ENTRETIENS GAGNANTS N° 1 - Edition Carcassonne

Décryptage Clef du succès


Solidarité, humilité, respect de l’autre, dépassement de soi… Tant de valeurs véhiculées par le rugby que nombre de dirigeants aspirent à transformer dans leurs sociétés : gageant qu’en appliquant ces principes fédérateurs, leurs entreprises seraient parées pour affronter l’adversaire. Aimer le maillot, développer le sens du partage, s’appuyer sur un groupe soudé, ne jamais rien lâcher, savoir rebondir… Au rugby, comme en entreprise, on cherche à mettre en valeur les talents individuels, au profit d’un ensemble. Pour parvenir à la performance, seul, on ne peut rien. Du coup, on mise sur le collectif. « Dans une équipe de rugby, il n’y a pas de passagers, il n’y a qu’un équipage ! ». Dixit Pierre Villepreux, ex-entraîneur des Bleus. A l’instar d’une troisième mi-temps entre collaborateurs, qui serait un vecteur inégalable de consolidation du lien social, nos entreprises auraient tout à gagner à cultiver l’esprit rugby. Alors, rugby et entreprise, même combat ?

Entreprendre : de la passion à la performance Solidarité, humilité, respect de l’autre, dépassement de soi… Tant de valeurs véhiculées par le rugby que nombre de dirigeants aspirent à transformer dans leurs sociétés : gageant qu’en appliquant ces principes fédérateurs, leurs entreprises seraient parées pour affronter l’adversaire. Aimer le maillot, développer le sens du partage, s’appuyer sur un groupe soudé, ne jamais rien lâcher, savoir rebondir… Au rugby, comme en entreprise, on cherche à mettre en valeur les talents individuels, au profit d’un ensemble. Pour parvenir à la performance, seul, on ne peut rien. Du coup, on mise sur le collectif. « Dans une équipe de rugby, il n’y a pas de passagers, il n’y a qu’un équipage ! ». Dixit Pierre Villepreux, ex-entraîneur des Bleus. A l’instar d’une troisième mi-temps entre collaborateurs, qui serait un vecteur inégalable de consolidation du lien social, nos entreprises auraient tout à gagner à cultiver l’esprit rugby. Alors, rugby et entreprise, même combat ?

Jo Maso : « les vestiaires ont tous la même odeur »


Brillant centre du XV de France dans les années 70, Jo Maso a marqué les esprits des amoureux de l’ovalie. Né fin 1944, cet enfant de Perpignan a contribué à forger les heures de gloire du Racing narbonnais. Pourtant formé au jeu à XIII, il avait même, en 1968, été catalogué par les Néo-zélandais comme “ le meilleur attaquant du monde ” ! Vingt-cinq sélections en bleu et quatre essais au compteur, Jo Maso a, depuis belle lurette, raccroché les crampons. Et il a su emboîter le pas, réussir sa reconversion. Dix-huit ans directeur régional chez Adidas, il a, par la suite, intégré le staff de l’équipe de France, avant d’en devenir le manager général, en 1995. Cet été, avant même l’événement que l’on sait, il a été reconduit pour un nouveau mandat de quatre ans. Avec passion et détermination, il évoque son impérissable quête de la performance.


Entretiens gagnants : les sportifs, comme les dirigeants d’entreprise, sont tous à la recherche de la performance ultime. Quel est le secret d’une réussite garantie ?
Jo Maso : « la passion doit être à la base de l’action. Si on se lève le matin sans être enthousiasmé par la journée qui s’annonce, il faut changer de métier !Donner du sens à sa vie, c’est aimer ce qu’on fait. C’est un peu le message que je fais passer aux joueurs… Cela passe par une autocritique permanente : en se demandant pourquoi nous sommes là, où est-ce que nous voulons aller... Nous devons rester en phase avec les objectifs que le groupe s’est fixé et qu’individuellement nous nous sommes définis. Car c’est le travail individuel de chacun, quand il est mis au service de l’ensemble, qui fait un collectif de qualité. Servir l’entreprise avant que l’entreprise nous serve : c’est aussi la base des sports collectifs… Finalement, le rugby et l’entreprise, c’est la même configuration. Chacun trouve sa raison d’exister dans le travail. Tous les matins, quand il ouvre les yeux, un joueur professionnel doit se dire qu’il lui faut être le meilleur. Il doit connaître ses points forts et ses faiblesses, mais aussi ceux de ses adversaires, et travailler en ce sens. C’est ce qui permet d’être plus offensif… »


