : « la passion doit être à la base de l’action. Si on se lève le matin sans être enthousiasmé par la journée qui s’annonce, il faut changer de métier !Donner du sens à sa vie, c’est aimer ce qu’on fait. C’est un peu le message que je fais passer aux joueurs… Cela passe par une autocritique permanente : en se demandant pourquoi nous sommes là, où est-ce que nous voulons aller... Nous devons rester en phase avec les objectifs que le groupe s’est fixé et qu’individuellement nous nous sommes définis. Car c’est le travail individuel de chacun, quand il est mis au service de l’ensemble, qui fait un collectif de qualité. Servir l’entreprise avant que l’entreprise nous serve : c’est aussi la base des sports collectifs… Finalement, le rugby et l’entreprise, c’est la même configuration. Chacun trouve sa raison d’exister dans le travail. Tous les matins, quand il ouvre les yeux, un joueur professionnel doit se dire qu’il lui faut être le meilleur. Il doit connaître ses points forts et ses faiblesses, mais aussi ceux de ses adversaires, et travailler en ce sens. C’est ce qui permet d’être plus offensif… »



Comment le brillant joueur de rugby s’est-il transformé en manager national ?
J.M. : « la fonction fait l’homme ! Si vous êtes intéressé parce ce que vous faites, vous cherchez à améliorer vos atouts pour être sans faille et incontournable. Même si, soit dit en passant, vous n’y arrivez jamais vraiment… L’intégration du staff de l’équipe de France est venue naturellement. Quand j’ai été élu au Comité directeur de la Fédération, je n’étais que manager adjoint. Puis, un jour, le président m’a demandé de prendre en charge la direction du groupe… Dès lors, j’ai appliqué à l’équipe de France mon organisation de l’entreprise. J’estime avoir aidé à sa professionnalisation. D’un staff de cinq personnes, nous sommes passés à quatorze… Je sais que j’ai des choses à améliorer dans l’écoute du staff et des joueurs.Je devrais aussi faire preuve d’une plus grande anticipation pour les compétitions à venir, tout en sachant écouter les remontées du terrain. C’est en ce sens que j’avais nommé des leaders dans le groupe (les cinq joueurs les plus “ matures  ”, auxquels se greffaient trois autres joueurs à chaque rencontre). Avant la Coupe du Monde, je les réunissais avec le staff chaque lundi. Ils étaient chargés de faire remonter les messages des autres. Un peu comme je le faisais quand j’étais directeur régional chez Adidas… ». Finalement, votre passion initiale vous a amené à exercer un tout autre métier…



Vous l’aviez projeté ?
J.M. : « pas du tout ! J’ai d’abord été commercial… Ce poste qu’on m’a offert dans l’Equipe de France, c’est peut-être la reconnaissance d’un travail bien fait, d’une capacité à mener les hommes… Dans la vie, l’ascenseur social passe à travers les opportunités que vous avez ! Aujourd’hui, je me sens redevable de mon sport, car c’est lui qui m’a amené là où je suis ».



Quel est votre rôle dans l’équipe de France ? Entre les joueurs, l’encadrement et la Fédération…
J.M. : « je suis élu de la fédération, président de la commission de sélection et manager général de l’équipe de France. Je suis chargé de choisir, avec le président, les sélectionneurs et de les nommer. Ainsi, nous avons désigné, après la Coupe du Monde, Marc Lièvremont pour succéder à Bernard Laporte… Définir les priorités, anticiper, guider, animer, soutenir, évaluer, décider… Le manager fixe les objectifs (le nôtre était d’être champions du monde, par exemple) et met en place les plans d’actions avec les diverses parties. Pour nous, une des grandes façons de fonctionner ensemble, c’est d’anticiper la compétition. Ainsi, nous veillons à respecter le triptyque du sportif : préparation, compétition et récupération. Je suis également chargé des relations avec le syndicat des joueurs : pour fixer leurs primes, savoir quand les solliciter… L’équipe de France joue onze matchs officiels par an, mais c’est un boulot à plein temps ! ».



