ENTRETIENS GAGNANTS N° 1 - Edition Sète

André Vezinhet : « garantir l’équité sur le territoire »


Pour Entretiens gagnants, le président du Conseil général de l’Hérault évoque ses perspectives quant à l’économie locale.

En quoi le Conseil général soutient-il le développement économique de l’Hérault ? André Vezinhet : « nous sommes très soucieux de l’équilibre entre les territoires. Il n’y a aucun jugement péjoratif à dire qu’au cours de ces cinquante à soixante-dix dernières années, l’Est Hérault s’est beaucoup plus développé que l’Ouest. Et ce pour une raison simple : quand Béziers faisait le choix du développement de la monoculture viti-vinicole, Montpellier s’orientait autour du gisement de matière grise (université, centres de recherche, puis, par la suite, capitale régionale). Dynamisme et effet de mode se sont concentrés à l’Est. Un hyperdéveloppement qui a entraîné un hyperdéséquilibre… Or, mon rôle est de préserver l’équilibre dans le Département. Je suis le gardien du temple territorial ».


Le développement économique n’est pas une compétence obligatoire pour les Départements. Pourquoi l’avoir choisie ?
A.V. : « certes, ce n’est pas inscrit dans nos compétences, mais ça s’appelle une volonté politique ! Le Département s’est doté de cette capacité à inventer et promouvoir le développement économique. C’est, à mon sens, un corollaire indispensable de la création d’emplois… Tous les critères sociaux sont au rouge ! Le Conseil général de l’Hérault, qui dispose du premier budget de toute la région (autour de 1,2 milliards d’euros en 2008), se doit de chercher des espaces de liberté pour dégager des possibilités de concourir à l’économie ».


Quels sont donc ces espaces ?
A.V. : « la requalification et l’extension des parcs d’activité est une exigence. Nous avons, à cet effet, mis au point un schéma départemental. Nous favorisons également la mise en place de pépinières d’entreprises. C’est une logique de “ nursering ”, d’accompagnement de la jeune entreprise… De 2004 à 2007, nous avons tout de même versé 9,6 M€ à la seule Communauté d’agglomération du Bassin de Thau. Des aides qui ont notamment permis le développement et la réhabilitation de parcs d’activités économiques (le parc aqua-technique, Horizon Sud, ou celui de Balaruc-les-Bains…) ».

Après le Domaine d’O à Montpellier, vous avez créé Sortie Ouest à Béziers. Et Sète, dans tout ça ?!
A.V. : « j’ai une petite idée, mais je ne peux pas la dévoiler aujourd’hui… Sète est un lieu de très riches valeurs culturelles, où le Conseil général se situe davantage dans l’accompagnement : nous supportons des manifestations chaque été. Sète, c’est un bouillonnement culturel, à la fois théâtral et musical. Le Conseil général s’implique dans ce domaine. Par le biais de l’agence culturelle Cités Maritimes, du soutien à la scène nationale ou au festival de l’Etang de Thau… Sans oublier les subventions versées à des projets locaux ».

Pourquoi soutenir le développement culturel ?
A.V. : « si vous voulez un lieu qui respire, qui vive pleinement son appartenance à un territoire, vous devez offrir des produits d’ordre culturel. Consommer du plaisir, je veux que ce soit possible sur la totalité de mon territoire. Faire naître le rêve, c’est un des éléments que ne doit jamais perdre de vue le décideur politique ! C’est dans ce créneau que le Conseil général se situe. Que Montpellier soit la boîte à désirs de l’Hérault, j’en suis heureux, mais je suis en charge du Département… Encore une fois, je dois garantir l’équité sur le territoire ».


Entre toutes ces collectivités qui s’occupent de développement économique, n’avez-vous pas le sentiment de vous marcher dessus ?
A.V. : « j’admets parfaitement le leadership du Conseil régional en la matière. Nous sommes là pour “ compléter le magot ”… La Région joue par exemple bien son rôle pour le développement de grandes zones économiques. Le Conseil général, lui, se situe à un autre niveau : dans l’équilibre du territoire départemental. Nos parcs n’ont rien à voir avec les grandes zones de la Région. Il s’agit d’accueillir davantage de PME, d’investisseurs un peu moins puissants… Nous allons privilégier le concept “ écoparcs ” : nous en avons prévu trois. Un dans le centre (à Gignac), un à l’Ouest (à Bayssan) et enfin un à l’Est (à Saint-Aunès). Mais il faut aussi avoir l’intelligence de rassembler nos forces… ». De nouveaux découpages intercommunaux sont envisagés ça et là.