Comment le brillant joueur de rugby s’est-il transformé en manager national ?
J.M. : « la fonction fait l’homme ! Si vous êtes intéressé parce ce que vous faites, vous cherchez à améliorer vos atouts pour être sans faille et incontournable. Même si, soit dit en passant, vous n’y arrivez jamais vraiment… L’intégration du staff de l’équipe de France est venue naturellement. Quand j’ai été élu au Comité directeur de la Fédération, je n’étais que manager adjoint. Puis, un jour, le président m’a demandé de prendre en charge la direction du groupe… Dès lors, j’ai appliqué à l’équipe de France mon organisation de l’entreprise. J’estime avoir aidé à sa professionnalisation. D’un staff de cinq personnes, nous sommes passés à quatorze… Je sais que j’ai des choses à améliorer dans l’écoute du staff et des joueurs.Je devrais aussi faire preuve d’une plus grande anticipation pour les compétitions à venir, tout en sachant écouter les remontées du terrain. C’est en ce sens que j’avais nommé des leaders dans le groupe (les cinq joueurs les plus “ matures ”, auxquels se greffaient trois autres joueurs à chaque rencontre). Avant la Coupe du Monde, je les réunissais avec le staff chaque lundi. Ils étaient chargés de faire remonter les messages des autres. Un peu comme je le faisais quand j’étais directeur régional chez Adidas… ». Finalement, votre passion initiale vous a amené à exercer un tout autre métier…


Vous l’aviez projeté ?
J.M. : « pas du tout ! J’ai d’abord été commercial… Ce poste qu’on m’a offert dans l’Equipe de France, c’est peut-être la reconnaissance d’un travail bien fait, d’une capacité à mener les hommes… Dans la vie, l’ascenseur social passe à travers les opportunités que vous avez ! Aujourd’hui, je me sens redevable de mon sport, car c’est lui qui m’a amené là où je suis ».


Quel est votre rôle dans l’équipe de France ? Entre les joueurs, l’encadrement et la Fédération…
J.M. : « je suis élu de la fédération, président de la commission de sélection et manager général de l’équipe de France. Je suis chargé de choisir, avec le président, les sélectionneurs et de les nommer. Ainsi, nous avons désigné, après la Coupe du Monde, Marc Lièvremont pour succéder à Bernard Laporte… Définir les priorités, anticiper, guider, animer, soutenir, évaluer, décider… Le manager fixe les objectifs (le nôtre était d’être champions du monde, par exemple) et met en place les plans d’actions avec les diverses parties. Pour nous, une des grandes façons de fonctionner ensemble, c’est d’anticiper la compétition. Ainsi, nous veillons à respecter le triptyque du sportif : préparation, compétition et récupération. Je suis également chargé des relations avec le syndicat des joueurs : pour fixer leurs primes, savoir quand les solliciter… L’équipe de France joue onze matchs officiels par an, mais c’est un boulot à plein temps ! ».


Comment l’équipe de France s’est-elle articulée autour de cette passion partagée du rugby ?
J.M. : « en étant structurée comme une entreprise. Avec le manager adjoint, nous tâchons d’anticiper les matchs, la logistique, les voyages, l’hôtellerie, la restauration… Il a fallu s’entourer de gens dont c’est le métier pour nous emmener à ce niveau de participation. Le rugby est un sport différent de tous les autres : c’est un sport de combat, où tout seul, on n’existe pas. Par contre, ensemble… Sur un terrain de rugby, comme en entreprise, il faut être prêt à relever le challenge collectivement. A la différence que le sport n’est pas une science exacte : on ne maîtrise pas les rebonds du ballon... Une certaine chance entre en jeu, si tant est qu’on ne puisse pas la provoquer ! Avoir l’esprit de conquête, c’est aussi une notion d’entreprise. Mais il faut se placer au-delà de tout cela. En se posant les questions fondamentales : qu’est ce qui nous manquait par rapport aux All Blacks qui étaient les meilleurs avant la Coupe du Monde ? Il faut travailler nos faiblesses ».