Comment l’équipe de France s’est-elle articulée autour de cette passion partagée du rugby ?
J.M. : « en étant structurée comme une entreprise. Avec le manager adjoint, nous tâchons d’anticiper les matchs, la logistique, les voyages, l’hôtellerie, la restauration… Il a fallu s’entourer de gens dont c’est le métier pour nous emmener à ce niveau de participation. Le rugby est un sport différent de tous les autres : c’est un sport de combat, où tout seul, on n’existe pas. Par contre, ensemble… Sur un terrain de rugby, comme en entreprise, il faut être prêt à relever le challenge collectivement. A la différence que le sport n’est pas une science exacte : on ne maîtrise pas les rebonds du ballon... Une certaine chance entre en jeu, si tant est qu’on ne puisse pas la provoquer ! Avoir l’esprit de conquête, c’est aussi une notion d’entreprise. Mais il faut se placer au-delà de tout cela. En se posant les questions fondamentales : qu’est ce qui nous manquait par rapport aux All Blacks qui étaient les meilleurs avant la Coupe du Monde ? Il faut travailler nos faiblesses ».



Comment vous organisez-vous avec les instances nationales et internationales du rugby ?
J.M. : « c’est l’association I.R.B. (International Rugby Board), dont le siège est en Irlande, qui définit les pays dans lesquels le rugby peut se pratiquer sous son égide. Elle délègue à chaque Ligue la partie professionnelle du rugby. Quant à la Fédération, c’est elle qui supervise directement le rugby national : le secteur amateur, ainsi que l’équipe de France. Pour la sélection nationale, ce sont les clubs professionnels qui mettent les joueurs à disposition de l’équipe de France, mais parfois les calendriers s’entrechoquent... Il faut les organiser sur 47 semaines, car les joueurs ont droit, comme tous salariés, à leurs cinq semaines de congés. Croyez-moi, ce n’est pas simple ! »



Comment ce sport jadis perçu comme terroir est-il devenu un sport de professionnels ?
J.M. : « les télévisions, qui sont parties prenantes du sport, ont voulu, à un moment donné, prendre le rugby en otage, en médiatisant les joueurs et en minimisant la fédération...L’I.R.B. a réagi et décidé de passer professionnelle, c’était en 1995. En France, on compte aujourd’hui 250 000 licenciés et 900 joueurs professionnels. Trente clubs sont donc gérés par la Ligue, qui dépend de la Fédération, elle-même placée sous la tutelle du Ministère des Sports ».



Ce sont d’importants changements. La convivialité souvent accolée au rugby ne s’en ressent-elle pas ?
J.M. : « au rugby, seul, on n’existe pas. C’est la grande force de notre sport. Cela permet de ne pas être mis à l’index par ses copains… Si un individu ne s’implique pas, c’est tout le groupe qui s’en ressent. Et puis, le rugby reste un sport particulier : nous sortons d’un milieu rural où les valeurs sont bien en place. Nous revendiquons nos différences par la défense de ces notions : le respect, la tolérance, la valeur de l’équipe. Les gardiens du temple que nous sommes font tout pour y veiller ! »



Seriez-vous en mesure d’occuper de telles fonctions managériales sans l’amour de ce sport ?
J.M. : « non ! Ce serait impossible. Quand vous ne comptez pas votre temps et que vous faites abstraction de certaines contraintes, pour tenir le coup, il faut avoir une compagne et des enfants qui comprennent cette situation… C’est une façon de vivre qu’il faut accepter, mais c’est surtout une passion qu’il faut avoir ancrée. Après avoir joué huit ans en équipe de France, c’est viscéral ! Je sais bien que je suis privilégié d’exercer un métier qui est aussi ma passion… ».



Jo Maso pourrait-il être plus heureux qu’en superviseur des Bleus ?
J.M. : « non plus ! Nous vivons un privilège. Nous venons d’être les acteurs d’un événement exceptionnel. Pour quelqu’un qui aime son sport, c’est unique. Cette Coupe du Monde, j’en tirerai sans doute les plus beaux souvenirs de ma vie… Depuis 1995, nous avions gagné quatre grands chelems et six tournois, participé à une finale ainsi qu’à une demi-finale de Coupe du Monde. Cette fois, nous avons tout mis mis en oeuvre pour la gagner. Manière de concrétiser la grande chance que nous avons eu de la jouer en France. Représenter 65 millions de personnes, cela ne se galvaude pas. Nous nous en sommes donné les moyens… C’est le même cas de figure en entreprise : au travail, nous sommes intégrés à la société. Il n’y a rien de plus terrible que de ne pas être intégré au tissu social : le boulot génère du respect, vis-à-vis de soi-même, mais aussi des autres. Après, quoi qu’il arrive, il faut appréhender positivement son travail. Dans une société comme la nôtre, ce n’est pas évident».