Qu’en pensez-vous ?
A.V. : « depuis longtemps, j’ai affiché mon désaccord sur l’agglomération Agde / Pézenas - ces Agglos, appelez-les par leurs vrais noms ! - Cette bulle n’a pas de signification. Je me souviens de ce jour où la querelle entre Agde et Pézenas a été telle qu’elles se sont battues pour obtenir la sortie de l’A9… Résultat ? Le péage est entre les deux villes et ne convient à personne ! J’avais pour mon département une autre vision du territoire : Agde devait s’arrimer à Béziers et Pézenas au cœur d’Hérault. Mais Francis Idrac, le préfet d’alors, s’est mis aux ordres de Jacques Blanc et en a décidé autrement. Aujourd’hui, Pézenas souffre beaucoup et a dépéri sur tous les plans. Il aurait fallu trois grandes intercommunalités dans l’Hérault. Mais ces agglos (qui, j’en conviens, touchent des dividendes qui les intéressent) sont là et je travaille avec. Je n’abandonne pas les populations à leur triste sort, je ne veux pas être couvert de honte ».


Qu’entendez-vous par travailler avec ?
A.V. : « dans les contrats d’agglomération, l’Ouest Hérault est particulièrement avantagé. Ceux à qui je donne l’argent n’en parlent pas, donc je m’en charge ! Cette année, j’accorde 2,5 M € à Béziers, 2,7 M € à Sète (une somme exceptionnelle, parce qu’elle inclut l’aménagement du Lido) et 1,6 M € à Agde-Pézenas. Soit 7 M € qui, chaque année, tombent dans l’escarcelle de trois agglomérations et qui contribuent à leurs aménagements. C’est une manne pour l’investissement ! »


A vous entendre, vous êtes un partenaire indispensable…
A.V. : « le Département est, de loin, la collectivité qui aide le plus les communes. J’ai la farouche volonté de soutenir chacune d’entre elles, même les plus petites. Ma fierté, c’est de maintenir et développer l’espace rural dans de bonnes conditions. Mais nous sommes très présents dans le milieu urbain aussi. Le Conseil général est un puissant intervenant sur la ville, mais les gens ne s’en rendent pas forcément compte… Qui sait, à Sète, que le Département a financé 60 % de l’aménagement de route de la Corniche ? Nous avons tout de même consacré près de 5 M € au boulevard Joliot-Curie et à la promenade du Maréchal Leclerc ! ».


La fameuse communauté urbaine de Montpellier, peut-elle aller d’Alès à Sète?
A.V. : « et pourquoi pas de Franckfort à Saragosse ! Il faudrait déjà unir les forces en présence autour de Sète : pour être plus forts face aux autres… Aujourd’hui, j’ai l’impression que ce qui domine, c’est l’envie de faire de grandes choses. Mais on en oublie l’essentiel : qu’est-ce qu’apportent ces structures et, surtout, qu’est-ce qu’elles détruisent ? Le Département veillera à ce que l’expansion de Montpellier ne soit pas attentatoire au cœur d’Hérault… »


Cette communauté urbaine, qui couvrirait une bonne partie de l’Hérault, n’empiéterait-elle pas sur vos plates-bandes ? Certains avancent que le Département n’aurait plus sa raison d’être…
A.V. : « ceux qui disent cela ne connaissent pas le fonctionnement et les compétences des institutions. Bien sûr, s’il y a des réunifications, le Conseil général changera sa pratique, mais cette communauté urbaine ne serait pas attentatoire à nos compétences premières (solidarité, éducation - au travers des collèges -, sports, culture), auxquelles nous avons greffé des choix économiques. Les grosses machines ? Pourquoi pas, mais pas n’importe comment ». Vous intervenez aussi sur la route du Lido. Quels sont, pour vous, les enjeux de cet aménagement ? A.V. : « ce qui m’importe, c’est avant tout la préservation du cordon littoral. C’est un acte d’aménagement protecteur et visionnaire. Cela induira également la fin d’une pratique déplorable de cabanisation. Le Conseil général apporte une forte participation, à hauteur de 15 % ».


Vous n’avez pas récupéré le port de Sète.
Le regrettez-vous ? A.V. : « j’ai investi un argent fou sur l’Etang et sur le port de Sète… Je n’ai pas été retenu, bon vent à la Région ! Nous allons nous concentrer sur notre vocation : celle de développer les sept ports départementaux, répartis le long du littoral et sur l’étang de Thau. Le Conseil général s’est d’ailleurs engagé, pour un million d’euros, dans une importante opération de requalification environnementale des ports sur la lagune (Marseillan-Tabarka, Bouzigues et Mèze) ».


Quel regard portez-vous sur le développement de votre territoire ?
A.V. : « nous sommes dans un phénomène de type californien. Je ne dis pas que demain, le Languedoc-Roussillon sera l’équivalent de l’Etat le plus puissant du Monde, mais nous avons une chance inouïe. Regardez la façade méditerranéenne : la côte d’Azur et les Bouches-du-Rhône sont saturées ! Seul l’Hérault offre des perspectives d’accueil. Il faut équiper ce territoire en haut débit, réfléchir au remembrement de la vigne… Le Languedoc est un territoire en devenir. Faisons en sorte que cela ne devienne pas un foutoir ».


Propos recueillis par Guillaume Laurens