Comment vous organisez-vous avec les instances nationales et internationales du rugby ?
J.M. : « c’est l’association I.R.B. (International Rugby Board), dont le siège est en Irlande, qui définit les pays dans lesquels le rugby peut se pratiquer sous son égide. Elle délègue à chaque Ligue la partie professionnelle du rugby. Quant à la Fédération, c’est elle qui supervise directement le rugby national : le secteur amateur, ainsi que l’équipe de France. Pour la sélection nationale, ce sont les clubs professionnels qui mettent les joueurs à disposition de l’équipe de France, mais parfois les calendriers s’entrechoquent... Il faut les organiser sur 47 semaines, car les joueurs ont droit, comme tous salariés, à leurs cinq semaines de congés. Croyez-moi, ce n’est pas simple ! »


Comment ce sport jadis perçu comme terroir est-il devenu un sport de professionnels ?
J.M. : « les télévisions, qui sont parties prenantes du sport, ont voulu, à un moment donné, prendre le rugby en otage, en médiatisant les joueurs et en minimisant la fédération...L’I.R.B. a réagi et décidé de passer professionnelle, c’était en 1995. En France, on compte aujourd’hui 250 000 licenciés et 900 joueurs professionnels. Trente clubs sont donc gérés par la Ligue, qui dépend de la Fédération, elle-même placée sous la tutelle du Ministère des Sports ».


Ce sont d’importants changements. La convivialité souvent accolée au rugby ne s’en ressent-elle pas ?
J.M. : « au rugby, seul, on n’existe pas. C’est la grande force de notre sport. Cela permet de ne pas être mis à l’index par ses copains… Si un individu ne s’implique pas, c’est tout le groupe qui s’en ressent. Et puis, le rugby reste un sport particulier : nous sortons d’un milieu rural où les valeurs sont bien en place. Nous revendiquons nos différences par la défense de ces notions : le respect, la tolérance, la valeur de l’équipe. Les gardiens du temple que nous sommes font tout pour y veiller ! »


Seriez-vous en mesure d’occuper de telles fonctions managériales sans l’amour de ce sport ?
J.M. : « non ! Ce serait impossible. Quand vous ne comptez pas votre temps et que vous faites abstraction de certaines contraintes, pour tenir le coup, il faut avoir une compagne et des enfants qui comprennent cette situation… C’est une façon de vivre qu’il faut accepter, mais c’est surtout une passion qu’il faut avoir ancrée. Après avoir joué huit ans en équipe de France, c’est viscéral ! Je sais bien que je suis privilégié d’exercer un métier qui est aussi ma passion… ».


Jo Maso pourrait-il être plus heureux qu’en superviseur des Bleus ?
J.M. : « non plus ! Nous vivons un privilège. Nous venons d’être les acteurs d’un événement exceptionnel. Pour quelqu’un qui aime son sport, c’est unique. Cette Coupe du Monde, j’en tirerai sans doute les plus beaux souvenirs de ma vie… Depuis 1995, nous avions gagné quatre grands chelems et six tournois, participé à une finale ainsi qu’à une demi-finale de Coupe du Monde. Cette fois, nous avons tout mis mis en oeuvre pour la gagner. Manière de concrétiser la grande chance que nous avons eu de la jouer en France. Représenter 65 millions de personnes, cela ne se galvaude pas. Nous nous en sommes donné les moyens… C’est le même cas de figure en entreprise : au travail, nous sommes intégrés à la société. Il n’y a rien de plus terrible que de ne pas être intégré au tissu social : le boulot génère du respect, vis-à-vis de soi-même, mais aussi des autres. Après, quoi qu’il arrive, il faut appréhender positivement son travail. Dans une société comme la nôtre, ce n’est pas évident».