A vous écouter, la passion peut donc mener à la performance…
J.M. : « bien sûr, mais cela implique autocritique et autodétermination. La passion mène à la performance, mais la passion démesurée mène à la bêtise : se doper, par exemple, c’est tricher ! L’essentiel, c’est de savoir se remettre en question, sans vivre sur ses lauriers… Souvent, je m’interroge : “ Jo, es-tu dans le respect de l’autre ? ” Ce travail enrichit, physiquement et mentalement. La vie est un équilibre perpétuel à bien maîtriser, en sachant aussi pren- dre du bon temps ! » Regrettez-vous la belle époque du Racing, à Narbonne ? J.M. : « c’était les plus belles années de ma vie sportive, celles de ma jeunesse ! Quand je revois mes copains, j’éprouve un plaisir immense. Car c’est dans l’action qu’il y a des émotions : là, je n’y suis pas... Une fois que les joueurs entrent sur le terrain, nous ne sommes plus rien. On souffre plus qu’on jubile. Si j’étais dans le cinéma, j’aimerais être acteur, pas metteur en scène. Un poste de manager, n’importe qui peut le tenir, pour peu qu’il soit organisé… Et puis, le rugbyman est confronté à la “ petite mort ” à la fin de sa carrière. Il faut être joueur, même amateur, pour le comprendre ! Les vestiaires de Saint-Laurent-de-la-Salanque ou ceux de Twikenham ont d’ailleurs la même odeur ».


Propos recueillis par Guillaume Laurens



Le designer François Liguori façonne le fer et les coûts de production


Pescatore. La ligne d’objets, meubles et luminaires des sinée par le Sétois François Liguori fêtera en janvier prochain, ses dix-huit ans d’existence. Si le chemin a été long pour parvenir au succès actuel, le créateur, dont l’humour est aussi une marque de fabrique, veut aller encore plus loin. François Liguori a fait son succès avec ses créations en fer rouillé. Il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de 10 employés, dont le chiffre d’affaires se chiffrait en 2006 à 2 400 000 euros HT. Pour conquérir de nouveaux marchés, il lance cette année trois nouvelles marques, conçues dans son atelier situé sur le parc aquatechnique de Sète : Nova pescatore, une collection zen très épurée en finition gris beige à base de mica, Design Pescatore, qui permet à l’artiste de renouer avec le plaisir de créer des meubles, une collection en acier brossé aux reflets gris bleu et enfin à fleur de rouille dédiée au mobilier de jardin avec des finitions à réaliser soi-même pour « laisser parler la part de création que chacun porte en lui ». « Le marché évolue. De plus en plus de grandes surfaces reprennent le créneau de la décoration avec des objets issus du marché asiatique face auxquels nous ne pouvons pas être concurrentiels. Cette année sera une année test pour nous. Nous avons lancé plusieurs pistes, nous verrons celle qu’il convient de suivre », explique François Liguori. Cette perpétuelle remise en question est sans aucun doute ce qui a fait la réussite du designer. Bien sûr, il lui a d’abord fallu une bonne dose de talent pour séduire, à ses débuts, un dinosaure de la vente par correspondance comme les Trois Suisse. Cependant pour gérer une entreprise, l’esprit créatif ne suffit pas. Autodidacte dans tous les domaines que ce soit la gestion, le management, la promotion, la communication ou encore, la vente, François Liguori a appris à rentabiliser son travail. « La première des priorités est de savoir maîtriser ses coûts », insiste le chef d’entreprise. Méthodique et ordonné, le créateur s’est attelé à identifier toutes les tâches pouvant être effectuées dans son atelier afin de répercuter le coût horaire de celles-ci sur son prix de vente. Fort de sa connaissance du marché, le designer a appris à créer des produits originaux, dont le temps de main d’œuvre est maîtrisé et qui correspondent aux tendances du marché. Si, pour les besoins de son entreprise, François Liguori a parfois fait des concessions sur ses envies créatives, il s’accorde cette année un petit plaisir en revenant à ses premiers amours : la conception de meubles au travers de Design pescatore.