A vous écouter, la passion peut donc mener à la performance…
J.M. : « bien sûr, mais cela implique autocritique et autodétermination. La passion mène à la performance, mais la passion démesurée mène à la bêtise : se doper, par exemple, c’est tricher ! L’essentiel, c’est de savoir se remettre en question, sans vivre sur ses lauriers… Souvent, je m’interroge : “ Jo, es-tu dans le respect de l’autre ? ” Ce travail enrichit, physiquement et mentalement. La vie est un équilibre perpétuel à bien maîtriser, en sachant aussi pren- dre du bon temps ! » Regrettez-vous la belle époque du Racing, à Narbonne ? J.M. : « c’était les plus belles années de ma vie sportive, celles de ma jeunesse ! Quand je revois mes copains, j’éprouve un plaisir immense. Car c’est dans l’action qu’il y a des émotions : là, je n’y suis pas... Une fois que les joueurs entrent sur le terrain, nous ne sommes plus rien. On souffre plus qu’on jubile. Si j’étais dans le cinéma, j’aimerais être acteur, pas metteur en scène. Un poste de manager, n’importe qui peut le tenir, pour peu qu’il soit organisé… Et puis, le rugbyman est confronté à la “ petite mort ” à la fin de sa carrière. Il faut être joueur, même amateur, pour le comprendre ! Les vestiaires de Saint-Laurent-de-la-Salanque ou ceux de Twikenham ont d’ailleurs la même odeur ».


Propos recueillis par Guillaume Laurens

Joëlle Miron : une authentique passionnée

Courageuse, persévérante et têtue. Joëlle Miron n’aban donne jamais. Sa passion, sa culture, son mode de vie, la viticultrice compte bien les préserver. Les défendre en vers et contre tous. Cette mère de famille de 45 ans gère, seule, son exploitation à Serviès-en-Val, dans les Corbières. Elle tente, jours après jours, de faire face aux difficultés. En proposant un vin de qualité : le domaine du Val de Diane. Si cette vigneronne collabore avec un œnologue, elle sait ce qu’elle veut. Et quels moyens mettre en oeuvre pour obtenir les rouges et rosés qu’elle désire. « Je n’utilise pas de pharmacopée. Je ne veux pas changer la nature de mon vin avec je ne sais quels produits ». Voilà l’une des marques de fabrique du Val de Diane : l’authenticité. Quand des amateurs sonnent à sa porte pour déguster, c’est dans sa salle à manger que Joëlle Miron les reçoit. « Je viens d’ouvrir un cellier à Lagrasse, mais je n’ai pas de caveau au domaine. J’organise donc les dégustations à la maison. J’y accueille des particuliers et des groupes ». Joëlle Miron aime partager son savoir-faire, adore le contact avec le public. Une fois par semaine, elle se rend à la cité de Carcassonne et propose son vin. Elle fréquente également le marché de Colomiers. A Serviès, en plus du vin, elle produit des jus de fruits, du vinaigre et gère un comptoir agricole. Elle n’arrête décidément pas une seconde. « Je n’ai pas de montre, je ne regarde jamais l’heure ». Ses heures justement, Joëlle Miron ne les compte pas. Depuis plus de 25 ans, elle s’investit totalement dans son exploitation. C’est en 1980, alors âgée de 18 ans, qu’elle prend sa décision. Sa vie, elle la passera dans la vigne. Sa vigne. Elle s’installe, en 1984, en fermage sur 10 hectares. « La terre appartenait à mon père ». En 1990, elle monte avec son époux, une EARL (exploitation agricole à revenu limité). Le couple y croit et se bat malgré les contraintes. « On a construit un hangar, une cave. On vendait correctement au négoce. Malheureusement, après 1995, les prix se sont effondrés ». Résultat, le mari de Joëlle se voit contraint d’abandonner la vigne et de trouver un emploi pour faire vivre sa famille. La viticultrice choisit, elle, de poursuivre l’aventure. « Aujourd’hui, je travaille sur 17 hectares et produit 60 hectolitres par hectares. Ce n’est pas facile tous les jours. Si on n’a pas la flamme, la passion, on arrête, c’est sûr ». Sa volonté, son abnégation, Joëlle les tient certainement de sa grand-mère maternelle qui s’est occupé de sa vigne, seule, elle aussi en son temps. Dans la famille, la viticulture c’est dans les gênes.