"Le designer sort trois nouvelles marques pour s’adapter aux tendances du marché"


 
Maraîcher : un métier qui a ses propres codes de réussite


Dans la famille Bonnefond, le travail de la terre est un savoir-faire qui se transmet de père en fils. Originaires de l’agglomération lyonnaise, Bénédicte et Jean-Claude Bonnefond s’installent dans la région en 1983. « On a répondu à une annonce qui disait qu’un bout de terrain était à vendre et on s’est lancé », se souvient la responsable. Sur ses deux hectares de terres calcaires situés en contrebas du village de Vic-la-Gardiole, le couple développe une activité de maraîchage diversifié. Forts du savoir-faire hérité de la génération précédente, les jardiniers emportent un succès immédiat. « On n’a jamais eu de problèmes de vente », se satisfait Bénédicte Bonnefond qui ajoute : « Ce qu’il faut, c’est avoir un bon produit et miser sur le long terme sans vouloir faire des coups marketing ». Exit, la marchandise soldée lors des récoltes abondantes ou les légumes ramassés avant maturité pour répondre aux besoins du marché. Chez les Bonnefond, « on ne plante pas sans savoir à qui on va vendre », insiste la gérante, qui parle aussi de déontologie du maraîchage. « Il y a des choses qui se font et d’autres qui ne se font pas. Il faut avoir à l’esprit que nous faisons partie d’une profession et qu’on a tout à gagner à faire progresser la qualité globale des produits proposés au consommateur. Si on met des légumes minables sur un étal, on fait chuter le chiffre d’affaire du revendeur, le notre aussi, mais surtout, on risque de décourager le consommateur qui va se tourner vers d’autres produits, de quatrième gamme par exemple. Grâce à sa politique qualitative, l’entreprise se taille une solide réputation sur le marché. Certains clients au marché-gare de Montpellier lui sont fidèles depuis maintenant vingt-quatre ans. Toutefois, le nombre de légumes proposés à la vente a fortement diminué puisque la société familiale s’est spécialisée dans la production de salades.  « Grâce à notre spécialisation, nous avons pu investir pour mettre en place des techniques d’exploitation plus performantes et ainsi améliorer l’organisation de notre entreprise », se félicite Bénédicte Bonnefond. Aujourd’hui, l’exploitation produit de 50 à 80 000 salades par semaine. Selon la saison, les belles vertes parviennent à maturité sur deux sites différents, à Vic la Gardiole ou à Maurin. Le couple est désormais à la tête d’une exploitation de 50 hectares, qui emploie huit personnes à l’année dont cinq membres de la famille et des saisonniers. Une réussite complète que la responsable attribue à la relation de confiance qui s’est instaurée au fil des ans avec ses clients, ce qui ne l’empêche pas d’avoir parfois la nostalgie du temps passé : « Quand on voit des beaux haricots verts ou de belles tomates, on a envie de revenir au temps où nous circulions avec notre petit camion rempli de bonnes odeurs ». 



En se spécialisant, nous avons amélioré l’organisation de notre entreprise



Pour être marin pêcheur : aimer la mer passionnément


Peu avant trois heures du matin, ils s’alignent à la sortie du Canal royal, prêts pour le top départ d’une rude journée où l’amour de la mer et la soif de liberté vont rivaliser avec la dureté du métier et les éléments marins parfois déchaînés. Pierre D’Acunto, armateur et patron embarqué est de ceux-là : « Cela fait 38 ans que je vais à la mer et 25 ans que je suis patron à bord d’un chalutier. C’est un métier très difficile mais à la fois si beau. Le matin quand j’aperçois le lever du soleil sur la mer, pour moi, c’est le plus beau paysage du monde ». Chaque jour, quelles que soient les conditions climatiques, il faut préparer les filets, les placer puis ramener le poisson, le trier et enfin tout nettoyer. Pour sûr, il faut être passionné pour faire ce métier-là. Pour la plupart d’origine italienne, les marins sétois sont pêcheurs depuis plusieurs générations. Parmi les premiers habitants de la cité, ces hommes de la mer en sont aussi la carte d’identité. Leurs bateaux, chalutiers ou thoniers, ont fabriqué la renommée du cadre royal et celles des mouettes qui, suivant leur sillage quand ils reviennent au port le ventre chargé de poissons, ont fabriqué une autre image d’Epinal. Si le savoir-faire est resté le même, pour évoluer, les pêcheurs ont joué la carte de la modernité. « Autrefois nous avions des bateaux de 17 à 20 mètres. Aujourd’hui, ils mesurent tous plus de 25 mètres et sont très bien équipés. Tout est automatisé à bord », remarque l’armateur qui poursuit « Les anciens cherchaient à ramener le plus gros stock de poisson possible. Aujourd’hui, pour protéger la ressource, nous misons davantage sur la qualité. En Méditerranée, le prix de vente est assez élevé. Nous nous efforçons donc de fournir un produit de très bonne qualité ». Regroupés pour la plupart au sein de la SATHOAN, coopérative maritime qui gère la production de ses membres, les armateurs se sont entendus sur un cahier des charges contraignant qui garantit la qualité de leur production. Comment un patron pêcheur peut-il être plus performant qu’un autre ? « C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Pour nous autres pêcheurs, la mer, c’est comme notre 2e mère. On baigne dedans depuis tout petit. Au fur et à mesure, on apprend à la connaître par cœur. A force de sortir, on repère les zones de pêche qui sont riches en poissons. Avec les moyens informatiques dont on dispose aujourd’hui, on peut tracer nos itinéraires et savoir à quel endroit on a pêché quelle quantité. C’est avec l’ensemble de ces connaissances qu’on devient un bon patron pêcheur », témoigne celui qui est aussi 2e prud’homme. Cependant, l’homme reste persuadé que le facteur chance y est pour beaucoup : « Vous pouvez être le meilleur pêcheur du monde, si la chance n’est pas avec vous, vous rentrerez les filets vides ».





Un informaticien au service de la lutte contre le cancer


A 36 ans, Stéphane Chemou- ny peut, même s’il est de nature modeste, se targuer d’avoir fait avancer la recherche médicale. Inventeur d’un logiciel capable de mesurer le volume des tumeurs cancéreuses et de certains organes, le jeune sétois a d’ores et déjà contribué à sauver des vies. « Avant d’opérer un cancer du foie, il est nécessaire de connaître précisément la taille de cet organe car, pour ne pas mettre en danger la vie de la personne, on ne peut prélever qu’un certain pourcentage de celui-ci », explique le chercheur. Or, avant l’invention de Stéphane Chemouny mesurer le volume hépatique relevait presque de la gageure. « Il ne suffit pas de voir une image à l’écran pour pouvoir la mesurer », justifie-t-il. Pour réussir la prouesse de créer un logiciel capable d’identifier précisément les tissus hépatiques, il a fallu à l’informaticien plusieurs années d’expérience, une bonne dose d’intelligence et la magie d’une rencontre. Féru d’informatique depuis tout jeune, Stéphane Chemouny met à profit sa passion, après sa maîtrise à la faculté des sciences de Montpellier, en partant travailler dans la Sillicon Valley. Là-bas, il est recruté par le leader mondial de détection d’explosif dans les aéroports. Il y découvre l’analyse d’images, s’intéresse à l’informatique de haut niveau et se familiarise avec la gestion des gros projets technologiques. Mais le mal du pays lui fait regagner Sète, sa ville natale. En 1997, il intègre le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) où il rencontre le professeur Joyeux, chirurgien cancérologue spécialisé dans le cancer du foie. C’est cet éminent professionnel qui le persuade de mettre à profit ses connaissances en imagerie pour faire avancer la recherche médicale. Fort du logiciel d’imagerie volumique qu’il a inventé Stéphane Chemouny crée Intrasense. Le développement est rapide. Trois ans plus tard, le logiciel, qui a reçu l’homologation européenne, américaine et bientôt chinoise, équipe la moitié des centres hépatiques majeurs en France ainsi que les deux plus gros hôpitaux de Pékin et Shanghai. Belle réussite pour celui qui dit avoir un naturel plutôt paresseux. Avec l’application médicale, Stéphane Chemouny a trouvé la motivation qu’il lui fallait : « C’est passionnant de travailler sur le corps humain. Et savoir que l’on agit en faveur de la santé des gens est encore plus motivant ». A l’instar des autres chefs d’entreprise, le chercheur doit cependant cibler ses priorités. « C’est très difficile car tous les sujets de recherche sont intéressants et méritent qu’on y travaille mais on ne peut pas s’intéresser à tout surtout si on n’est pas financé », témoigne-t-il. Dans les mois à venir, les têtes pensantes d’Intrasense resteront donc concentrées sur le cancer du foie, les pathologies pulmonaires et bientôt du cerveau.