« Si on n’a pas la flamme, on arrête, c’est sûr »

Minoterie Maury Moulin du Vivier : entre tradition et création

Dans l’Aude, la Minoterie Maury Moulin du Vivier est une institution. Voilà des années que cette société, installée entre Saint-Martin Lalande et Castelnaudary, produit de la farine à destination des artisans boulangers de la région. « Nous rayonnons de Montauban à Collioure en passant par Montpellier et Toulouse », souligne Bernard Maury. Lui et son épouse, Sylvie, sont à la tête d’une entreprise de 18 salariés. « C’est un travail de tous les instants. D’autant que nous devons faire face à une concurrence féroce ». Certes, mais les Maury ont la foi. Leurs maîtres mots : création et tradition. « Nous sommes modernes dans l’approche du travail mais nous restons attachés à l’essence du métier ». En clair, la qualité reste leur marque de fabrique. Une bonne dose de savoir-faire et d’écoute, une pincée d’expérience, et une grande force de travail : telle est la recette des Maury. « Nous attachons beaucoup d’importance au relationnel. Nous sommes à l’écoute de nos clients boulangers, attentifs à leurs remarques ». Le chef d’entreprise a trente ans d’expérience, il connaît « les gens », possède un réseau. Face aux grands groupes, Sylvie et Bernard Maury mêlent l’humanité et la qualité. Evidemment. « Nous sommes les seuls encore en activité sur le Canal du Midi. Les vieilles machines à cylindres ainsi que la vielle meule de pierre permettent de fabriquer des farines pures qui répondent aux attentes des consommateurs soucieux de leur santé ». La flamme qui les anime, permet aux Maury d’avancer en permanence. Ce métier est une réelle passion qui entraîne ce couple à continuer à étendre leur gamme pour être toujours au plus près de la demande. « Se remettre en question, c’est, justement, une question de survie, pour nous ». Cette société propose de la farine pâtissière, de gruau, mie crème, pure ou de campagne... Sans oublier la gamme des farines prêtes à l’emploi : 6 céréales, 14 céréales, pain de seigle, montagnard, ciabatta, pain au lin... « Désormais les gens veulent zapper, découvrir d’autres choses. Nous répondons donc à leurs attentes, tout en créant, nous aussi, une demande en proposant de nouveaux produits ». C’est parce qu’ils aiment leur métier que la qualité est primordiale « Pour le blé, nous travaillons avec des producteurs de Midi-Pyrénées, du Tarn-et-Garonne, de la Haute-Garonne, du Gers et de l’Aude. Nous faisons très attention à l’origine et à la qualité de nos blés ». Une attitude qui fait certainement la différence.


« Nous attachons beaucoup d’importance au relationnel. »