"Le jeune Sétois a inventé un logiciel capable de mesurer les tissus hépatiques"



Maxime Naffah toujours à la conquête de nouveaux horizons professionnels


Maxime Naffah est un aventurier de la planète travail. Originaire du Liban, “ un pays singulier ”, tient-il à souligner, l’homme a fait ses premières armes professionnelles dans une association de loisirs et de tourisme. Il s’est ensuite occupé d’événementiel avant de rejoindre sa femme sur la presqu’île sétoise dont elle est originaire. A la cité languedocienne, Maxime Naffah a retrouvé des airs de ressemblance avec son pays d’origine : le Liban. Entré à la banque Dupuy de Parseval comme chargé de clientèle, il a conquis en peu de temps sa direction qui, un an plus tard, lui a confié la direction de la nouvelle agence de Baillargues. Une fois celle-ci mise sur les rails, ce touche-à-tout a décidé de se consacrer à sa famille. Un an de congé sabbatique pour voyager à travers la planète. Au cours de son périple, il découvre l’île des Saintes située à côté de la Guadeloupe. Sur place, il se surprend à rêver devant la pancarte d’un hôtel à vendre. Coïncidence de la vie : quand il se présente au comptoir pour obtenir des informations sur la transaction, c’est un sétois qui l’accueille, qui plus est, un de ses anciens clients de la banque. « J’ai trouvé le monde tellement petit que je me suis dit que la vente ne pouvait que se faire », sourit Maxime Naffah d’un sourire qui ne le quitte plus depuis que son rêve est devenue réalité. Il aura fallu seulement trois mois à Maxime Naffah pour liquider maison, voiture, travail de son épouse et inscrire ses trois enfants à l’école des Saintes. Toujours prêt pour un nouveau défi, le professionnel ne doute pas d’atteindre cette fois encore les objectifs qu’il s’est fixés. « Ma passion, c’est réussir ce que j’entreprends. Une fois l’objectif atteint, mon leitmotiv c’est partir pour faire autre chose », confie-t-il. Fort de ses réussites précédentes, Maxime Naffah a l’aplomb nécessaire pour se lancer dans sa nouvelle aventure. « Je veux faire de notre hôtel baptisé L’Ô bleue un endroit décalé, simple et décontracté. Nous proposerons une formule bar-lounge avec une cuisine qui associera mes racines orientales avec les spécialités locales. » La clé de ses réussites successives, Maxime Naffah la trouve dans le trousseau de ses talents. « Il faut avoir le sens des relations humaines et savoir être opportuniste dans le bon sens du terme. Quand on aime discuter avec les gens, on trouve toujours des points communs », assure-t-il. Pour motiver les quatre personnes qui travailleront dans son hôtel, le gérant mise d’ores et déjà sur la reconnaissance et les possibilités d’évolution : « Il faut que les salariés se sentent concernés par ce qu’ils font ». En attendant de réussir son nouveau challenge, Maxime Naffah profite déjà de la satisfaction de voir ses trois enfants de 2, 4 et 9 ans courir après les iguanes et les crabes. Il reste à lui souhaiter bon vent pour ce nouveau défi.



« Avoir le sens des relations humaines et être opportuniste dans le bon sens du terme »


Le jouteur Bernard Betti a réalisé la performance de l’année


C’était le 27 août 2007, à Sète. Le Cadre royal était survolté par les magnifiques passes de joutes qui s’enchaînaient depuis le début de l’après-midi. Comme ancré sur la tintaine, Bernard Betti, 47 ans, faisait face à Aurélien Evangelisti, quatre fois vainqueur du tournoi des Lourds de la Saint-Louis. « Dès que les revanches ont commencé, j’ai senti que j’étais en forme et que tout se passait bien pour moi », confie le jouteur. Il ne s’était pas trompé. Au moment crucial où les barques se sont croisées, d’un coup de lance magistrale, il faisait tomber le tenant du titre.Une jolie performance pour ce jouteur de haut niveau qui n’a pourtant remporté la Saint-Louis qu’une seule fois en 1992. « Ce n’est pas un tournoi qui me réussi d’ordinaire, c’est pourquoi j’étais encore plus heureux de gagner », se réjouit le sociétaire de la Jeune Lance Sportive Mézoise. S’il n’a été consacré que deux fois vainqueur de la Saint-Louis -ce qui est déjà un beau record-, Bernard Betti a été 8 fois champion de ligue, 7 fois champion de France, 4 fois vainqueur de la Coupe de France et a remporté 8 fois le tournoi de sa société. La passion de la performance, celui qui compare volontiers les joutes au rugby la connaît bien. « Les joutes, c’est une discipline qui demande beaucoup de temps, d’investissement et de sacrifices. La saison commence mi-juin pour se terminer en septembre. Cela monopolise tous les week-ends sans compter les entraînements. Alors si on n’est pas passionné, on ne le fait pas ». Ancien joueur de rugby, adhérent de la Jeune Lance Mézoise et responsable d’exploitation pour l’environnement et la gestion des déchets au sein de la communauté de communes du Nord bassin de Thau, Bernard Betti, lui, met de la passion dans tout ce qu’il fait. « C’est mon tempérament. Avant de me lancer dans quelque chose, j’aime me donner les moyens de réussir ce que j’entreprends », observe-t-il. Pour être performant la lance et le pavois à la main, le jouteur fait bien sûr appel à ses qualités physiques (athlétisme, solidité, dynamisme…), mais aussi à son sens de la tactique : « Aux joutes, ce n’est pas comme dans les autres sports, on connaît la plupart de nos adversaires. Donc, avant de jouter, on a déjà notre petite idée en tête sur la passe à venir. Ensuite, ce qui entre en jeu, c’est la position de l’adversaire et la présentation des barques ». Dans l’univers des joutes, la Saint-Louis reste un tournoi à part. Finir vainqueur ce jour-là, c’est toujours quelque chose de magique : « On se prouve quelque chose à soi-même », commente celui qui se verrait bien plus tard transmettre son savoir aux jeunes, histoire de continuer à vivre pleinement sa passion.



« Avant de me lancer dans quelque chose, j’aime me donner les moyens de réussir ce que j’entreprends »



Florent Tarbouriech, un ostréiculteur amoureux de sa lagune


La première fois que Florent Tarbouriech met un masque pour regarder sous la lagune de Thau, il sait à peine nager. Il découvre, fasciné, les richesses de ce milieu où travaille son père, ostréiculteur. A l’age de 16 ans, c’est avec le même intérêt qu’il s’inscrit au registre maritime en tant que pêcheur de moules. De cette époque où il part seul à bord de son sapinou creuser son sillage sur la lagune, il garde le souvenir d’« un énorme sentiment de liberté ». Elevé au grand air, nourri par la lagune toute proche, éduqué par le monde des ostréiculteurs, et à 20 ans, il n’en fallait pas plus à ce passionné pour reprendre la relève de son père après le départ de celui-ci. Depuis, une vingtaine d’années se sont écoulées, que Florent Tarbouriech a mis à profit pour faire fructifier son entreprise, toujours dans le respect de l’environnement et sans jamais cesser la poursuite de la qualité. Aujourd’hui, ce Sétois pur souche est à la tête de Médithau, une société qui emploie 35 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 6,4 millions d’euros. Toujours au bord de la lagune dont son bureau surplombe l’horizon bleuté, il trie dans ses souvenirs pour savoir ce qui l’a poussé à toujours améliorer la performance de son entreprise.  D’abord, il y a eu le déclic des exigences de l’Union Européenne qui, en 1993, a imposé la mise aux normes des exploitations. A cette époque, Florent Tarbouriech investit dans un équipement sur dimensionné par rapport à la taille de son entreprise. « On me prenait pour un fou. J’avais le plus gros bâtiment alors que j’étais le plus petit producteur de la lagune », se souvient l’ostréiculteur qui se réjouit aujourd’hui de son audace. « C’est ce qui m’a permis de mettre la barre plus haut », souligne-t-il. Respectueux du milieu, passionné par son travail, curieux de toute chose, Florent Tarbouriech est allé très loin dans la recherche de la qualité. “C’est ce travail qui porte aujourd’hui ses fruits car nos clients savent qu’ils peuvent faire confiance à Médithau”, observe Sophie Pioch, responsable marketing. Aujourd’hui, l’ostréiculteur se surpasse encore en lançant une huître très haut de gamme, la spéciale Tarbouriech. « Pour être performant, il faut savoir choisir ses priorités. Pour faire progresser mon entreprise, j’aurais pu augmenter les importations de moules ou créer des structures de production ailleurs, mais j’ai choisi de m’investir dans la production d’une huître très haut de gamme sur place, dans la lagune. J’ai fait ce choix par reconnaissance pour tout ce que m’a apporté la lagune de Thau”, confie le professionnel qui espère aller encore plus loin dans le développement de ses projets et la valorisation du milieu.