Thierry Pelletier, plume à gratter

Sa signature dans « Libé », un livre édité, une critique enthousiaste : le fantasme de tout écrivain. Thierry Pelletier, lui, y pensait. Sans trop y croire. Pas assez prolifique, dépourvu du sens de l’organisation, ce Franco-Suisse, aujourd’hui, exilé à Rieux-en-Val, osait, en fait, à peine en rêver. Il confie : « Je mets l’écrivain sur un pied d’estal. Je l’idéalise. Alors forcément, je ne me voyais pas faire partie du club ». C’est finalement en 2006, qu’il se décide à sauter le pas. Ce bouquin, il va le “ torcher ”. Et rapidement. Le sujet est tout trouvé. Thierry Pelletier va coucher noir sur blanc, ce qu’il a vu, vécu, dans les centres d’accueil pour sans-abri ou toxicomanes. « La Petite Maison Dans La Zermi » sortira, début 2007, chez Libertalia. Cet O.V.N.I. transpire la sincérité. L’auteur tire le portrait d’une dizaine de S.D.F.. Sud-Ouest, Le Monde des Livres ou encore Libération adorent. A 42 ans, Thierry Pelletier décroche la timbale. Le quotidien Libération lui propose une chronique régulière pendant le Tour de France. Son écriture dépouillée, ramassée séduit véritablement. Son style ne laisse personne indifférent. Ce succès critique touche l’artiste. Mais il avoue : « Commercialement, on ne peut pas parler de gros succès. Ça reste confidentiel ». Son but : vivre de sa plume : « L’idéal serait de subvenir aux besoins de ma famille en écrivant». En attendant, l’homme a conscience d’avoir parcouru un bon bout de chemin. Son itinéraire atypique impressionne. Forcément. Né à Saint-Maur en 1965, il obtient son bac L en 1983. Jusqu’en 1992, il écumera les scènes, avec son groupe de rock, les Moonshiners. Il rencontrera Manu Chao, les Wampas… « En 1998, je deviens éducateur dans un foyer pour toxicos. En 2003, licenciement économique. C’est à cette période que je décide de venir à Rieux avec femme et enfant. Un an après, j’occupe le poste de veilleur de nuit dans un foyer pour S.D.F.». De cette dernière expérience, il tirera “ La Petite Maison Dans La Zermi ”. « Un ouvrage dans lequel je constate les failles d’un système, sans en démonter les rouages. Je décris simplement des hommes broyés par ce système ». Une réussite. Assurément.


Tailleur de pierre, artiste dans l’âme

Talentueux, patient et méticuleux. Dans la région, Jean-François Monnin jouit d’une excellente réputation. Son savoir-faire impressionne, son travail étonne. Personne n’hésite à faire appel à ce sculpteur, tailleur de pierre. Passionné par l’art depuis toujours, il possède un atelier à Pezens. Installé dans la commune depuis 1983, l’artisan a œuvré pour les Monuments Historiques. Il restaure d’anciennes pièces inestimables, réalise des statuts, des gravures, des décorations de maison, des colonnes, des voûtes, travaille le granit… Bref, l’artiste sait tout faire. Doué de ses dix doigts depuis sa plus tendre enfance, l’homme a toujours pris beaucoup de plaisir à exercer sa profession. « J’ai réalisé ma première sculpture de pierre à l’âge de huit ans. Je suis fils d’agriculture, j’aidais mon père sur l’exploitation. J’ai toujours été un manuel. Et j’étais très attiré par la poterie ». A ses débuts, Jean-François Monnin s’installe comme artiste. Puis en 1981, il choisit le statut d’artisan. Aujourd’hui, âgé de 55 ans, il poursuit sa carrière avec le sourire. Enfin presque… « Je me suis éclaté dans mon métier. Mais maintenant, je freine un peu. Mon atelier n’est plus conforme, donc je ne peux plus accueillir de stagiaires. Avec toutes les nouvelles technologies, les machines, c’est devenu la course à l’échalote. Et je ne veux pas y prendre part ». Certes, mais lui va là où les machines ne vont pas. Et sa précision n’a pas de prix. L’hiver dernier, il l’a passé au château de Payra-sur-L’Hers. Là-bas, il a restauré une cheminée du XIVe siècle. A son actif : la réalisation d’une mosaïque de marbres au musée de Bram, une stèle commémorative au 3e R.P.I.M.A., une statue de l’abbé Félix Armand à Quillan, plusieurs chantiers Toques et Clochers… « Je travaille aussi pour les particuliers. Je réalise des encadrements de fenêtre, des cheminées. C’est assez éclectique et enrichissant ». C’est qu’il faut un certain bagage pour travailler dans cette branche. Autant physique qu’intellectuel. Jean-François Monnin est abonné à “ L’encyclopédie des Métiers depuis des années ”. « Lorsqu’on restaure des monuments datant de la Renaissance, il faut savoir où on va ». Lui, le sait. Aucun doute à ce sujet.