"Pour être performant, il faut savoir choisir ses priorités"


Azaïs Polito doit rimer avec qualité


Voilà quarante-quatre ans que l’entreprise Azaïs Polito spécialisée dans la conser verie artisanale des spécialités sétoises est présente sur le marché. La petite conserverie familiale est née dans les années soixante de la rencontre entre la famille Azaïs, dont l’aïeul était l’un des plus gros mareyeur de Méditerranée, et la famille Polito, fabricants de pâtes. Aujourd’hui, Jean-Claude Polito est à la tête de cette société dont le savoir-faire artisanal est resté inchangé mais dont la distribution a connu un essor considérable. Précurseur sur le marché porteur des spécialités sétoises, la société a vu croître sa production d’année en année. Du petit entrepôt de 40 m2 situé dans le quartier de la Perrière à Sète qui abritait trois employés, l’entreprise est passée, en 1992, à 2?000m2 de locaux dans le parc aquatechnique de Sète, où elle emploie 25 personnes. Cependant, les recettes sont restées inchangées et les aliments sont toujours fabriqués sans colorants, ni conservateurs, ni épaississants. « Notre parti pris est de miser sur la qualité », témoigne Véronique Britto, directrice commerciale. Forte d’un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros, la société a toujours un fort potentiel de développement puisque son secteur de distribution ne s’étend pour l’instant que sur le Grand Sud. Toutefois, la volonté de son dirigeant, pdg de la société depuis 1963 est de ne pas se disperser et de continuer à travailler dans “ le respect du produit ”, ce qui a fait le succès de la marque jusqu’à aujourd’hui. « Georges Azaïs, le fondateur de l’entreprise et oncle de Jean-Claude Polito, était un visionnaire. Il a été le premier à installer des frigos sur le port de Sète avec ses fonds personnels. Les surplus de pêche ont ainsi été mis à l’abri et l’activité pêche est devenue plus rentable. Avec le même esprit d’entreprendre, Azaïs Polito a été la première à mettre en boîte la soupe de poissons de roche à la sétoise, puis la rouille et enfin les moules et encornets farcis. À l’époque on nous prenait pour des fous », se souvient Jean-Claude Polito. Aujourd’hui, la société distribue plus de 40 produits, tous issus de recettes inspirées par la mer toute proche, des spécialités sétoises certes mais aussi provençales. Pour assurer la pérennité de sa production, Azaïs Polito a fait le choix de ne pas transiger sur la qualité et a su s’entourer de collaborateurs de confiance : « Chaque fois qu’on le peut, on travaille avec de la matière première régionale, que ce soit pour le poisson qui vient de la criée de Sète ou encore la farce qui vient de Lacaune… », témoigne la directrice commerciale. Et d’ajouter « Azaïs Polito est une société dirigée de façon patriarcale. Nos dirigeants sont proches des hommes et des produits. Nous sommes vigilants à ne pas trop grossir d’un coup et à maîtriser nos réseaux de distribution ». 



"Ne pas trop grossir d’un coup et savoir maîtriser ses réseaux de distribution"