Un artiste à la main verte

Christophe Lafargue a réalisé son rêve. Aujourd’hui, sa structure, les Jardins d’Autan, située aux Martys, conçoit et crée des jardins. Mais attention, pas n’importe lesquels. Lui, fabrique de vrais petits coins de paradis. Enfin petit… Pas vraiment. Il construit en fait des espaces verts de 100, 200, voire 500 m2. « Je suis un entrepreneur paysagiste. Je dessine et réalise des jardins clefs en main. Je propose par exemple des allées en pavés de granit rose, des copeaux de bois colorés, du sable de marbre, d’anciennes variétés d’arbres fruitiers très résistantes, celle que plantaient nos grands-parents. Je travaille aussi la pierre, et évite le préfabriqué ». Cet homme est un artiste. Un créateur porté par sa passion. « Je développe la matière grise plus qu’autre chose, même si mon métier est très physique ». Il faut dire qu’il ne manque pas d’idées. Il parcourt les salons professionnels, en France, en Belgique, au Luxembourg, toujours à la recherche de nouveaux dispositifs originaux. Voilà trois ans qu’il a créé son entreprise. Et on peut dire qu’il récolte maintenant les fruits de ses efforts. Son sérieux, son talent sont récompensés. « C’est vrai, ça marche bien. Le bouche à oreille fonctionne. Je réalise de nombreux espaces verts pour les particuliers. Ma situation géographique fait que je peux rayonner sur l’ensemble des départements de l’Aude et du Tarn. Et je bosse seul, car je veux conserver cet esprit artisanal, et surtout assurer une qualité constante aux clients ». Travailler dans la filière “ verte ” : un rêve de gosse pour Christophe Lafargue. « J’ai toujours été passionné par les plantes, la nature. J’ai fait six ans d’études pour pouvoir exercer ma profession ». Et aujourd’hui, âgé de 28 ans, ce technicien supérieur en espaces verts prend plaisir à transmettre son savoir. « Depuis quelques mois, je propose des cours de jardinage à domicile. Je forme aussi des employés de mairie. Je leur explique comment planter, traiter et fertiliser les sols ». En décembre, il aura terminé son jardin d’exposition aux Martys. Il possède déjà une pépinière et dans deux ans ses bureaux seront construits.


Un spécialiste de la truffe qui a du nez

La truffe n’a plus de secret pour lui. Enfin presque. « Elle gardera toujours une part de mystère. C’est justement ça, qui fait son charme ». Philippe Barrière est un grand connaisseur. Un spécialiste en installation, rénovation et entretien des truffières. Voilà sept ans que cet ancien salarié de la Chambre d’agriculture se passionne pour le champignon tant convoité. « Depuis que Michel Escande, mon supérieur à l’époque, m’a demandé de m’occuper de ce secteur ». Au début, l’homme est sceptique. « Je n’y croyais pas trop. J’étais profane en la matière. Je ne m’y étais, en fait, jamais vraiment intéressé ». Et pour cause, d’autres missions le préoccupent. « Je suis entré à la Chambre d’Agriculture au début des années 80. Je suis passé par le service viticulture, j’ai été conseiller agricole, grande culture, je me suis occupé du maraîchage… Alors, la truffe, c’était nouveau pour moi. Et puis… ». Et puis, ce professionnel de l’agriculture se prend au jeu. Il entre en contact avec l’association des trufficulteurs audois et enchaîne les formations. Il rencontre les plus grands spécialistes, participent à de multiples réunions sur le sujet. Il ne cesse de s’informer, ne modère pas ses efforts. Pendant des années, Philippe Barrière s’emploie à professionnaliser le secteur, à promouvoir la truffe. « J’étais à l’écoute des trufficulteurs, je contrôlais les marchés, m’occupais des plants, animais des repas, des rencontres autour de ce produit phare ». Jusqu’au moment où il décide, en début d’année, de s’installer à son compte. « J’ai créé ma propre société, Barrière Truffes. Elle est basée à Carcassonne. Je conseille, j’assiste dans toutes les phases de l’installation et la mise en production d’une truffière ». Mais pas seulement : « Je veille toujours au grain, j’ai gardé ma mission de contrôle sur les marchés. J’organise des repas et des séjours “découverte ” autour de la truffe. Je gère aussi les plants, j’en assure la qualité ». Il faut dire qu’aujourd’hui, Philippe Barrière fait figure d’expert. La tuber melanosporum, il maîtrise. « C’est l’une des variétés de truffe. C’est la noire du Périgord que l’on trouve dans l’Aude. On la trouve au pied de la montagne noire, mais aussi dans la Clape, la Haute-Vallée, le Cabardès, la Malepère. Des truffes poussent aussi en région P.A.C.A., par exemple, dans le Périgord ». En petite quantité malheureusement. « Pas autant qu’avant, en tout cas. En un siècle, la production est passée de 1800 à 10 tonnes dans les années 60. Désormais, on arrive autour de 30, 40 tonnes. L’exode rural, les deux guerres, l’évolution du système de chauffage, du milieu environnemental a changé la donne ». Et cette rareté a des conséquences. Elle influe notamment sur le prix. Aujourd’hui, la truffe noire du Périgord coûte entre 800 et 850 euros le kilo.


" La truffe est mystérieuse. Cela fait son charme. "

Un prodige ambitieux au service de la gastronomie

Contemporain et chaleureux. A Carcassonne, Le Parc fait figure de référence. Ouvert en avril 2006, cette nouvelle table attire toujours plus de monde. Il faut dire que le chef et propriétaire, Franck Putelat, est un véritable prodige. Et cela, tous les gourmets le savent bien. Aujourd’hui, l’homme peut se targuer d’avoir réussi son pari. « Voilà plusieurs mois, qu’avec mon épouse nous projetions de créer notre propre activité. Ce projet, nous l’avons pensé et préparé consciencieusement ». Son leitmotiv : proposer une cuisine gastronomique et accessible, dans un décor agréable et une ambiance conviviale. « Nous tenons vraiment à ce que nos clients se sentent à l’aise chez nous. Nous sommes disponibles, nous faisons énormément de relationnel. Chaque personne est accueillie par un “ bienvenue chez nous “. C’est très important ». Ici, le décor est soigné, raffiné même. « Je fais, par exemple, très attention à la ligne de vaisselle. Je suis passionné par la porcelaine ». Une première étoile Michelin est déjà venue couronner les efforts de Franck Putelat. Une fierté pour le chef. Mais cette réussite n’a rien d’étonnant, vu le parcours de ce phénomène à peine âgé de 38 ans. C’est à l’âge de 14 ans qu’il décide de se lancer dans la cuisine. Il débute son apprentissage dans son Jura natal, à l’Hôtel de France, une table étoilée. « J’ai fait toutes mes classes dans des restaurants référencés au guide Michelin. Par ambition et exigence, j’ai toujours voulu apprendre auprès de grands chefs ». Après avoir obtenu son C.A.P., il obtient sa première place de commis, et travaille dur. Avant de partir pour le service militaire. « Je l’ai fait à Matignon, en cuisine, au service de Michel Rocard ». A Paris, l’homme rencontre « une multitude de personnes intéressantes ». Il côtoie l’élite. Son service militaire terminé, il décide de passer son brevet de maîtrise. « Surtout pour la gestion, en fait ». Parti pour un cursus de deux ans, il finit cette formation en alternance au bout d’une année et termine premier dans tous les domaines. « En fait, j’ai toujours rencontré les bonnes personnes au bon moment. Comme Georges Blanc, que j’ai suivi à Vonnas. Je suis devenu son chef de cuisine à 24 ans ». Les années passent, Franck Putelat accumule de l’expérience. Et c’est en 1997, qu’il pose ses bagages à L’Hôtel de la Cité à Carcassonne. Etoilé en 2002, il se lance dans le concours national de cuisine artistique qu’il remporte avant d’obtenir le Bocuse d’Argent. Une récompense qui l’amènera à rayonner sur la scène internationale. Aujourd’hui, il propose une cuisine, faîte de produits classiques, qu’il déstructure avec inspiration. Et cela fait fureur auprès de sa clientèle.


« j’ai voulu apprendre auprès de grands chefs »